C h a p i t r e VII

VIE AGRICOLE

                Sart est à l’avant-plan de région ardennaise qui occupe une partie de la province de Liège et presque toute la province de Luxembourg et où les étendues forestières, entre coupées de vallées profondes et sinueuses, ont une influence sur la situation atmosphérique.

                Le climat est rude.  La période hivernale est parfois de longue durée.

                La première neige fait quelquefois son apparition dès le mois d’octobre et les derniers flocons couvrent encore le sol à la fin du mois d’avril.

                La grêle abondante est rare, par contre le givre et les gelées tardives sont souvent fatals aux arbres fruitiers.

                Le brouillard est assez fréquent, surtout dans la région qui avoisine la Baraque Michel, ce qui a donné lieu à un local «Clér fagne, bron Mousse» pour signifier que la journée sera bonne et ensoleillé, tandis que l’inverse du dicton annonce une journée sombre.

                Les violents orages sont moins nombreux qu’au pays de plaine.  A ce propos, un autre dicton a encore cours.

                La population déclare que les orages suivent la même direction du premier survenu au printemps.

                Chaque année, on peut constater l’exactitude de cette observation.  Et si les manifestations électriques se dissipent dans la direction de la Haute Fagne, la commune peut être rassurée d’échapper aux ravages ou accidents causés par la foudre.

                Comme dans toute l’Ardenne, la caractéristique du sol de Sart est le schiste affleurant.

                Le sol est pierreux, poreux, léger, perméable, peu profond, ce qui rend le travail facile.

                Le sous-sol est également perméable, excepté dans la partie orientale où il est formé d’une argile blanche compacte.

                Dans ce cas, le sous-sol est d’une grande imperméabilité et il est la cause de la présence de ces vastes marécages et tourbières qui s’étendent autour de la Baraque Michel.

                La couche arable est pauvre en chaux et en acide phosphorique.  Ce n’est qu’à force de fumier d’étable et surtout d’engrais chimiques que les cultivateurs parviennent à obtenir la récompense de leur rude labeur de ce sol ingrat.

                A l’invasion romaine, avant l’ère chrétienne, la Belgique présentait l’aspect suivant : au nord, en Campine et en Flandre, des terres plates et découvertes.

                Mais de l’Escaut jusqu’à l’Ardenne, dans cette région qui comprend le Brabant, le Hainaut, la Hesbaye et l’Ardenne actuels, la Belgique est une immense forêt que les Romains appelaient «Carbonaria silva» ou forêt charbonnière.

                Dans les plaines du nord, ainsi que dans les clairières et le long des rivières de la «Charbonnière» vivaient les Belges, peuplades celtes, parents des peuplades de la Gaule.

                Les fonctionnaires et les garnisons romaines s’installèrent de préférence le long de la grande voie qu’ils avaient ouverte à travers la forêt : la voie Brunehaut qui venait de Boulogne et l’Escaut, traverse le Hainaut, le sud du Brabant wallon, la Hesbaye et se dirige vers Tongres pour rejoindre le Rhin à Cologne.

                Et dans cette immense forêt charbonnière quels furent les points où les premiers colons se fixèrent ?

                C’est impossible à préciser à cause de l’absence de documents.  Cependant on rencontre quelques indices dans les annales de Theux qui, vers le 9ème siècle, était une agglomération de quelque importance au milieu de la solitude complète et c’est seulement à partir de cette époque qu’on voit apparaître quelques fragments de localités.

                Un déplacement d’une partie de la population de Theux, dans la direction de l’est, amena les premiers essartages de la lande et constitua le village qui pour cette raison fut nommé Sart.

                On peut supposer que celui-ci doit son origine à quelque hutte de bûcheron ou de charbonnier, autour de laquelle vinrent se grouper les cabanes des descendants du premier occupant et auxquels vinrent se joindre insensiblement des étrangers.

                Ces premiers colons choisirent les emplacements les plus convenables dans les plis du plateau, non loin de la forêt et qui offraient avec un faible abri contre le vent, des herbages poussant dans des endroits favorables à leur développement.

                Les habitants furent obligés de se grouper à cause du caractère sauvage et peu sûr du pays et à cause des nécessités de la défense.

