C h a p i t r e   V  

VIE ADMINISTRATIVE

                COUR DE JUSTICE - Les bans du Marquisat de Franchimont avaient leurs propriétés, leurs dettes, leurs magistrats, leurs juges, leurs juridictions, leurs intérêts séparés les uns des autres.

                Ces différentes affaires étaient administrées par un corps constitué nomme Cour de Justice.

                Chaque ban avait un pareil corps de justice qui était composé d’un mayeur, chef de la justice et de sept juges nommés échevins, élus à vie et révocables.

                L’objet essentiel de la Cour de Justice était l’administration de la justice et le reste n’était qu’accessoire 

                A l’origine la gestion communale n’a pour ainsi dire aucun objet d’activité, puisque les communes n’avaient ni propriétés, ni finances, ni écoles, ni bâtiments publics…

                Au Franchimont, les propriétés communales ont leur origine dans les cantonnements des bois de 1624 et dans les octrois d’aisances.

                La Cour de Justice jugeait tous les crimes et délits ; elle disposait de tous les moyens d’information, y compris la torture et elle appliquait les peines les plus variées : amendes, confiscation, pèlerinages lointains, bannissement, emprisonnement, peines corporelles, condamnations capitales.

                Plus tard, l’institution des Bourgmestres avec ses compléments (commissaires, conseillers) restreignit les droits des Cours de Justice qui, peu à peu, les perdirent presque complètement.

                La Cour de Justice recevait les actes que les notaires actuels reçoivent, mais ces actes devaient être enregistrés par la Cour.  Pour cela, les échevins pouvaient apposer leurs sceaux spéciaux pour légaliser les expéditions authentiques des actes de la Cour.  Ces expéditions n’en devenaient pour cela plus pièce officielle.

                A l’origine, il n’y avait pas de code de loi spécial, mais bien ce que l’on appelait les coutumes du pays, les ordonnances, les records ou attributions des Cours et les règlements donnés aux communes.

                Les coutumes locales sont plus anciennes que toute codification officielle.

                Sous le règne de Georges d’Autriche, les Etats avaient déjà promulgué une réformation de la justice.

                Dans la suite, d’autres réformateurs, tels que De Groesbeek, De Louvrex, Méan et Sohet peuvent être cités comme les principaux auteurs qui donnent des explications sur l’administration de la justice.

                La Cour de Theux avait en certaines affaires une supériorité sur les autres Cours du ban.

                De même pour les affaires criminelles, la Cour de Sart se trouvait sous la juridiction de la Haute Cour de Justice à Liège qui seule avait le droit de juger les causes tendant à une peine afflictive.

                Les Cours de justice étaient juges en première instance de toutes les affaires civiles ; dans les affaires criminelles, elles l’étaient aussi pour les cas qui ne surpassaient pas cinq florins d’or d’amende.  Au-delà, elles faisaient l’instruction du procès et rapport à la Cour de Liège pour le prononcé de la sentence. (1)

                Outre les Cours de Justice de cinq bans, il s’en trouvait encore trois autres dans le marquisat, mais qui étaient seigneuriales, savoir : Surister (Jalhay), Jehanster (Polleur) et Trois Fontaines (Sart).

                Mais leur juridiction ne s’étendait qu’aux fiefs qui en ressortissaient. 

                La Seigneurie de Trois Fontaines, faisant partie de la dîme de Sart, possédait le fiel Cherffe, situé entre Tiège et le château de Trois Fontaines.

                Ces Cours ont été supprimées et remplacées par l’établissement des tribunaux provisoires, fait par la représentation nationale dans le cours de l’année 1795.

(1) Hist. du Marq. de Franchimont p. 73

      par H.J. Detroz

                A chaque Cour de Justice étaient adjoints un greffier, un sergent, un collecteur et un prélocuteur.

                GREFFIER : Le greffier était un personnage important.  Souvent il était le seul lettré de la Cour.

                Il rédigeait une sorte de procès-verbal des séances de tribunal, tenait note des diverses phases des procédures et libellait ordinairement les jugements.

                Il transcrivait d’abord sur des feuilles de parchemin, plus tard dans des registres, les contrats soumis à la formation de la réalisation et en dépêchant des copies authentiques.  Il dressait les assiettes des tailles, les listes de patrouilles, en un mot, il tenait toutes les écritures.

                Il arrivait quelquefois que le greffier cumulait ses fonctions proprement dites avec celles des Bourgmestre ou d’échevin ; de la sorte, le nombre des membres du collège se trouvait réduit de une ou de deux unités.

                Ces fonctions cessèrent en 1795 par la suppression des Cours de Justice.

                Le dernier greffier en titre fut Gaspar Joseph Parotte qui occupa ces fonctions pendant de longues années, parce qu’il n’était pas aisé de trouver un greffier convenable et capable.

                Les successeurs des greffiers prirent le nom de secrétaires communaux.

                Les suivants sont ceux dont les archives font connaître les fonctions, savoir :

                J.J. Derecogne,  secrétaire de 1794 à 1797

                M.J. Bronfort  ,        ’’       de 1797 à 1834

                V.J. Bronfort   ,        ’’       de 1834 à 1844

                J.H. Gouders   ,        ’’       de 1844 à 1888

                J.Fr. Gouders  ,        ’’       de 1888 à 1920

                Louis Potelle  ,         ’’       depuis 1920

                SERGENT : Le sergent était à la fois un suppôt de la justice et de l’administration communale.

                Au point de vue judiciaire, il était chargé de citer les parties devant le tribunal ; il assistait aux séances pour assurer l’ordre ; il était agent exécutif quand il s’agissait d’appréhender un coupable, de saisir des gages, etc…

                Le sergent remplissait donc les fonctions de huissier moderne.

                Comme auxiliaire du bourgmestre, il faisait office du garde-champêtre.  C’était lui qui annonçait les plaids et apposait les affiches.

                Il convoquait, au son du tambour les manants à la sortie des messes paroissiales et les assemblait au pied du Perron où il faisait connaître les ordonnances et les décisions du bourgmestre et de la Cour de Justice.

                La place de sergent était passée annuellement aux enchères ; celui qui s’offrait de s’en charger au moindre gage était nommé.  Le premier article des conditions imposées aux candidats était d’être de «bonne fâme et réputation» et augré de la Cour et du bourgmestre.

                COLLECTEUR : Les bourgmestres devaient percevoir les taxes et rendre chaque année compte de leur gestion, comme le constatent les registres de la comptabilité.  Dans la suite, cette mission fut dévolue à des collecteurs nommés par les bourgmestres et magistrats ou par les manants convoqués à cet effet à la Halle.

                Le collecteur devait fournir une caution réelle et suffisante ; il touchait chaque année un florin brabant par cent de sa recette.  Quatre fois par an, il devait tenir comptoir tantôt à la Halle, tantôt au pied du clocher de l’église pour toucher les tailles, taxes et autres deniers publics.

                La série des collecteurs étant considérable, nous avons cru inutile d’en faire la nomenclature et citons seulement les plus récents en titre, savoir :

                P.Ign.Willem   , receveur communal de 1850 à 1858

                Claude Nissen ,              ’’                 de 1858 à 1865

                N.J.Hansoulle  ,              ’’                 de 1865 à 1918

                Ant.Pironet      ,              ’’                 depuis 1920            

                PRELOCUTEUR : Le prélocuteur ou avant-parlier devait, aux plaids généraux, exposer les plaintes et les revendications des manants.

