C h a pi t r e  IX

VIE INTELLECTUELLE  

                LES ECOLES - L’ENSEIGNEMENT - Les plus anciennes archives donnent peu de détails sur la question de l’enseignement, des classes et des matières à enseigner.

                Un examen attentif des recès, ordonnances, accords et autres œuvres des magistrats prouve que tous ces actes sont bien rédigés en un style parfois diffus, à cause de la longueur des phrases, mais néanmoins compréhensible.  Les rédacteurs de ces actes employaient de vieux mots, inusités aujourd’hui, mais rendant bien leurs pensées.

                Presque tous ces actes portent la signature de leurs auteurs ; ces signatures, sans parafe, sont données en une écriture large, ferme et lisible.

                Tous les représentants de l’autorité devaient posséder une certaine dose d’instruction, mais où l’acquéraient-ils ?  Nous l’ignorons complètement.

                Les documents ne parlent pas de l’existence d’écoles dans la communauté.  La seule conjecture à faire est celle-ci : les jeunes gens, après avoir requis les notions les plus élémentaires de la lecture et de l’écriture, soit à l’école du chapelain, soit à l’école de quelque autre personne dévoué se perfectionnaient eux-mêmes par l’étude personnelle.

                S’il en est ainsi, cela prouve en faveur de leur intelligence et de leur désir de posséder des connaissances qu’ils jugeaient indispensables pour occuper des emplois administratifs ou judiciaires (cours de justice).

                Avant la révolution française, l’instruction était à peu près nulle dans le ban.  Celui-ci, ravagé à chaque instant par des bandes indisciplinées de soldats dévastant, pillant, incendiant tout, était dans un dénuement tel que beaucoup d’habitants émigraient vers des contrées plus hospitalières et se préoccupaient de pourvoir aux moyens de subsistance avant de songer à créer des écoles.

               Et cependant de l’ensemble de la situation, on doit conclure que l’instruction n’était pas un mythe, comme certains faits épars prouvent que la population ne vivait pas dans une ignorance aussi profonde qu’on pourrait se l’imaginer.

                Un premier fait est l’existence du chroniqueur, Melchior Joseph Crahay, né à Sart en 1632.  Ce Crahay vivait à l’hôpital de Priesville où il assistait sa mère- veuve, à donner l’hospitalité et des soins aux pauvres et aux étrangers qui trouvaient asile dans cette maison de bienfaisance.

                Melchior Crahay était une personnalité.  Il avait une instruction supérieure à celle que possédaient la majorité des habitants de cette époque.  Crahay faisait jour par jour, la chronique des faits remarquables qui s’accomplissaient dans la principauté de Liège et surtout dans le marquisat de Franchimont. (1)

                Le premier fait officiel, s’occupant de l’enseignement, date de 1652.  C’est une supplique adressée par le bourgmestre De Hazinelle au prince-évêque pour demander l’ouverture d’une école dans l’intérêt de la jeunesse désœuvrée et vagabonde.

                Les archives ne disent rien de la suite qui fut donnée à cette requête, comme elles restent muettes sur la réorganisation de l’enseignement jusqu’en 1770.

                A cette époque, les manants assemblées à la Halle réclamèrent énergiquement la nomination du chapelain Legrand pour l’ouverture d’une école où le maître devait enseigner le français et le latin.  Chaque enfant qui apprenait à lire devait payer six sous par mois et ceux à qui l’on enseignait la lecture et l’écriture devaient verser huit patars par mois.  En outre, chaque élève devait porter chaque jour, pendant tout l’hiver une tourbe pour le chauffage de la salle.

                Les procès-verbaux des onze élections qui se firent de 1717 à 1764 montrent que les illettrés formaient le petit nombre.  En effet, sur 543 électeurs qui prenaient part au vote, en 1717, pour la nomination de commissaires, il ne s’en est trouvé que 85 soit 15,6 pour cent ne sachant ni lire, ni écrire.

                Les élections se faisaient à haute voix ; à son arrivée à la Halle, l’électeur inscrivait sur le procès-verbal le nom de la personne à qui il donnait son suffrage.  Les électeurs, ne sachant écrire, faisaient inscrire leur vote par le greffier et ils apposaient une croix à côté du nom de la personne de leur choix.

                Il serait intéressant de connaître la situation de l’enseignement pendant la période française (1797-à-1811).

(1)    Cette notice sur Melchior Crahay est tirée d’une brochurette que le Dr. Tihon 

de Theux a fait paraître d’après le manuscrit de Crahay même.

                Le manque de documents n’a pas permis de fournir ce travail.

                En 1815, le gouvernement hollandais fit une enquête sur l’état de l’enseignement dans les provinces belges.

                Sart et Solwaster possédaient chacune une école dont le chapelain était le maître.  Pour les sections de Tiège et l’Arbespine c’était le pâtre commun ou quelque autre personne dévouée qui assemblait les enfants dans une salle étroite et mal éclairée.