                Il faut croire que les premiers occupants menèrent une vie pastorale, mais, par suite l’absence complète de terrains cultivés, les habitants furent obligés de trouver dans le sol les ressources nécessaires à leur entretien.

                Ce fut le point de départ de la transformation des terrains incultes en champs quelque peu productifs.

                Ces travaux lents et pénibles furent effectués par l’écobuage et l’essartage dont on voit encore des tumuli dans maints endroits dans nos bois.

                Malgré cela, l’agriculture est restée longtemps dans une situation déplorable.

                Un sol aride, le manque de bras, de capitaux et d’instruments aratoires, l’absence de moyens de communication sont les causes principales de la non mise en valeur des landes et des bruyères.

                Le grand fléau de l’agriculture fut la guerre qui, pendant deux siècles, frappa la malheureuse population par des réquisitions de toutes espèces, alternant avec les dévastations des troupes de passage, les pillages, les incendies et les violences de tout genre.

                Quand les guerres furent terminées, les habitants avaient hâte de réparer les dégâts causés ; mais, à peine ce travail réparé, une nouvelle invasion vint en quelques jours ravager toute l’activité déployée pendant plusieurs années.

                Le domaine de Sart était un domaine occupé par de modestes manants.  A part la Seigneurie de Trois Fontaines, il n’existait ni seigneuries, ni fiefs importants, mais plusieurs petits fiefs dont la plupart relevaient du prince-évêque moyennant certaines redevances et qui étaient situés dans les campagnes les plus productives et dans le voisinage des habitations.

                Le sol ingrat et improductif n’était pas capable de nourrir ses habitants au point que plusieurs d’entreux s’expatrièrent, tandis que d’autres se livraient à diverses occupations (filature de la laine) pour se procurer les moyens de subsistance.

                A cause du manque de routes convenables, tous les travaux des champs se faisaient au moyen de bœufs qui, vers l’âge de 6 à 7 ans, étaient soumis à l’engraissement pour l’abattoir.

                Si l’on ne cachait plus les porcs dans les pétrins on les rôtissait dans les caves ou dans les âtres des cheminées pour se soustraire à l’impôt.

                Tout sac de grain porté au moulin banal était soumis à une double taxe : l’une au profit du meunier et l’autre pour la caisse du gouvernement.

                Les habitants retiraient peu de profits de la culture de leurs champs.  Le prix des pommes de terre ne s’élevait guère qu’à 2 frs. Ou 2 frs. Les cent kilos. vers le milieu du 19e siècle.

                Elles étaient vendues à des blattiers dont la longue file de vieilles haridelles animait un peu les routes désertes.

                Pour une centaine de francs on achetait une vache.  Le porc gras se payait à 75 cent. le kilo

                La race bovine dépérissait dans les maigres pâturages connus sous le nom de Trixhes ou dans les forêts où le dimanche on conduisait les bœufs pour se reposer des fatigues de la semaine.

                Aucune instruction n’éclairait les habitants sur leurs vrais intérêts.

                Nous étions, disaient-ils, tous courbés sur le moulin à filer (haricot) du matin au soir.  Nous avions pour tâche journalière un certain nombre d’écheveau à filer et, pour accomplir cette besogne, on négligeait tout le reste.

                Lorsque les filatures mécaniques furent établies dans l’agglomération verviétoise, tout ce monde se crut ruiné.

                La transition fut pénible, il est vrai, mais les habitants durent se rejeter sur la culture qui fut ainsi mieux soignée.

                Cette triste situation perdura jusqu’au milieu du 19e siècle à l’extinction complète de la dette communale.

                Alors seulement la population commença à employer tous ses soins au développement économique de sa situation. 

                Plusieurs facteurs ont contribué à amener une notable amélioration à cette situation.

                Nous allons brièvement en énumérer les principaux.

1.   Il faut citer en premier lieu l’abandon de la fagne.  Anciennement

la majeure partie des cultivateurs passaient la moitié de l’année sur la fagne et dans les bois pour confectionner des tourbes pour le chauffage pour faucher et cultiver des bruyères et des herbes sèches destinées aux litières des animaux, pour récolter du foin aigre, pour écorcer les chênes et pour fagoter.