PLAIDS GENERAUX

                Ces plaids, reste des coutumes des Francs, étaient l’assemblée de tous les chefs de famille réunis à des moments déterminés pour discuter au sujet de leurs intérêts communs.

                Dans certaines communautés, ces plaids se tenaient à des époques fixes ; ici, ces réunions avaient lieu quand les circonstances l’exigeaient.

                Les plaids ordinaires étaient annoncés par des affiches et le sergent allait de maison en maison convoquer tous les manants et leur notifier l’heure, le lieu et l’objet de l’assemblée.  Au moment de la réunion, il sonnait la cloche paroissiale.

                L’assemblée se tenait le plus souvent dans la Halle, ou devant l’église, habituellement à l’issue de la messe.

                Tous les chefs de famille, hommes ou même femmes veuves, avaient le droit et l’obligation d’assister aux plaids généraux.  Ceux-ci étaient donc bien l’organe de la communauté toute entière.

                On y donnait annuellement lecture des anciennes chartes afin que chacun connût ses droits et toutes ses obligations.

                On promulguait les ordonnances du Seigneur de Franchimont.  La gestion des propriétés communes et notamment la réglementation des coupes de bois, les mesures à prendre pour sauvegarder les anciens privilèges, les procès à intenter ou à soutenir, l’entretien de la voirie, les réparations à effectuer à l’église et au cimetière, les emprunts à contracter, les contributions à lever pour subvenir aux charges, l’élection des bourgmestres, l’audition de leurs comptes….étaient les principaux objets qui figuraient à l’ordre du jour des plaids généraux.

                LA VERGE DE JUSTICE - Quand le coupable d’un forfait était connu, il devait subir la sentence lui infligée par la Cour.

                Le justicier devait être présent pendant le supplice du coupable.  Il tenait levée la Verge de Justice et il l’abaissait lorsque la sentence avait reçu son exécution.

                La Verge de Justice a été détruite en même temps que de nombreuses archives qui sont devenues la proie des flammes.

                La commune de Jalhay possède encore sa Verge de Justice et la conserve soigneusement (actuellement au musée de la vie wallonne à Liège).

                Nous avons demandé des renseignements à ce sujet à l’administration de Jalhay qui a bien voulu, par l’intermédiaire de M. le Bourgmestre Herman, nous donner la description de la Verge de Justice ainsi que le cérémonial des fonctions du justicier.

                Ce cérémonial était le même dans les deux bans de Sart et de Jalhay.

                Voici en abrégé, les renseignements fournis par le bourgmestre :

Longueur de la Verge  : 3 pieds.

Diamètre au gros bout :  3 centimètres.

Diamètre au petit bout : 1 centimètre.

Essence                        : néflier (très noueux)

Poignée garnie d’un garde en étoffe rouge mêlée de jaune, la base de la poignée ornée de franges en fil, jadis dorées sur une longueur d’un centimètre.

                On aperçoit encore des paillettes d’or en retroussant ces franges.

                Il n’y a pas de lanière à l’extrémité supérieure et à l’examen de celle-ci on serait tenté de croire qu’il n’y en a jamais eu.

                Il n’y a pas d’écrit relatif à ce vestige de l’ancien temps.

                On doit s’en tenir à la tradition qui rapporte ce qui suit :

                Lorsqu’un forfait s’était produit (et dont l’auteur n’était pas connu), le justicier, tenant la Verge, se plaçait, à l’issue de la messe paroissiale, à la porte de la sortie du cimetière.

                Tout le monde, sans exception, devait passer sous la Verge.

                Celui qui refusait de se soumettre à cet ordre, était tenu comme coupable et appréhendé.

                Il en était de même de celui qui en passant sous l’emblème se trahissait par l’émotion ou par certains signes ou gestes qui étaient guettés par des membres de la Cour placés en observation.

                Quand le coupable d’un forfait était connu et qu’il avait avoué sa faute, la sentence recevait immédiatement son exécution.

                A Sart, le coupable, condamné à la peine de la pendaison était attaché à la branche d’un chêne, situé au-dessus du Wayai, dans la fagne le Rechehomme et qui se nomme encore aujourd’hui li tchêne del bilonse.

                COUR FRANCHE ET FRANCHE FAGNE - La Cour franche de Solwaster était probablement une succursale de la Cour de Justice établie à Sart.

                L’ancien propriétaire de cette Cour franche de Solwaster était Jude Tailler, compositeur wallon du terroir.  Le propriétaire actuel a modernisé cette habitation et lui a enlevé complètement son beau cachet d’originalité.  C’était une maison d’une construction spéciale : (1)

                Large manteau de cheminée supportée par des montants sculptés ; fenêtres étroites à petits carreaux, soutenus par des lamelles en plomb ; solives en quartiers de chêne massifs ; plafond en demi-ceintre ; cour emmuraillée et pavée de larges dalles avec un puits au milieu ; porte d’entrée en chêne, bordée de barres de fer, maintenues par de gros clous ; un heurtoir et un judas.

                Si un criminel ou un voleur était surpris en flagrant délit, le volé pouvait se faire justice soi-même.

                Mais si le coupable pouvait se réfugier dans la Cour franche de Solwaster, sa personne était soustraite pendant trois jours aux poursuites de la justice.

                Si, après ces trois jours, il parvenait à trouver asile dans la franche Fagne, près de Zourbrodt, il avait encore un répit de trois autres jours.  Mais, si après ce nouveau délai le délinquant se laissait surprendre, alors la justice suivait son cours et ordinairement il était décapité.

                La franche Fagne, qui existait dans la zone vers Ovifaz, parcourue anciennement par la Via Mansuerisca était un vaste territoire, appelé encore Fagne neutre ou Terre libre.

                Voici, d’après Schuermans, ce qui a donné naissance à la dénomination de franche Fagne et qui a fort intrigué le docteur de Limbourg de Theux, au siècle dernier.

(1)    D’après un écrit retrouvé dans cette habitation.  

                «On l’appelait Franche Fagne, dit une des enquêtes de 1754, parce que, comme anciennement, lorsque des voituriers de charbons ou autres, même les étrangers, passaient par ces endroits, ils avaient des difficultés avec les habitants de Robertville, qui avaient pour lors en louage ces fagnes appartenant au Seigneur de Butgenbach ; ceux-ci se plaignirent qu’ils payaient et que les étrangers leur mangeaient leurs pâturages en ces fagnes.  Sur cela, l’intendant du Seigneur de Butgenbach, pour éviter toute discussion, avait assigné un canton, savoir la dite fagne, pour y paître communément, tant les uns que les autres, sans qu’on pût rien dire où faire à personne, ni à quel étranger, ni à quel habitant des villages voisins que ce pourrait être et quand même il viendrait de la Hongrie, qu’il y pouvait rester impunément trois jours, sans qu’on eût rien à lui dire.  C’est de là, à ce qu’on a appris des anciens, qu’on appelait ainsi ce terrain, Franche Fagne» ;

                «Terre neutre» dit une pièce du 17 mars 1754, étrangers et sujets y peuvent habiter et y chercher foin, bruyère, truffes (tourbes).  Sur la Franche Fagne, dit un témoin, on ne pouvait être arrêté par personne.  C’est à cette Franche Fagne ou Fagne d’Ovivaz que s’applique cette assertion de Detroz : les bêtes à cornes qu’on avait nourries pendant l’été sur la fagne, se vendaient à une lieue de Piette-en-Fagne, à une foire annuelle de septembre, en lieu dit Rékékée ».

