L'original a été créé par F. A. Michoel ( début 1904 ) Instituteur retraité. Notes recopiées en triple exemplaire en août 1942 par F. de Jaegher


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Préface

F. A.

Michoel

1904

               Nous possédons  notre histoire nationale, qui rapporte les hauts faits de nos ancêtres dans l'évolution des peuples, les travaux de nos savants, de nos peintres, de nos musiciens, de nos artistes, qui ont inscrit le nom de Belgique dans tous les domaines de l'activité humaine.                      

                Mais, à côté de celle-là, il y une autre, bien souvent toute petite et pourtant attrayante, quelquefois glorieuse aussi.  C’est l’histoire de la ville ou du village natal qui, en se nouant de proche en proche, peut devenir l’histoire du canton, puis de la province.

                Ces histoires locales sont des matériaux indispensables pour l’édification de l’histoire générale.

                Ces monographies nous renseignent sur les événements d’intérêt local, différents pour chacun de nos villages, mais, au fond, partout de même nature. Car, quoique dépendant de maîtres différents, les conditions sociales et politiques de la population résultant des mœurs de l’époque, étaient les mêmes en tous lieux.  Ces histoires locales sauveront de l’oubli mille particularités intéressantes, mettront au jour mille détails ignorés et, au besoin, serviront à la science.

                D’anciens soutiendraient qu’une monographie de nos villes, grandes ou petites peut seule être utile, mais, pour nos villages, peut-être plusieurs auraient de prime abord éprouvé le sentiment que cela n’en vaudrait pas la peine.  Ils se tromperaient.

                Il ne manque pas d’humbles endroits où se sont conservés matériellement ou moralement, de beaux vestiges du passé.  Ils peuvent posséder une industrie ou une culture spéciale, des usages anciens, une tradition particulière se résumant en une réjouissance pittoresque, comme ces cortèges et processions historiques, qui provoquent un mouvement et une émotion exubérante dans toute la région où la cérémonie doit se dérouler.

                Ces villages peuvent montrer des beautés naturelles bien souvent inconnues au-delà des limites du territoire : une source qui a sa légende, une ruine qui parle du passé, un très vieil arbre qui rappelle un drame, une rivière qui, n’eut-elle que le charme d’être claire ou murmurante, mériterait d’être citée, fuyant au milieu des prés fleuris ou sous les bocages des collines verdoyantes.

                Puis une rivière ou une source, un vieil arbre ou une ruine, font toujours partie d’un paysage qu’on ne devrait jamais oublier de décrire et d’admirer, pour ressentir des douces émotions qui remuent l’âme.

                Il serait à souhaiter que, dans chaque localité, il y eût une personne qui, ayant le goût des choses antiques, voudrait nous apprendre ce qu’elle sait de chez elle.  Les amis du passé ne devraient pas se laisser arrêter par la  crainte de ne pas trouver des documents.  Les musées, les bibliothèques et les dépôts d’archives renferment souvent des trésors inconnus.  Il suffit de les fouiller.

                A chaque fois que l’occasion s’en est présentée, nous n’avons pas oublié le côté légendaire. La légende doit se perdre dans la nuit des temps, et puiser ses faits dans le merveilleux. Les légendes naïves se perpétuaient jadis de génération en génération, par simple tradition orale, empruntaient presque toujours une couleur particulière au pays qui les avait vu naître. Dites  d’âge en âge, et répétées de foyer en foyer par les conteurs des veillées, elles variaient à peine dans quelques détails insignifiants au cours des siècles.  

             Il faut avouer que nous perdons, de plus en plus, le culte du clocher et du foyer, même dans notre vieille Ardenne, où tout tend à disparaître : les usages naïfs et pieux, les antiques légendes et le souvenir des ancêtres.  

               Cet extrême-Est de la Belgique est une région couverte de bois sombres et de landes fort étendues, sillonnée par de nombreux cours d’eau dans les vallées profondes, et exposée à un rude climat.  

             Et, malgré cette rigueur atmosphérique, la population sobre et énergique est restée fidèle à ce sol ingrat qu’elle commence à améliorer par des cultures raisonnée et intensive.  

             Il ne faut donc pas s’étonner que les légendes se soient amassées là, simples et émouvantes, joyeuses ou terribles, que l’on aime toujours d’entendre, surtout quand elles empruntent leur charme aux traditions de la Patrie.

F. A. Michoel

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