                Le temps n’est pas éloigné où les cultivateurs vendaient chaque année le seigle, l’avoine et la paille de leur récolte et confiaient leur bétail au pâtre commun qui promenait son troupeau pendant tout l’été dans la vaine pâture qui se composait de terres en friche, de brandes, de jonchaies et de fondrières.  Et tous ces pâturages étaient aussi bien des viandes dont les genêts, les houx et les genévriers formaient l’unique ornement.

                Ces pacages recouverts d’une expansion végétale de jeunes bruyères et de plantes aquatiques embrassaient de vastes étendues.

                Cétait plutôt par précautions contre les attaques des loups qu’on munissait de clarines les bêtes qui s’égaraient volontiers dans les bois voisins.

                Pour assurer la nourriture de ses bestiaux en hiver, le cultivateur se rendait le lundi sur les crasses fagnes, dénommées Genêtre, Haute Fagne, Geitzbuch, Brandehaye, Grand et Petit Bongard et situées derrière le Warronneux, entre la forêt de Hertogenwald et la Helle, à l’est de la Baraque Michel pour ramener le samedi suivant une charretée de foin d’herbes palustres.

                Cet état léthargique de la culture laisse le paysan dans une situation voisine de la misère.

2.   La transformation des terrains cultivés en prairies permanentes fut

une autre cause d’un notable progrès agricole.  Ces prairies clôturées permirent la présence continuelle du bétail au repas au milieu de l’abondance.  Les produits de la laiterie augmentèrent en rendement et en valeur et le bétail gagna en qualité.

                La petite vache ardennaise fut remplacée par la vache de race améliorée.

                Malheureusement ce bétail était logé dans des étables étroites, mal éclairées et mal aérées et dont le nettoyage ne se faisait qu’une fois par semaine. (1)

                Le bétail pataugeait dans le fumier et dans les urines accumulées pendant huit jours.  Un coin de la basse-cour était réservé pour la fosse au fumier dont la hauteur et le volume étaient une preuve évidente de la bonne situation financière du propriétaire.

                Aucun soin n’était donné à ce tas de fumier dont le purin s’écoulait en ruisselets noirs sur les chemins au grand détriment de la salubrité publique.

3.   La construction de citernes du département de l’agriculture avait

intéressés qui l’observaient ponctuellement étaient gratifiés d’un subside de 150 francs, consenti par parties égales par le Gouvernement, par la Province et par la Commune.  Les cultivateurs usèrent largement de cette disposition, car le recensement agricole de 1910 constate que la commune possédait 187 citernes contrôlées et agrées par les délégués du ministre de l’agriculture.

                4. L’ouverture de la gare aux marchandises pondéreuses sous la date du 15 octobre 1886 vint combler le désir depuis longtemps caressé des cultivateurs.  Ceux-ci peuvent recevoir plus facilement et à moins de frais les denrées nécessaires à l’alimentation de la population et du bétail.           

                Jusqu’à la fin du 19e siècle, la culture resta presque la même que celle des temps antérieurs.

                Le sol produisait du seigle, de l’avoine, des pommes de terre et quelques plantes racines fourragères.

(1)   C’était par mesure de précautions que les cultivateurs des temps passés

faisaient des étables peu élevées de plafond et munies de portes d’entrée étroites et basses.

C’était pour empêcher le passage et le séjour de la cavalerie que les troupes envahissantes leur emmenaient.

                De nos jours, la culture des céréales a considérablement diminué au point que la commune se trouve rangée dans la catégorie des communes herbagères.

                L’emploi judicieux des diverses espèces d’engrais chimiques et des nouvelles méthodes de culture ont augmenté la productivité du sol et tout spécialement celle des prairies.

                BIEN-FONDS DES MANANTS EN 1697 - Anciennement, comme aux temps modernes, la propriété était fort morcelée.  Cela tient à ce que, à la suite des partages dans les familles, chaque héritier aime à avoir une part équivalente dans les terrains.  De la première comme dans ceux de la seconde catégorie. 