                Un fait semblable existait au pays d’Aywaille.

                D’après un document cité dans les légendes de Marcellin Lagarde «les criminels trouvaient un lieu d’asile dans la brasserie franche de Remouchamps ; ils y étaient en sécurité pendant neuf jours».

                BOURGMESTRES - Le plus ancien recès relatif aux Bourgmestres date du 11 juin 1606, tous ceux parus antérieurement ayant été anéantis par l’incendie de la Maison Magistrale.

                Dès le 16e siècle, les bans du Marquisat de Franchimont étaient administrés par deux bourgmestres.  Un nouveau était élu chaque année et l’ancien prêtait son expérience au nouveau pendant un an.

                Les deux premiers bourgmestres dont les noms figurent aux archives sont Jacques Bodeit et Johan Wayau qui prêtèrent en 1606 devant la Cour de Justice le serment requis avant d’entrer en fonctions.

                Les bourgmestres avaient à remplir des fonctions bien délicates et bien difficiles surtout à l’époque des guerres de l’ancien temps qui ont en une si triste répercussion sur la communauté.

                Le Magistrat présidait les assemblées qu’il convoquait, y faisait régner l’ordre et veillait à ce que les ordonnances du prince et les coutumes locales fussent respectées.

                Le mayeur et les échevins devaient posséder certaines qualités, particulièrement, l’honorabilité, la bonne conduite et la capacité.  Cette dernière qualité faisait parfois défaut, car nous avons trouvé des actes - rares cependant - où les échevins traçaient une croix pour remplacer leur signature.

                Moyennant le concours des manants, les bourgmestres devaient pourvoir à la subsistance des troupes de passage et de leurs animaux ; ils devaient présider à la distribution des rations, servir d’escortes aux chefs et se tenir continuellement à la disposition des gouverneurs de Franchimont.

                Les bourgmestres, étant placés au sommet de la hiérarchie administrative de la communauté, étaient en même temps comptables des moindres débours qu’elle effectuait.  C’étaient eux qui payaient les matériaux nécessaires pour la réparation des bâtiments communaux ; ils devaient faire mention de toutes les espèces de dépenses.

                Les comptes qu’ils rendaient annuellement constituent donc une source précieuse de renseignements dont l’étude et la comparaison formeront plus tard un important chapitre de l’histoire économique.

                Les bourgmestres adressaient des suppliques à Liège ou allaient trouver en personne Son Altesse le Prince pour obtenir un adoucissement dans l’établissement des tailles et dans les réquisitions militaires dont le ban était frappé.  Malgré toute la diplomatie qu’ils employaient à exposer la pénible situation de la communauté, leur demande était généralement mal accueillie et alors les bourgmestres subissaient les premiers les tristes conséquences de leur démarche, par sévices, violences ou extorsions qu’ils devaient subir.

                On se demande même comment, dans une situation désastreuse, on pouvait encore trouver des hommes qui consentissent à se charger de l’administration de la chose publique.

                Dans toutes ces infortunes, la population virile trouva une aide réconfortante dans l’appui, le dévouement et l’abnégation des femmes.  Car, non contentes d’être excellentes mères de famille, elles s’occupèrent avec un soin inlassable de la direction du ménage, de la culture du modeste patrimoine qu’elles surent défendre les armes à la main contre les envahisseurs étrangers pendant que leurs maris étaient chargés de guider les troupes ou de pourvoir à leur approvisionnement.

                Ces épouses énergiques surent inculquer aux leurs des sentiments d’abnégation, de loyalisme, et de dévouement à la communauté.  Le courage, l’énergie, l’attachement à leurs concitoyens guidaient seuls les bourgmestres dans leur noble conduite.

                Les deux bourgmestres étaient nommés par la Cour de Justice et par trois autres personnes assumées à cette fin.

                Dans la suite diverses modifications furent introduites dans l’organisation administrative de la commune.

                La première en date est celle du 19 juillet 1704.

                Par son ordonnance, le prince-évêque considérant les abus qui s’étaient produits depuis plusieurs années dans l’administration des affaires publiques, retrancha la Cour de Justice et nomma d’office deux bourgmestres à changer d’année en année et trois commissaires, pour terminer les mandats de leurs prédécesseurs révoqués.

                Ces magistrats, après la prestation du serment entre les mains du Comte de Lymden, gouverneur de Franchimont, devaient s’occuper de l’administration de la justice et des biens publics, examiner la situation financière de la communauté et en faire chaque année un rapport détaillé au Conseil privé de Liège.

                Après l’expiration du mandat de 3 ans des commissaires, les manants s’assemblèrent pour faire choix par voie d’élection de trois commissaires rééligibles de trois ans en trois ans.

                Le 8 mars 1714, de nouveaux abus s’étant glissés dans l’administration des biens du ban, le Prince-Evêque délégua le conseiller De Louvrex qui eut une conférence à la Halle avec les bourgmestres et échevins et les principaux manants.

                De cette délibération sortit un règlement fixant les attributions des bourgmestres, des commissaires, du greffier et des collecteurs, ainsi que les conditions exigées pour remplir ces fonctions.

                Une des principales missions du bourgmestre consistait à faire les marchés de bois et à marquer au moyen de la hachette officielle, les chênes à bâtir mis à la disposition des manants.  Le bourgmestre devait surtout empêcher la substitution dans le classement de ces lotissements.

                Comme suite à ce règlement, les magistrats et les manants du ban ayant envoyé une protestation concernant les rigueurs de cet édit, M. De Rosen, chancelier du conseil privé de la principauté, transmit, sous la date du 4 juin 1714, une ordonnance qui était l’ampliation du règlement précité.

                Cette ordonnance comprenait 18 articles longuement détaillés et commentés.  Les obligations des autorités sont clairement expliquées.

                Il faut croire que des abus se commettaient surtout dans la vente des bois, tant de la part des vendeurs que des acheteurs.  Ce règlement stipule des clauses comminatoires pour ceux qui ne l’observaient pas.

                En effet, l’art. 8 énonce : «les fraudes dans les ventes des bois seront punies sous peine d’une amende de vingt florins d’or pour chaque contrevenant et dont la moitié sera perçue au profit de la communauté et l’autre moitié au profit de celui qui a constaté le délit».

                Nombreux sont les procès-verbaux des élections des bourgmestres et des commissaires.

                Voici en résumé l’extrait du procès-verbal en date du 8 mars 1719 pour l’élection d’un commissaire en remplacement du titulaire décédé.

                Les électeurs convoqués à la Halle émirent leur vote à haute voix et le greffier inscrivit les résultats de l’élection dans le registre aux Recès.

                N’ayant pas de compétiteur, Michel Boudron obtint l’unanimité des 53 électeurs dont 10 firent la déclaration de ne savoir signer.

                Parmi ces 33 électeurs se trouvaient deux veuves et deux épouses qui votèrent à la place de leurs maris décédés ou malades.

                C’est le triomphe des revendications féminines du vingtième siècle.

                A partir de 1760 jusqu’en 1770, les nommés Bayer Frédéric et Detroz Antoine François remplirent les fonctions de bourgmestres.

                La durée de ces mandats paraît anormale.  Elle était légale cependant, car, chaque année, les électeurs renouvelèrent leur mandat comme le constatent les divers procès-verbaux de ces élections.

                Le 31 décembre 1770, un nouveau règlement pour l’établissement d’une régence fut transmise de Liège au ban en vue de donner une bonne régence qui ne se perpétue pas dans un petit nombre de personnes au préjudice des autres et souvent au détriment du bien public.