                Le mobilier était rudimentaire et insuffisant : un tableau noir sans estrade, une table et une chaise pour le maître ; les élèves, assis sur de petits bancs sans dossier, plaçaient pour écrire, le cahier ou l’ardoise sur une caisse à glissière posée sur les genoux.

                Les manuels employés étaient un livre de lecture nommé la Croisette (en wallon creuhette) à cause d’une petite croix figurant à la première page : le catéchisme du diocèse ; la vie de Jésus Christ ; des livres de messes ; une grammaire, un petit traité de calcul ; des spécimens de textes manuscrits parfois sur parchemin.  Les enfants se procuraient les livres et fournissaient le chauffage.

                Un autre document de 1815 donne des détails plus précis sur l’état de l’enseignement dans la commune.

                C’est un questionnaire, comprenant 43 demandes dressé par le cercle scolaire de Verviers et transmis au bourgmestre Houyon qui, de concert avec le chef d’école, a fourni les réponses.

                Ce document constate qu’à cette époque la commune renfermait 1884 habitants et trois écoles susmentionnées.

                La population scolaire était de 140 élèves sur 217 enfants, âgés de 6 à 14 ans.  A chacune des classes du matin et de l’après-midi, les élèves faisaient deux lectures et une écriture : les plus instruits écrivaient sous la dictée et les autres copiaient.

                La 23ème réponse est conçue comme suit : «Les habitants aiment bien que leurs enfants acquièrent une bonne instruction ; mais comme ils sont pauvres presque tous, le premier soin est de gagner du pain et ils sont forcés d’occuper leurs enfants à garder le bétail, à filer la laine et à cultiver un sol très aride.»

                Les maîtres touchaient dix sous du pays par mois pour apprendre à lire et quinze sous pour enseigner la lecture et l’écriture.  Ce minerval devait se payer à l’avance.

                La 43ème demande du questionnaire était rédigée comme suit : «Quels sont les principaux obstacles qui paraissent s’opposer aux améliorations qu’on pourrait projeter pour porter à un plus haut degré les institutions d’instruction publique dans cette commune ?»

                Le Bourgmestre Houyon répond : «il faudrait que les habitants eussent une perspective d’avantages dans l’instruction de leurs enfants.

                Autrefois il y avait ici une municipalité composée de sept membres, une cour de justice comprenant un mayeur, sept échevins, un greffier, un huissier et un officier public de police.  Les places de procureur et de notaires étaient lucratives et recherchées, de même les places d’ecclésiastiques.

                Cet heureux temps a duré jusqu’à l’arrivée des Français qui ont détruit tous les genres d’émulation de manière que les parents n’ont plus le même zèle et les enfants le même espoir d’un genre de vie plus doux et plus aisé.  Les familles qui ont des économies peuvent étendre les connaissances de leurs enfants.  Les autres doivent nécessairement les occuper à la culture de leurs biens.»

                On vient de voir qu’un certain effort était fait par les parents pour faire donner à leurs enfants quelque instruction.

                Le conseil communal les seconda dans cet effort et le 24 mai 1824, il nomma, instituteur à Sart, un nommé Gaspar Lemarquis.  Celui-ci, n’ayant pu obtenir son brevet de capacité fut remplacé à la fin de la même année par le vicaire Gallot, qui, grâce, à son diplôme fut chargé de donner, pendant une durée de trois ans, l’instruction aux enfants dans la maison vicariale.

                A la suite de la requête du conseil communal en date du 14 avril 1828, le gouvernement hollandais accorda un subside de 600 francs pour l’appropriation en salle d’école d’un bâtiment situé au Petit-Sart.

                Le 25 novembre 1828, Walthère Joseph Hardy est nommé pour tenir classe, pendant la soirée, dans cette salle du Petit-Sart et, pendant le jour, il devait réunir dans sa maison à Tiège les tout petit enfants et ceux qui se livraient aux travaux des champs.

                Ce ne fut qu’après 1830 après la séparation de la Belgique et de la Hollande, lorsqu’un certain bien-être commença à se manifester parmi la population que les autorités communales songèrent à construire des locaux confortables où les enfants pouvaient recevoir l’instruction.

                C’est ainsi que l’ancienne école de Sart, élevée sur l’emplacement sous la tour de l’église, fut construite par la généreuse intervention des habitants indistinctement.

                En 1839, sur les conseils et la direction du curé Legrand une vaste salle dont l’étage servait de Maison commune, après la démolition de la vieille Halle, tout proche, était capable de recevoir 80 à 90 élèves.

                Bientôt ce bâtiment devint trop étroit pour contenir la population scolaire qui ne cessait n’augmenter et une seconde salle, annexée à la première fut édifiée pour l’instruction des plus jeunes élèves.

                En 1865, le conseil communal fit dresser par l’architecte Legros de Spa, les plans pour la construction d’une Maison Commune et de deux écoles au centre.