                Ce morcellement a été un obstacle sérieux au progrès agricole parce qu’il exige une main d’œuvre plus coûteuse.

                Cette subdivision des propriétés est mentionnée dans le 10è volume des Archives qui a pour titre «Bien-fonds des manants en 1697».

                Ce volume correspond actuellement à notre cadastre et renferme 620 pages dont voici la distribution.

                Les noms des manants, sans ordre alphabétique, sont classés par hameaux.  Chaque propriétaire dispose de une ou deux pages, selon les besoins.  Ses noms et prénoms figurent en marge ; puis vient l’énumération de ses diverses pièces de terre avec indication de la surface exprimée en verges.

                Les limites de tous ces terrains sont indiqués par trois points cardinaux seulement et quand la quatrième limite est mentionnée, on ne lit jamais le quatrième point cardinal «nord» ; ce terme est remplacé par l’expression «quattrième costé».

                Cette citation montre le travail considérable auquel les magistrats ont dû se livrer pour rapporter aussi exactement les délimitations des nombreuses parcelles.

                Les trois volumes suivants renferment les ventes, achats, partages, échanges faits parmi les manants avec de nombreuses ratures et surcharges.

                Il y a absence de plan cadastral et de table contentant les noms des propriétaires à la fin du volume, ce qui devait rendre les recherches longues et difficiles.

                La dernière page renferme une attestation des magistrats qui ont collaboré au relevé des Biens-fonds.

                Ils expliquent qu’après avoir mesuré et calculé aussi exactement que possible toutes les propriétés, ils ont trouvé que le territoire communal renfermait 1353 bonniers, 30 verges petites.

                Ainsi la surface de la commune est donnée, mais les bornes de celle-ci ne sont pas spécifiées.

                L’examen de ce registre des biens-fonds nous a révélé un grand nombre de noms de personnes qui ne se rencontrent plus aujourd’hui parmi les noms de famille.

                Voici ces noms :

Aily, Allezaille, alhoye ou l’aloye

Badon, Banneux, Baronheid, Bavegné, Benselin,  Bernard, Bernimolin, Blanche, Bonvoisin, Bossard ou Bosard, Boghoz, Boteille, Bouillon, Braibant, Briqua, ou Brika, Buche, Burquet, Busquet, Bronfort

Calice, Capalo, Chainaye, Chauristraye, Charlot, Chavet, Cliche, Cristelbach, Croisier

Darchet, Daubois, De Banneux, De Beaufays, Debras, Dechesneux, Deforge, Defour, De Haeske, De Hazinelle, Dejardin, Deleauwe, Delhez, Delleseaux, Dellevoye, Deloye, Delpierre, Deneufville, De Noirfalize, Deprex, De Rave, Derecogne, Deshayes, Despouilles, Desroches, Dester, Devillers, Deweaux, Dollet, Dolne, Doyart, Draflet, Ducour, Dumont, Durieux

Eisbach

Fabry, Fassart, Fassin, Fayheau ou Fayhaye, Fléron, Flocquet, Frankinet

Garnier, Gavet, Gérédon, Gerkinet, Gerneau, Gobar, Godemar, Godfrin, Gohy, Gordinne, Grandjean, Grignard

Haack, Hakin, Hanée, Hans, Hardebiexhe, Hautregard, Hauzeur, Hasinelle, Hellemann, Henquet, Herdier, Hertay, Heukesse, Hierket, Hurard, Hurdebise, Hurlet

Jacquemotte, Jago, Jason, Jeanjean, Jeanquirin, Joassin, Jodin, Jude, Jullin

Kenay, Kinet, Kirin, ou Quirin

Lacasse, La Dreux, Lamkin, Lamby, La Roche, Latour, Lebzain, Le Bourguignon, Le Bouny, Le Clouthy, Le Cocquay, Le Coppé, Le Cossy, Le Couturier, Le Damseaux, Le Fagne, Le Hamhe, Le Haiy, Le Herdier, Le Hoigneur, Le Kaisin, Le Kayn, Le Ladrier, Le Mercenier, Lempereur, Lentze, Le Page, Le Pourck, Le Richa, Le Sauvage, Le Soldy, Le Tahan, Le Tixhon, Le Toupy, Le Verd, Leutgen, Le Vieux, Loffet, Londez, Longfaye, Lonxheau, Louvegnez