                La Régence du ban devait consister en un bourgmestre et six notables à choisir parmi les manants les plus capables et cotisés à huit florins brabant à chaque taille double, et, comme le ban était divisé en cinq quartiers, les électeurs devaient nommer deux notables pour le quartier de Sart avec Priesville, Arzelier et Moulin ; un pour le quartier de Solwaster ; un pour le quartier du Wayai avec Passage, Cockaifagne et Nivezé ; un pour le quartier de Tiège et pour Royompré et un pour le quartier d’Arbespine avec Neufmarteau et Pont de Polleur.

                Les fonctions de bourgmestre étaient remplies par Etienne Petitjean.  Cette régence était nommée pour trois ans par les électeurs qui devaient être taxés à deux florins pour chaque taille.

                Lorsque la Belgique se trouva sous la domination française, une nouvelle régence, comprenant le bourgmestre et six commissaires fut établie.

                Par décret de la Convention nationale de France, en date du 15 décembre 1792, les électeurs convoqués à la Halle déclarèrent unanimement vouloir composer un corps municipal en se conformant aux prescriptions du décret et, après la prestation du serment, les membres de la Régence apposèrent leur signature sur le procès-verbal de cette élection.

                Les modes de votation ont beaucoup varié pendant cette longue période.

                Voici l’exemple de l’élection faite le 16 mai 1819 pour le remplacement de trois membres du conseil.

                Les conseillers en question se rendaient au domicile des électeurs et ils étaient porteurs d’une boîte fermée à trois clefs.  Ils recueillaient les bulletins, au nombre de soixante-trois, écrits à la main, fermés et cachetés avec du pain à cacheter, selon les dispositions voulues par la loi.

                Le dépouillement des bulletins de vote se faisait à la Halle, en présence du public et le résultat des élections était publié après la fin des opérations.

On voit que nos législateurs, en inventant l’isoloir et le crayon enchaîné, n’ont pas beaucoup innové sous ce rapport.

LISTE

Des bourgmestres de 1606 à 1910.

Années                         Noms et prénoms                                Pièces où ils sont

                                                                                                 cités comme

                                                                                                 bourgmestres.

1606          Bodeit Jacquemin et Wayau Johan                        Farde I n°  21

1611          Mathar Melchior et Garvet Mathieu                      F. I  , n°  28

1613          Gerkinet Mathieu et Baudon Jean                          F. I  , n°  28

1619          Garvet Colette et Gerkinet Mathieu                       F. 69, tailles

1620          Deschamps Jean et de Pouhon Collin Thom.         F. 16, comptes

1621          Mathar Mathieu et Deschamps Jean                       F. 16, comptes

1622          Thomas Willem et Collin Pasquéa                         F. 16, comptes

1623          Gillet Nicolas et Thomas Willem                           F. 16, comptes

1624          Thomas Willem et Collette Nicolas                       F. 16, comptes

1625          Collette Nicolas et Collar Thom. Jean                   F. 16, comptes

1626          Collette Nicolas et Collar Thom. Jean                   F. 16, comptes

1627          Collette Nicolas et Pardicq Mathieu                      F. 16, comptes

1628          Pardicq Mathieu et Collard Wilkin                        F. 16, comptes

1629          Collard Wilkin et Welter Gérard                            F. 16, comptes

1630          Pardicq H. Gérard et Racquet Jean                         F. 17, comptes

1631          Pardicq H. Gérard et Racquet Jean                         F. 17, comptes

1632          Collin Thomas et Racquet Jean                              F. 17, comptes

1633          Massart Math. Et Collin Th. Jos.                            F. 17, comptes

1634          Collar Thomas Jos. et Massart M.                          F. 17, comptes

1635          Massart Math. Et Collin Th. Jos.                            F. 17, comptes

1636          Walter Jean et Hasinelle Nicolas                            F. 17, comptes

1637          Walter Jean et Hasinelle Nicolas                            F. 17, comptes

1638          De Sprimont J. et Hasinelle Nicolas                       F. 17, comptes

1639          Collin Thomas et De Sprimont Jos.                        F. 17, comptes

1640          Collin Thomas et De Sprimont Jos.                        F. 17, comptes

1641          Collin Thomas et Pardicq J. Gér.                            F. 17, comptes

1642          Racquet Pasquée et Deschamps Bert.                     F. 18, comptes

1643          Deschamps Bert. et Welter Jean                             F. 18, comptes

1644          Welter Jean et Hasinelle Servais                            F. 18, comptes

1645          Hasinelle Servais et Bronfort Servais                    F. 18, comptes

1646          Bronfort Servais et De Sprimont Jean                   F. 18, comptes

1647          Bronfort Servais et De Sprimont Jean                   F. 18, comptes

1648          De Sprimont Jean et Welter Jean                           F.  4, n°  32

1649          Welter Jean et Petitjean Melchior                          F.  4, n°  32

Années                         Noms et prénoms                                Pièces où ils sont

                                                                                                 cités comme

                                                                                                 bourgmestres.

1650          Petitjean Melchior et Gernay Jean                       F.  4, n°  32

1651          Gernay Jean et Hasinelle Servais                         F.  4, n°  32

1652          Hasinelle Servais et Bronfort Servais                  F.  4, n°  32

1653          Bronfort Servais et Collard Gilles                       F.  4, n°  32

1654          Collard Gilles et Gawet J. Hub.                           F. 19, n°  32

1655          Gawet J. Hub. Et Petitjean Melchior                   F. 19, n°  32

1656          Petitjean Melchior et Defossé Henri                   F. 19, n°  32

1657          Defossé Henri et Hasinelle Servais                     F. 19, n°  32

1658          Hasinelle Servais et Gerkinet Badan                   F. 19, n°  32

1659          Gerkinet Badan et Petitjean Pierre                      F. 19, n°  32

1660          Petitjean Pierre et Gerneau Jean                         F. 19, n°  32

1661          Gerneau Jean et Depouille Gérard                      F. 20, n°  32

1662          Depouille Gérard et Massin Nicolas                   F. 20, n°  32

1663          Massin Nicolas et Jaspar Jean                             F.  4, n°  32

1664          Jaspar Jean et Massin Nicolas                             F.  4, n°  32

1665          Petitjean M. et Jaspar Jean                                  F.  4, n°  32

1666          Deschamps J. et Petitjean M.                              F.  4, n°  32

1667          Collard Bert. et Deschamps J.                             F.  4, n°  32

1668          Collard Bert. et Depouille Gérard                       F.  4, n°  32

1669          Letiexhe Ant. et Depouille Gérard                      F.  4, n°  32

1670          Letiexhe Ant. et Racquet Wil.                             F.  4, n°  32

1671          Defosse Henri et Racquet Wil.                           F.  4, n°  32

1672          Defosse Henri et Gawet Hub.                             F.  4, n°  32

1673          Hasinelle Servais et Gawet Hub.                        F.  4, n°  32

1674          Collard Bert. et Hasinelle Servais                      F.  4, n°  32

1675          Collard Bert. et Depouille G.                             F.  4, n°  32

1676          Petitjean M. et Depouille G.                              F.  4, n°  32

1677          Petitjean M. et Bourguignon Nicol.                  F.  4, n°  32

1678          Petitjean M. et Bourguignon Nicol.                  F.  4, n°  32

1679          Petitjean M. et Racquet Jean                             F.  4, n°  32

1680          Garvet Hubert et Racquet Jean                         F.  4, n°  32

1681          Garvet Hubert et Bronfort Servais                    F.  4, n°  32

1682          Garvet Hubert et Bronfort Servais                    F.  4, n°  32

1683          Letiexhe J. et Bronfort Servais                         F.  4, n°  32

1684          Letiexhe J. et Botterman Jean                           F.  4, n°  32

1685          Le Tahan Wal. et Botterman Jean                    F.  4, n°  32

1686          Le Tahan Wal. et Racquet Jean                        F.  4, n°  32

1687          Hansoulle Noël et Garvet Hub.                        F. 4, n°  32

1688          Xhayet Thiry et Garvet Hub.                           F.  4, n° 32

1689          Xhayet Thiry et Sente Jean                              F.  4, n°  32

Années                         Noms et prénoms                                Titres ou ils sont

                                                                                                  cités comme

                                                                                                  bourgmestres.