                L’emplacement fut acheté pour 3875 francs et les travaux de construction furent adjugés le 16 septembre 1866 pour la somme de 52.200 francs aux entrepreneurs Belliot et Defossez de Spa.

                L’ouverture des 2 nouvelles écoles eut lieu en novembre 1868 et la première séance du conseil à la nouvelle Maison Commune fut fixée au 10 janvier 1869.

                Une petite réjouissance publique fut organisée à cette occasion.  Une bonne partie de la population était assemblée sur la place du Marché pour haranguer et acclamer le conseil communal à la sortie de cette première séance.

INSTITUTEURS DES ÉCOLES DU CENTRE

       de        1845 à 1865……………………………… J.H. Gouders

de        1865 à 1904……………………………… F.A. Michoel

de        1904 à 1920……………………………… E. Fonck

depuis 1920……………………………………… A. Fourir

depuis 1960 à 2000……………………………… J. Laurent  

SOUS-INSTITUTEURS  

de       1855 à 1860……………………………….. A.J. Tancré

de       1860 à 1862……………………………….. Is. Pirson

      de       1862 à 1865………………………………. A. Reuchamps

      de       1865 à 1868………………………………. J.P. Conter

INSTITUTRICES

      de        1868 à 1904……………………………… E. Notte

      de        1904 à 1933……………………………… J. Ernotte

      depuis 1934 à 1960……………………………… A. Fransolet

                ECOLE DE TIEGE - En 1866, l’achat du Terrain fut de 1030 francs et les travaux de construction furent adjugés pour la somme de 16.400 francs à l’entrepreneur Gerkens de Dolhain.

INSTITUTEURS

      de        1859 à 1867……………………………….. J. Hardy

      de        1867 à 1870……………………………….. A. Reuchamps

      de        1870 à 1879……………………………….. F. Milet

      de        1879 à 1882……………………………….. D. Deru

      de        1882 à 1901……………………………….. J. Bertholet

      de        1901 à 1918……………………………….. A. Maréchal

      de        1918 à 1955……………………………….. H. Monville

      depuis 1955 à       ………………………………… R. Bastin

                ECOLE DE SOLWASTER - Cette école fut ouverte en 1844.  Auparavant le chapelain donnait l’instruction aux enfants dans une salle du presbytère.

INSTITUTEURS

      de        1844 à 1868…………………………… J.P. Crabus

      de        1868 à 1877…………………………… E. Calembert

      de        1877 à 1879…………………………… J. Deru

      de        1879 à 1923…………………………… H. Fonck

      de        1923 à 1959…………………………… P. Blandiaux

      de        1959 à 1990     …………………………… J. Filot

ECOLE GARDIENNE A SART-CENTRE

      de 1925 à 1960…………………………….. Ch. Ernotte

      de 1960 à 1989..................................... M.-Th. Hansoulle

                ECOLE DE NIVEZE - Les communes de Sart et de Spa ont édifié à frais commun cette école située sur le territoire de Spa.  Les deux communes interviennent au prorata du nombre d’élèves fréquentant dans les frais d’entretien et d’allocation de subsides.

                La ville de Spa s’occupe de l’administration de cette école, ainsi que de la nomination du personnel enseignant.

                ECOLES DE POLLEUR ET DE FRANCORCHAMPS - Les enfants des sections de Neufmarteau, des Bansions et de Pont de Polleur sont admis aux écoles de Polleur.

                Il en est de même des enfants de Malchamps qui peuvent suivre les cours données à l’école de Francorchamps.

                Chaque année la commune de Sart intervient dans les frais d’écolage à payer pour les enfants de ses sections qui fréquentent les écoles des deux communes voisines.

                ECOLES D’ADULTES - Le 22 novembre 1867, le conseil communal décide l’ouverture d’écoles d’adultes dans toutes les sections de la commune et conformément aux prescriptions et règlements, déterminés par l’arrêté royal du 1 septembre 1866.

                Ces écoles, complément nécessaire des écoles primaires, ont toujours été suivies avec grande assiduité et les nombreux lauréats des concours annuels obtinrent, outre des livrets de la Caisse d’Épargne et de Retraite délivrés par le Gouvernement, des récompenses en livres remis par la commune.

                Lecteurs zélés des livres catalogués de la bibliothèque de chaque école, ces adultes ont acquis des connaissance qui se traduisent par un esprit d’initiative plus large, plus accessible aux procédés d’exploitation scientifique, par des associations d’art et d’amusement plus noble ; d’autre part, on peu ajouter qu’un grand nombre de jeunes gens de la commune sont parvenus à se créer, par leurs études, des positions honorables dans différentes carrières.

                Les diverses administrations qui se sont succédé ont toujours eu à cœur la diffusion de l’enseignement communal : construction d’écoles vastes et saines, acquisition d’un matériel scolaire et didactique en rapport avec les nouvelles méthodes d’enseignement, récompenses et encouragements aux élèves et aux membres du personnel enseignant.

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