Macors ou Macorps, Magnée, Mailis, Malchart, Maleau, Maljohan, Marck, Marquet, Massart, Masson, Mathoz, Matzar, Mawet, Michy, Morimont, Mournard, Muller

Namur, Nélis, Nicolay, Nivette, Noëtte, Noirfalize

Oxhen

Pafflard, Pardicq ou Pardicque, Pasqueau, Perpette, Peuvion, Pied’or, Pierneau ou Pirnay, Pirkin, Pirosson, Pita, Polis, Poncin

Raes Blanche, Remy, Renier, Riga, Rondin, Rouffin, Roumaxhe

Sacré, Saintejoie, Sauvenière, Schirveld, Sensioye, Sépult, Simmermann, Simon, Soucquet

Tahan, Tassent, Tesson, Thiriard, Tomsin, Tombeur, Tourment, Trayot, Trouquette

Vialard, Vivegnis, Verlaine, Verkenne

Walrand, Welter, Werpit, Winchinne

Xhénoumont

                En 1808 fut formé un autre registre et correspondant à peu près au cadastre actuel.  Ce gros volume, divisé en colonnes, portait en tête de chaque page les indications suivantes, les noms et prénoms des propriétaires, l’indication de la section, la mention des lieux dits, la nature des propriétés et la surface indiquée en arpents, perches et mètres.

                A la fin, un tableau récapitulatif donne les renseignements suivants.

                La commune compte 335 maisons occupées par les propriétaires terriens et dont les diverses propriétés sont divisées en classes.  Ainsi :

les terres labourables sont divisées en 5 classes

les jardins…………………………… 2 ……..

les près……………………………… 3 …….. 

les pâtures…………………………..  2 ……..

les bois taillis……………………….. 3 ……..

les broussailles……………………… 1 ……..

les vergers…………………………..  2 ……..

les chemins particuliers…………….. 1 ……...

les fanges…………………………… 1 ………

les étangs…………………………… 1 ………

les propriétés bâties………………… 1 ………

                La somme de ces diverses propriétés constitue un total de …………………………………… 5093 arpents 66 perches 18 m.

les chemins, les ruisseaux et les

fontaines impériales comptent……   660 arp.      22 per.        94 m.

les propriétés de la commune……. 2675 arp.      42 per.        89 m.

et celles de la marguellerie……….      3 arp.       24 per.        31 m. 

Le Total général est de……………8432 arpents 56 perches 24 m.

                PLOYENS - Anciennement les terrains étaient limités par des bornes de forme conique ou simplement par de lourdes pierres vulgaires dont la pointe effilée affleurait le gazon.  Ces bornes ou pierres étaient désignées sous le nom wallon masses.

                Malgré cet abornement, de fréquents contestations s’élevaient entre voisins et se traduisaient parfois par des querelles et coups réciproques et toujours par des procès qui traînaient parfois en longueur et occasionnaient plus de frais que la valeur contestée.  Ils provoquaient des rivalités et des haines qui se perpétuaient quelquefois pendant plusieurs générations entre les descendants de la même famille.

                De nos jours, ces contestations deviennent plus rares parce que, par suite de la transformation du territoire communal en région herbagère, les terrains sont délimités par des haies d’aubépine mitoyennes qui empêchent les empiétements et les disputes. 

                Jusqu’à la fin du siècle dernier, il existait dans la commune de nombreux ployens, terme local pour désigner une bande de terrain avoisinant un bois communal.

                Voici l’origine et l’explication de ces ployens.

                Autrefois le régime forestier communal était beaucoup plus étendu que de nos jours.

                Pour dédommager les propriétés voisines de ce bois du tort causé par les arbres de haute futaie, les édilités communales accordaient gratuitement aux dits riverains une bande de bois de la longueur du terrain voisin et d’une longueur variant de 2 à 5 mètres d’après la conformation du champ.  Alors le délégué communal et le propriétaire voisin choisissaient aux deux extrémités du terrain un arbuste de bonne croissance (chêne, hêtre, épine…) dont ils enlevaient la cime à une hauteur de 1 à 2 mètres et ces têtards devenaient les bornes que l’on respectait de part et d’autre.