1690          Botterman Michel et Sente Jean                             F.  4, n°  32

1691          Botterman Michel et Tahan Henri                          F.  4, n°  32

1692          Tahan Henri et Gohy Paquay                                  F.  4, n°  32

1693          Massin Henri et Gohy Paquay                                F.  4, n°  32

1694          Hansoulle Noël et Racquet Jean                             F.  4, n°  32

1695          Massin Henri et Botterman J.                                 F.  4, n°  32

1696                           Beaupain Lambert et Botterman J.                         F.  4, n°  32

1697                           Beaupain Lambert et Xhayet Thiry                        F. 28, comptes

1698                           Collard Massin et Xhayet Thiry                            F. 28, comptes

1699                           Deshayes Math. et Collard Mas.                            F. 29, comptes

1700                           Deshayes Math. et Beaupain Lambert                   F. 29, comptes

1701                           Goblet Paquay et Beaupain Lambert                     F. 29, comptes

1702                           Tahan Lamb. et Beaupain Lambert                       F. 29, comptes

1703                           Tahan Lamb. et Dellevoye Nicolas                       F. 30, comptes

1704                           Sprimont Jean et Dellevoye Nicolas                     Vol. 1, recès

1705                           Sprimont Jean et Hurlet Nicolas                            F.  4, n°  33

1706                           Le Prince Henri et Hurlet Nicolas                          Vol. 1, p.  12

1707                           Le Prince Henri et Jaspar Wil.                               Vol. 1, p.  26

1708                      Renard Mathieu et Jaspar Wil.                               Vol. 1, p.  55

1709                           Renard Mathieu et Dehaye Mathieu                      Vol. 1, p.   81

1710                           Dehaye Mathieu et Hansoulle Nicolas                  Vol. 1, p. 100

1711                           Lonfaye Antoine et Hansoulle Nicolas                  Vol. 1, p. 110

1712                           Lonfaye Antoine et Tahan Hubert                          Vol. 1, p. 125

1713                           Collin Thomas et Tahan Hubert                              Vol. 1, p. 133

1714                           Collin Thomas et  Le Houyon Ant.                         Vol. 1, p. 141

1715                           Delvoye Nicolas et Le Houyon Ant.                        Vol. 1, p. 150

1716                           Delvoye Nicolas et Lambkin Hubert                        Vol. 1, p. 176

1717                           Boudron Michel et Lambkin Hubert                         Vol. 1, p. 209

1718                           Boudron Michel et Badon Jean                                 Vol. 1, p. 259

1719                           De Rave Jean et Badon Jean                                      Vol. 1, p. 294

1720                           De Rave Jean et Cristelbach Jean                               Vol. 1, p. 335

1721                           Paquay Jean et Massin Thomas                                   Vol. 1, p. 336

1722                           De Banneux et Massin Thomas                                    Vol. 1, p. 402

1723                           De Banneux et Hurlet Nicolas                                       Vol. 1, p. 439

1724                           Hasinelle Thom. et Hurlet Nicolas                                Vol. 1, p. 486

1725                           Hasinelle Thom. et Boudron Michel                              Vol. 2, p.     6

1726                           Racquet Melchin et Boudron Michel                              Vol. 2, p.  43

1727                           Racquet Melchin et Massin Thom.                                  Vol. 2, p.  59

1728                           Bernard Nicolas et Massin Thom.                                    Vol. 2, p.  80

 

Années                         Noms et Prénoms                                Titres où ils sont

                                                                                                  cités comme

                                                                                                  bourgmestres.

1729                           Bernard Nicolas et Bertholet Hubert                     Vol. 2, p. 132

1730                           Bertholet Hubert et Petitjean Mathieu                   Vol. 2, p. 169

1731                           Marnette Gilet et Petitjean Mathieu                       Vol. 2, p. 221

1732                           Marnette Gilet et Sente Léonard                             Vol. 2, p. 253

1733                           Marnette Gilet et Sente Léonard                             Vol. 2, p. 284

1734                           Marnette Gilet et Herman Michel                           Vol. 2, p. 319

1735                           Legrand Hubert et Herman Michel                         Vol. 2, p. 355

1736                           Legrand Hubert et Bernard Nicolas                         Vol. 2, p. 381

1737                           Letiexhe Gilles et Bernard Nicolas                          Vol. 2, p. 426

1738                           Letiexhe Gilles et Bernard Léonard                         Vol. 2, p. 452

1739                           Massin Henri et Bernard Léonard                            Vol. 2, p. 481

1740                           Massin Henri et Mairlot Henri                                  Vol. 2, p. 505

1741                           Thorez Noël et Mairlot Henri                                    Vol. 2, p. 524

1742                           Thorez Noël et Racquet Mel.                                     Vol. 3, p.   1

1743                           Thorez Noël et Racquet Mel.                                      Vol. 3, p.  61

1744                           Thorez Noël et Racquet Mel.                                      Vol. 3, p.  61

1745                           Letiexhe Gilles et Racquet Mel.                                  Vol. 3, p. 103

1746                           Letiexhe Gilles et Detroz Pre.Jos.                                Vol. 3, p. 137

1747                           Boudron Gérard et Detroz Pre.Jos.                               Vol. 3, p. 181

1748                           Fayhay J. Joseph et Detroz Antoine                              Vol. 3, p. 249

1749                           Detroz Antoine franç. et Bourguignon B.                     Vol. 3, p. 344

1750                           Thorez Noël et Bourguignon B.                                    Vol. 3, p. 442

1751                           Thorez Noël et Françolet Nicolas                                 Vol. 3, p. 480

1752                           Detroz Pre.Jos. et Françolet Nicolas                             Vol. 3, p. 635

1753                           Detroz Pre.Jos. et Thorez Noël                                     Vol. 4, p.     1

1754                           Françolet Nicolas et Thorez Noël                                 Vol. 4, p.   66

1755                           Françolet Nicolas et Detroz Ant.franç.                         Vol. 4, p. 137

1756                           Manguette Pierre et Detroz Ant.franç.                          Vol. 4, p. 203

1757                           Manguette Pierre et Detroz Pre.Jos.                              Vol. 4, p. 281

1758                           Bronfort Servais et Detroz Pre.Jos                                Vol. 4, p. 340

1759                           Bronfort Servais et Detroz Ant.franç.                           Vol. 4, p. 377

1760                           Bayer Frédéric et Detroz Ant.franç.                              Vol. 4, p. 435

1761                           Bayer Frédéric et Detroz Ant.franç.                              Vol. 4, p. 489

1762                           Bayer Frédéric et Detroz Ant.franç.                              Vol. 4, p. 536

1763                           Bayer Frédéric et Detroz Ant.franç.                              Vol. 4, p. 600

1764                           Bayer Frédéric et Detroz Ant.franç.                              Vol. 5, p.     1

1765                           Bayer Frédéric et Detroz Ant.franç.                              Vol. 5, p. 106

1766                           Bayer Frédéric et Detroz Ant.franç.                              Vol. 5, p. 157

1767                           Bayer Frédéric et Detroz Ant.franç.                              Vol. 5, p. 243

1768                           Bayer Frédéric et Detroz Ant.franç.                              Vol. 5, p. 328

1769                           Bayer Frédéric et Detroz Ant.franç.                              Vol. 5, p. 411

1770                           Bayer Frédéric et Detroz Ant.franç.                              Vol. 5, p. 477

1771                           Petitjean Etienne - Mandement de 1770                       Vol. 5, p. 557

Années                         Noms et prénoms                                Titres où ils sont

                                                                                                 cités comme

                                                                                                 bourgmestres.