                Entre ces deux têtards, les délégués inclinaient et attachaient les extrémités des jeunes arbustes de façon à former une haie vive et la portion de bois comprise entre cette haie et le terrain voisin portait le nom de ployen (plier).

                Ces ployens n’existent plus parce que la culture les a englobés.

                FOIRES ET MARCHES FRANCS - Le registre 2 des archives renferme à la page 101, une ordonnance sur parchemin, portant la signature et le scel privé sur cire rouge du Prince-Evêque.

                Par ce document du 14 septembre 1534, le prince Erard de la Marck établit chaque samedi de la semaine, un jour de marché et deux fêtes marchandes franches chaque année, la première de ces foires le jour de Saint-Mathieu en septembre et l’autre le deuxième jour de la Pentecôte.

                Tout était réglé, ordonné et surveillé pendant les jours de foires et marchés, ainsi que l’atteste un second document de la même date et dont voici quelques unes des principales dispositions.

                Chaque année, le second dimanche de carême, étaient choisis et élus deux personnages, surréants du Sart, de bon nom et connaisseurs de marchandises.

                Ces élus étaient nommés rewards où rewardeurs parce qu’ils devaient rewarder, regarder les marchandises et denrées exposées au Marché, comme pain, chair, vin, cervoise, fromage, beurre, légumes, etc…, etc…

                L’un des rewardeurs était désigné par le mayeur ; le second était choisi par les manants assemblées aux plaids généraux.

                Le mandat des rewardeurs  n’avait qu’une durée d’un an et chaque année, à jour indiqué, on procédait à un nouveau choix.

                Avant d’entrer en fonctions, les rewardeurs devaient prêter serment solennel devant la Cour de Justice.

                Ils avaient pour mission de contrôler et surveiller toutes les denrées exposées au Marché et qui devaient être belles, bonnes et légales.

                Ils devaient vérifier les mesures, aulnes et pesants qui devaient être scellés dont se servaient  les marchands, les revendeurs et les taverniers.

                Eux-mêmes possédaient des mesures, aulnes et pesants qui devaient être scellés et marqués par la Cour de Justice afin de pouvoir contrôler ceux des marchands.

                Ils devaient déterminer le prix et le poids du pain mis en vente, ainsi que le prix du vin, chair, cervoise, etc.

                Sur réquisition du mayeur, les rewardeurs devaient deux fois par an, en compagnie du mayeur et de deux membres de la Cour de Justice, visiter les magasins des marchands et exposants pour vérifier poids, mesures et marchandises etc…

                Ceux qui étaient trouvés en défaut, étaient condamnés à trois florins d’or dont deux revenaient au mayeur et le troisième était la part des rewardeurs.

                Les denrées n’ayant pas le poids légal ou vendues à un prix supérieur à celui fixé par les rewardeurs étaient confisquées au profit du mayeur.

                Si un marchand ou un exposant s’opposait à la visite des rewardeurs, ou s’il se permettait d’injurier les autorités dans l’exercice de leurs fonctions, il était passible d’une amende de trois florins d’or à répartir comme sus-indiqué.

                Par recès du 23 février 1550, le prince-évêque Georges d’Autriche, désirant le bien du ban de Sart, maintient la franchise des foires et marchés accordée par son prédécesseur Erard de la Marck.

                Par recès du 8 mai 1728, le prince-évêque Georges Louis «regrettant l’interruption des foires et marchés, occasionnées par les longues et désastreuses guerres que le ban du Sart a eu à souffrir» les rétablit à la suite d’une supplique adressée par les bourgmestres et magistrats.  Seulement la foire de la Pentecôte fut portée au 3 mai de chaque année.

                Plus tard, par suite de la coïncidence de la foire du 3 mai tenue à Stavelot, le conseil communal la fixa et la maintint au 4 mai.  Celle du mois de septembre a lieu actuellement le mardi de la kermesse qui tombe le dimanche après la Saint-Mathieu.