1772                           Petitjean Etienne - Mandement de 1770               R. aux Recès

1773                           Petitjean Etienne - Mandement de 1770               R. aux Recès

1774 à 1781 Petitjean Etienne                                                 R. aux Recès                                                  

1782 à 1785 Collin Thom.Jos.                                                R. aux Recès

1786 à 1789 Racquet Pre.Math.                                              R. aux Recès

1789 à 1790 Houyon Louis Jos.                                              Comptes du           

                                                                                                Collecteur

1790 à 1791 Beaupain Nicol.Gér.                                           Comptes du

                                                                                                 Collecteur

1791 à 1792 Houyon L.J. et Hick Henri                                 Comptes du

                                                                                                Collecteur

1792 à 1793 Thorez Noël et Beaupain                                   Comptes du

                                                                                                Collecteur

1793 à 1794 Houyon Louis Jos.                                             Comptes du

                                                                                                Collecteur

1794 à 1800 Hick Pre Henri                                                   Comptes du

                                                                                                Collecteur

1800 à 1810 Detroz N. Jos. et Houyon                                  Comptes du

                                                                                               Collecteur

1810 à 1822 Houyon Jean François                                      Registres Divers

1822 à 1836 Beaupain Nicol. Gér.                                        Registres Divers

1836 à 1846 Leroy Jean                                                        Registres Divers

1846 à 1883 Hansoulle J.H.J.                                               Registres Divers

1883 à 1908 Crahay Jules                                                     Registres Divers

1908 à 1932 Laurent Lambert                                              Registres Divers

 

                L’ANCIEN SCEL COMMUNAL - Le 14 février 1777, la Cour de Justice rédigea le recès suivant (1) :

«Attendu que nos prédécesseurs ont perdu le scel de notre Cour, sur lequel figuraient un Saint Lambert, le Perron et de petits monceaux des Sarts et alentour desquels étaient gravés les mots suivants - Scel de la Cour de Sart, au pays de Liège, marquisat de Franchimont - nous avons ordonné à notre greffier Detroz de nous procurer un autre scel en cuivre, exécuté de même façon que ci-dessus, pour servir aux attestations, aux actes de légalisation etc…etc…»

              L’ordonnance de la Cour fut ponctuellement exécutée.

(1)    Ar. Com. Reg. 19 p. 273.

                En 1913, le conseil communal adressa une requête au Ministre de l’Intérieur pour demander l’autorisation de pouvoir se servir de l’ancien sceau pour servir de modèle à un nouveau cachet destiné à authentiquer les actes administratifs.

                Sur l’avis favorable du conseil héraldique, le gouvernement prit en 1914 un arrêté royal accordant l’autorisation sollicitée.  Mais, pendant la grande guerre, cet arrêté resta dans les cartons ministériels.

                En 1923, le conseil communal renouvela sa demande d’autorisation.

                Le Gouvernement transmit alors au Bourgmestre l’arrêté royal de 1914 ainsi que l’ancien cachet qui avait dû être envoyé à Bruxelles comme pièce justificative.

                Ce scel est actuellement la propriété de M. Emile Detroz, avocat à Liège, quatorzième descendant de la famille Detroz qui s’établir à Sart dès la fin du seizième siècle.

                M. Detroz a fait cadeau de ce cachet à la commune qui le conserve précieusement dans le coffre-fort de l’Hôtel de Ville.

                Le Saint Lambert est le patron de la paroisse.

                Le Perron est la reproduction de celui qui décore la place du Marché.  Les Sarts sont le symbole du travail opiniâtre de nos ancêtres, défrichant les landes et la forêt, pour créer des terrains productifs pour assurer la subsistance de la population.

                Le fac-similé de cet ancien scel se trouve gravé sur l’une des faces de la médaille qui a été remise, comme souvenir, à chacun des combattants de la guerre, lors de la fête patriotique, organisée en leur honneur, au mois de septembre 1919.

                Il est encore reproduit sur la face principale du monument élevé à la mémoire des glorieux combattants et qui a été inauguré le 6 septembre 1925.

                FIEFS - Les fiefs (1) étaient primitivement des biens, soient terres, habitations, rentes ou fonctions que le souverain accordait à ces sujets, moyennant certaines conditions.

                Celui qui donnait le fief s’appelait suzerain et celui qui le recevait portait le nom de vassal.

                Le suzerain et le vassal avaient des obligations réciproques à remplir et celui qui manquait à ses devoirs était accusé de félonie.

                Le vassal devait relever son fief à l’avènement d’un nouveau prince.  Tout nouveau possesseur devait également le relever.

                Le relief se faisait devant le prince ou suzerain.  Le vassal se présentait nu-tête, et, fléchissant le genou, mettait sa main dans celle de son seigneur qui le baisait parfois sur la bouche et lui faisait hommage de son fief.

                Le seigneur l’acceptait et lui en donnait investiture.  Parfois, il frappait sur l’épaule du vassal, ou lui mettait une motte de terre entre les mains ; d’autres fois, de petits morceaux de bois brisés.

                A côté des fiefs du prince, il y en avait un grand nombre d’autres, relevant de seigneurs, d’abbayes, d’églises ou de communautés.

                Le régime de la féodalité disparut du marquisat de Franchimont en 1789, lors de la première révolution liégeoise.

                Il reparut au retour du prince-évêque en 1792 et 1793.

                La domination française, après leur victoire de Fleurus fit disparaître à jamais cette institution.

(1)       Ce chapitre est rédigé d’après le «livre des fiefs du marquisat de Franchimont» par le Dr. Tihon de Theux qui forme le sixième volume du bulletin périodique de la Société verviétoise d’archéologie et d’histoire, an. 1905-1906 

                  Voici la liste des fiefs de la commune rencontrés au cours de cette étude.

Airckin (fief-) 30 mars 1608

Arbespine (fief) 7 mars 1523

Cherffe à Trois Fontaines (fief-) 6 mai 1593

Chierlo (fief-) 3 juillet 1553

Commune de Sart (fief de la-) 17 février 1315

Fagne des Mollets et Recheux (fief-) 4 août 1515

Gomble de Sart (fief de la-) 1 juillet 1400

Helleman (fief de-) 10 juillet 1515

Henri Collette (fief-) 11 juin 1633

Henri Macors (fief-) sur les Trois Fontaines 3 avril 1568

Henri Simonet (fief-) 10 avril 1542

Hermotin (fief-) 20 novembre 1624

Houillon (fief le-) 10 janvier 1668

Moulin de Polleur à Sart (fief du-) 7 mars 1382

Raes Blanche et du bois Sauleis (fief-) 10 octobre 1624

Roumaxhe à Solwaster (fief-) 13 août 1322

Wallemarck (fief-) 27 mars 1566.

                Les fiefs les plus importants étaient l’avouerie, les dîmes et les forestières.

                L’AVOUERIE - L’avouerie de Franchimont remonte à une haute antiquité.  L’avoué devait sa protection légale aux habitants des bans de Theux, Spa, Sart et Jalhay.  Le ban de Verviers avait son propre avoué, dépendant des seigneurs de Durbuy.

                A chaque plaid ou réunion du peuple à la Halle, l’avoué devait fournir un parlier ou avocat chargé de prendre la parole au nom du peuple et d’en défendre les intérêts.

                Il avait le tiers des amendes, sauf celles des bois, le tiers des essaims d’abeilles trouvés dans les forêts, le tiers des amendes pour vols et blessures, ainsi que de celles infligées par devant justice pour les porcs paissant indûment dans les bois.

                Le voué était nommé par le seigneur, il avait le droit de chasse et de pêche, le droit de tenir des moutons dans la bergerie de la communauté, la redevance de 2,5,10,50… chapons, ainsi que le tiers de plusieurs amendes.

                Pour faire une exécution capitale, le voué se rendait à la prison du prieuré et le mayeur lui délivrait le coupable.

                Dans l’intervalle, le sergent du voué était allé quérir le bourreau.  Le cortège ainsi formé s’acheminait vers le lieu du supplice où le malfaiteur expiait son forfait en présence du mayeur tenant en main la verge rouge.

                LES DÎMES - La dîme est très ancienne au pays de Franchimont.  On distinguait différentes sortes de dîmes : la dîme ecclésiastique, les grosses dîmes, les menues dîmes, la dîme novale, la dîme proediale, la dîme personnelle, la dîme mixte……

                Le décimateur est celui qui prélevait les dîmes.

                Celles-ci se payaient sur le seigle, l’épeautre, l’orge, l’avoine, les pois, les fèves, les vesces, le foin, le chanvre, la navette, le lin, la laine, les agneaux, les cochons, les poulets et le miel (Arch. de 1569).

                Les curés de cette époque n’étaient pas, comme de nos jours, exclusivement nommés par l’évêque : souvent leur nomination constituait un droit spécial attaché au seigneur sous le nom de droit de patronage.

                Ce seigneur alors devait pourvoir à l’entretien de l’église, du presbytère, des ornements…..

                Mais les décimateurs, tout en continuant à percevoir les fruits de leurs dîmes, dont une part revenait au clergé, se faisaient détester par la pression qu’ils exerçaient sur les malheureux manants.

                LES FORESTERIES - L’établissement des foresteries remonte à une très haute antiquité.

                Les rois francs, si jaloux de leurs chasses, durent établir dans la vaste forêt de Theux, des surveillants naturellement commandés par un chef ; de là vinrent sans doute les hauts forestiers et les forestiers des bans.

                D’après le record de 1431, il y avait 6 forestiers héréditaires au pays de Franchimont : un haut forestier, puis les forestiers des bans de Theux, Sart, Spa, Jalhay et le forestier de la Porallée (1).

                Le forestier de Sart avait autrefois la Seigneurie de Trois Fontaines et il possédait à ce titre le fief de Chierlo, situé entre Tiège et Trois Fontaines et le fief de la Fagne des Mollets et Recheux.

                Les forestiers héréditaires devaient aller au moins trois fois par semaine, visiter (circuiter) les bois de leurs ressorts, faire leurs rapports au haut forestier qui devait les transmettre au châtelain de Franchimont.  En 1441, ce châtelain était messire Grégoire du Sart.

                LES GRATIFICATIONS AUX CHEFS DES TROUPES ETRANGERES - Nous exposons dans la suite les nombreuses exactions auxquelles furent soumis les malheureux habitants de la communauté.

                Non contents d’avoir imposé le ravitaillement des troupes de passage, les chefs de celles-ci ne s’oublièrent pas et ils forcèrent la population à leur fournir des tributs pour «la fine bouche».

                Ce fut l’ingrate mission des bourgmestres qui se plièrent aux exigences des vainqueurs et des puissants du jour.

                Tout en subissant leurs avanies, ces dignes fonctionnaires s’acquittèrent de leur pénible mission avec courage et désintéressement.

                D’autre part, pour s’attirer les bonnes grâces des princes ou pour les divertir, les mayeurs firent des cadeaux connus sous le nom de gratifications

(1)    Vaste étendue de plus de 5 mille hectares de terrains, située en face du château de Montjardin.  Ces terrains furent cédés gratuitement  en 1230 par Reyne-Blanche, la châtelaine, à son fidèle serviteur Emprardus-li-Brackneu, qui en avait parcouru miraculeusement le pourtour en moins d’une demi-heure.  Emprardus fit don de tous ces terrains aux malheureux manants de dix villages d’Aywaille, à condition de ne jamais y bâtir d’habitation et de faire célébrer chaque année une messe à son intention dans l’église de Sougnes.  - Légende simple et naïve, racontée dans le val de l’Amblève par Marcellin La Garde.

                Voici le libellé d’une de ces gratifications.

                «L’an mille sept cent et quarante huit, du mois de janvier le vingt sixième jour, nous, le Magistrat du Ban du Sart, avons commis et député, comme par cette, nous commettons et députons le sieur notre bourgmestre Fayhay à effet de se rendre à Liège pour les affaires de notre communauté, ratifions l’achat par lui fait d’un gros mouton et de quatre lièvres, pour en faire présent à quelques seigneur pour services rendus à notre communauté et dans l’espoir d’en recevoir encore dans les conjonctures du temps».

                Les autres gratifications sont transcrites en résumé, savoir :

-       Le 16 avril 1651, gratification de 200 pistoles à faire par les bans aux commandants des troupes lorraines pour les éloigner du pays.

-       Le 16 juin 1704, gratification de 18 bouteilles de vin et de 4 jambons de Mayence au gouverneur de Franchimont.

-       Le 19 octobre 1704, gratification de quelque venaison à faire au commissaire général de l’armée du général Averborck, campée à Looz.

-       Le 5 septembre 1705, gratification de 2 couples de jambon de Mayence et de 2 douzaines de bouteilles de vin au gouverneur.

-       Le 5 juin 1707, gratification promise au capitaine de Fraipont et autres pour les prier de ne pas hausser sur la reprise de l’œil du moulin.

-       Le 27 mars 1708, gratification de 150 florins au gouverneur de Limbourg.

-       Le 3 avril 1708, gratification de 225 florins et de 12 bouteilles de vin au sieur de Lynden et à son agent Deuseneux. 

-       Le 27 juillet 1708, gratification de 80 florins audit Pironet pour l’inviter à ne pas hausser sur la reprise de l’impôt de l’œil du moulin.

-       Le 12 octobre 1708, gratification de 18 stiers d’avoine au gouverneur de Limbourg et le même jour, autre gratification de 4 écus et d’une partie de gants de soie à Rottrer de la garnison de Bonn.

-       Le 16 février 1709, gratification de 7 pistoles 9 florins 4 patars au gouverneur de Limbourg.

-       Le 4 janvier 1710, gratification de 24 stiers d’avoine à Rechterenne,  gouverneur de Limbourg et une autre de 118 florins 9 patars au gouverneur de Franchimont.