                TABLEAUX DE RECENSEMENT 

Recensement de la population

Recensement : Nombre de : Population : Population : Population

                      :  maisons     :  masculine : féminine    :  totale.

   1762           :    243          :       815      :     783        :  1598

   1793           :    300          :       927      :     714        :  1641

   1856           :    526          :     1299      :   1194        :  2493

   1866           :    511          :     1192      :   1052        :  2244

   1876           :    507          :     1187      :   1044        :  2231

   1880           :    498          :     1166      :   1116        :  2282

   1890           :    477          :     1117      :   1085        :  2202

   1900           :    472          :     1097      :   1034        :  2131

   1910           :    517          :     1119      :   1065        :  2184

   1925           :    611          :     1098      :   1077        :  2175

Recensement du bétail

Recensement : Race           : Race          : Race         : Race      : Citernes

                      : chevaline    : bovine       : ovine.       : porcine  : étanches.

   1880           :     86           :     1895      :     344       :   420      :      ’’

   1890           :     79           :     1972      :       36       :   515      :      ’’

   1900           :     82           :     2024      :       21       :   562      :      ’’

   1910           :     97           :     3040      :       28       :   858      :     187

Comice agricole - en 1900, les communes de Spa, Sart, Jalhay, Polleur, Theux

                    et la Reid formèrent un comice agricole.

                Le premier concours de bétail et de mécanique agricole eut lieu à Spa en 1900 ; le second à Theux en 1902 ; le troisième à Sart en 1904.

                Par suite du décès de Gihoul, promoteur de l’institution, le comice fut dissous.

                ASSOCIATIONS - La population reconnaît les avantages matériels et autres qui résultent de l’association et, dans ce but, elle a constitué plusieurs groupements professionnels.

                En 1885, il se forma une vaste société sous le nom de «Cercle du Vieux Chêne» qui, par ses conférences et réunions récréatives, releva le niveau intellectuel et moral de la jeunesse et qui fut le générateur de tous les groupements qui existent aujourd’hui, savoir : l’Union Professionnelle Agricole, reconnue par la loi et sa succédanée la Jeune Alliance Paysanne-trois Caisse Rurales - une agence de la Banque Agricole de Belgique - la Société Coopérative «Nivezé-Prévoyance» contre les risques de l’incendie - une Société d’Assurance bovine - une Société d’Assurance chevaline - cinq Laiteries Coopératives - une société chorale - une société d’harmonie - trois cercles dramatiques - un Syndicat d’élevage bovin - un Syndicat de Taureau et l’importante société coopérative «Meunerie Economique Sartoise» qui compte 476 membre, répartis entre huit communes limitrophes et dont le bilan, pour l’exercice 1924-1925, arrêté et approuvé au 1 mai 1926, accuse un chiffre d’affaires de 3.227.194 francs pour 5.300.000 kilogr. de marchandises achetées et transformées en son Moulin, établi à la gare.

                Le bénéfice réalisé pendant ce même exercice s’élève à 70.303 francs.

                APICULTURE ET BRUYERE - Jadis, presque chaque ménage avait son rucher où étaient rangées des ruches d’abeilles en paille coniques et qui sont aujourd’hui remplacées par des ruches en bois à cadres.

                A l’époque de l’essaimage, le mouchier demeurait en permanence devant son rucher, pour faire la récolte des essaims qui, malgré une surveillance active, s’évadaient quelquefois pour aller s’installer dans le creux d’un vieux chêne ou dans quelque anfractuosité de rocher.

                Anciennement des centaines de ruches étaient amenées dans les ruches des particuliers, depuis le premier août jusqu’au quinze septembre, à l’époque de la floraison de la bruyère.

                L’affluence de ces ruches étrangères était si grande, que, en 1746 déjà une taxe de deux patars était imposée aux détenteurs de ces ruches.

                Par recès du 21 juin 1779, les bourgmestres et magistrats de la Cour de Justice promulguèrent une nouvelle taxe de un florin d’or par ruche pour toute la durée du séjour.

                Cette ordonnance fut publiée chaque année par le sergent au Cri du Perron et transmise à Spa et au Franchimont d’où la communauté recevait beaucoup de ruches.

                La police devait faire chaque année le relevé des ruches et faire rapport.  Toute fraude ou fausse déclaration était frappée d’une amende de un florin d’or par ruche.

                Vers 1860, l’administration communale imposa une taxe de cinquante centimes, puis elle la porta à un franc par ruche à payer par les détenteurs des ruches.

                Actuellement le séjour des ruches étrangères est libre.

                En octobre, se faisait l’extraction du miel par des procédés rudimentaires et peu coûteux, tandis que de nos jours cette opération s’effectue par des moyens mécaniques qui donnent un miel plus agréable à l’œil et d’un goût beaucoup plus fin.

                Le dressoir se remplissait de bocaux de miel parfumé, destiné à beurrer la tranche de pain noir, donnant force et santé.

                Aujourd’hui, cette petite industrie est presque anéantie et l’apiculture n’est plus qu’un souvenir dans la mémoire des vieux amateurs des mouches à miel.

                Quand les cultivateurs se rendaient sur les fagnes pour faucher les bruyères et autres herbes, les plantes de bruyère se renouvelaient chaque année et les jeunes pousses donnaient une abondante floraison mellifère.

                Par l’abandon de la fagne, les bruyères se dessèchent et périssent parce que la faux ne rajeunit plus les pieds des bruyères où les abeilles vont chercher le propolis et le nectar des fleurs qu’elles portent dans les alvéoles des gâteaux de cire.

                C’est regrettable car la bruyère, cette petite reine des fleurs de l’arrière-saison, a droit à notre attention.  Elle le mérite.  Elle choisit, pour les embellir, les sites les plus pauvres parce que sa sobriété lui permet de vivre sur le schiste et parce qu’elle se nourrit à peu près de l’air du temps.

                La bruyère fleurit dans la solitude des garrigues ; ce n’est pourtant pas une fleur ermite ; elle forme, au contraire, sur les âpres sommets de la Baraque Michel des compagnies nombreuses, couronnées de petites corolles élégantes et dont le vent d’est apporte les suaves senteurs jusqu’au milieu de nos agglomérations.

                La couleur de la bruyère est d’un rose tendre.

                On rencontre parfois au milieu du fouillis de ces petites fleurs, une touffe de bruyère blanche dont la rareté remplit d’une joie indicible le cœur de celui qui l’a découverte.

                Honorons la bruyère, cette petite reine des fleurs d’automne dont les abeilles sont si friandes.

                HAIES - Les haies se meurent, les haies disparaissent remplacées trop facilement par l’affreuse clôture en fils de fer barbelés.  Il faut féliciter les régions qui les conservent.

                Des chemins s’enfoncent entre deux cloisons de verdure formées par toutes les essences arborescentes qui se croisent, se soudent, s’entrelacent pour forme un dôme de verdure au-dessus de la tête des passants.

                Aux heures chaudes, il fait bon flâner là-dessous, dans l’ombre que le soleil parsème de taches d’or.

                IL y règne un recueillement mystérieux, l’on y marche doucement et l’on y parle pas pour ne pas troubler le silence.

                C’est une belle chose qu’une haie en toute saison et surtout à la fin du mois d’août.

                La fleur blanche de l’aubépine du printemps est remplacée par des grappes de cenelles et celles de l’églantier par le cynorhodon, couleur de corail.

                Plus tard, apparaît la ronce, armée d’épines et qui est l’une des beautés des haies par ses mûres d’un noir épais et gras, d’une douceur de miel.

                Tout un peuple d’herbes et de fleurs intéressantes croissent à l’ombre des haies, telles que la violette, la petite véronique, le bugle, la stellaire, les lierres terrestres, les gaillets, les menthes sauvages……..

                Amie des herbes et des fleurs, la haie est encore propice aux oiseaux.  Les meilleurs de nos chanteurs, le rossignol, les fauvettes, le roitelet, le pinson, la verdière, lui confient leur nichée.

                Détruire les haies, c’est chasser ces charmants artistes qui sont, en outre, de vaillants échenilleurs.

                Et puis les haies parent le paysage et lui donnent un air d’aisance.  Elles délimitent les héritages en dessinant de gracieuses courbes marquées par les sinuosités du terrain.

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