-       Le 14 octobre 1710, gratification d’un veau et de 2 moutons gras au gouverneur de Limbourg ; une de 25 florins à son lieutenant Grégoire et une de 15 florins à Dayeneux pour exemption de patrouilles accordée à la communauté.

-       Le 21 février 1711, gratifications de 121 florins au sieur de Lynden et 10 pistoles au gouverneur de Limbourg.

-       Le 12 décembre 1711, gratification de 279 florins au comte de Tilly.

-       Le 13 février 1713, gratification de 10 pistoles au commandant de Limbourg.

-       Le 29 mai 1713, gratification de 10 pistoles au gouverneur du marquisat qui a affranchi les bans des reconnaissances dues au comte de Tilly.

-       Le 27 octobre 1713, gratification de 24 mesures d’avoine au commandant de Limbourg.

-       Le 19 février 1714, gratification de 115 florins au comte de Lynden de Franchimont et 12 florins à ses sujets.

-       Le 4 décembre 1715, gratification de quelques gibiers de valeur aux personnes qui ont procuré à la communauté une somme d’argent dont elle avait besoin.

-       Le 18 février 1716, gratification de 12 bouteilles de vin de France, de 12 bouteilles de brandevin et de 120 florins au gouverneur du Marquisat.

-       Le 10 février 1718, gratification de 100 florins au gouverneur de Lynden et de quelques petites honnêtetés à ses domestiques.

-       Le 14 novembre 1721, gratification de quelques gibiers d’une valeur de 21 florins à un seigneur pour services rendus.

-       Le 28 mai 1724, gratification de 100 florins au gouverneur de Lynden et quelques honnêtetés à ses domestiques pour services rendus.

-       Le 27 juin 1725, gratification de jambons de Mayence de la valeur de 16 florins à un seigneur pour services rendus.

-       Le 15 novembre 1726, gratification de 24 mesures d’avoine au gouverneur de Limbourg.

-       Le 18 décembre 1729, gratification de plusieurs pièces de gibiers et de volailles à des seigneurs pour services rendus.

-       Le 23 mars 1736, gratification de gros gibiers à un seigneur très puissant.

-       Le 10 février 1747, cadeau d’un chien courant acheté à Stavelot, au général Sinser en quartier d’hiver à Visé pour obtenir son crédit pour soulager et décharger la communauté.

-       Le 12 mai 1747, gratification de 2 chevreuils achetés à Néauë (Eupen) pour un seigneur de Liège pour obtenir un crédit pour services futurs.

-       Le 2 octobre 1747, gratification de 2 coqs de bruyère, une couple de gélinottes et 1 douzaine de grives au général de Mercy logé à Chainaye.

-       Le 9 octobre 1747, don de 2 coqs de bruyère au bourgmestre De Chestret de Liège pour services rendus et à rendre.

-       Le 28 avril 1749, gratification de 3 lièvres achetés à Spa et de 2 chevreuils acquis à Malmédy pour un seigneur de Liège qui a grand pouvoir de faire récupérer quelque chose des frais de guerre soufferts par la communauté.

-       Le 10 janvier 1750, gratification de gibiers et de volailles à l’avocat De Henry de Liège pour obtenir son appui dans un procès contre les sieurs de Lantremange.

-       Le 22 février 1754, don de 2 chevreuils à un seigneur de Liège pour services rendus et dont on espère encore au futur.

-       Le 23 juillet 1756, gratification de quelques levrauts à Catoir, receveur  de M. De Grady afin d’obtenir terme pour le payement d’un canon de sa rente.

-       Le 16 décembre 1757, gratification de 4 pistoles à un seigneur pour service rendu pendant la passade des troupes françaises.

                LA DETTE COMMUNALE - Ce fut vers 1670 que prit naissance cette fameuse dette qui, pendant deux siècles, devait écraser les communautés.

                Les archives contiennent 158 recès et autres actes spécifiant les obligations du bourg envers ses créanciers qui avaient bien voulu lui tendre la main en ces moments si difficiles.

                Ces recès constatent l’autorisation et la ratification des nombreux emprunts que fit la communauté ; les députations des bourgmestres et commissaires se rendant à Liège pour se procurer de l’argent ; la Rédemption des capitaux ; la création et le payement des rentes ; les répits de payement obtenus en alléguant les mauvaises récoltes des manants et la mévente des fruits des terrains vagues ; les poursuites des créanciers à l’égard du bourg etc…etc…

                Nous renonçons à donner une analyse même succincte de ces documents parce que la liste en est trop longue et que toutes ces pièces sont rédigées à peu près dans le même style ou la même forme.  Le premier de ces actes date de 1676 (1) et le dernier de 1796 (1).

                Pour donner une idée des réquisitions militaires dont la communauté fut frappé, il faut savoir que les seules campagnes de 1746 et 1747, entreprises par les hussards français dans le ban du Sart, coûtèrent aux habitants le somme de 174.389 florins brabant.

                Pour couvrir l’annuité d’une dette qui allait toujours en augmentant par les emprunts successifs faits au denier 15, emprunts nécessités aussi par de nouvelles et continuelles réquisitions et pour fournir aux dépense accidentelles du passage des troupes, la communauté dut imposer à ses habitants des charges si écrasantes que ceux-ci se virent dans l’impossibilité de les acquitter.

(1)    A.C.F. 2, num. 56 et F. 123, num. 74

                Elle débuta d’abord par une mesure parcellaire de toutes les propriétés particulières vers 1647 et forma une espèce de cadastre qui devait servir de base à un lourd impôt foncier connu sous le nom de taille.

                Les tailles étaient très variées et celles que l’on remarque surtout dans les registres sont : taille afforaine, taille simple, taille double, taille triple…

                On appelle afforain, l’étranger c’est-à-dire celui qui habite en dehors de la communauté.

                La taille afforaine est la taille imposée sur les biens des personnes résidant en dehors de la commune.

                La taille se prélevait d’après une répartition fixe déterminée par la matrice cadastrale.

                La cotisation imposée pour chaque bien ou chaque personne, selon que la taille est réelle ou personnelle, forme la taille simple.

                Si les besoins financiers exigent plus de ressources, on double, on triple, on multiplie la taille simple et on a ainsi : la taille double, la taille triple, la taille décuple, etc…

                Mais le produit des tailles doublé et même quintuplé ne suffisait pas pour contenter les créanciers.  La municipalité dut avoir recours à un impôt sur la consomption, sur le bétail et sur les personnes.  Le renouvellement de ces impôts eut lieu à différentes reprises.  S’ensuit un extrait de l’une de ces taxes personnelles votées par le Magistrat le 18 juin 1731 (1), dont le lecteur appréciera surtout l’importance en considérant que la valeur de l’argent est peut être décuplée depuis cette époque éloignée.

                Nous les Bourgmestres et Magistrats du ban du Sart……avec l’octroi de S.A. le Prince et conformément au mandement de l’an 1686 ; «imposons sur chaque tonne de bière :

10 patars à payer tant par les hosteliers que par tous

autres de nos manants qui brasseront ou qui feront brasser ………..         10 p.

sur l’ayme (2) de brandevin ou liqueur …………………………….           8 fl.

sur l’ayme (2) de farlope ……………………………………………        16 fl.

sur chaque bouteille de brandevin …………………………………..         2 p.

(1)    A.C. Reg. 2 p 235 

sur l’ayme de vin ……………………………………………………        6 fl.

sur chaque bouteille de vin …………………………………………         2 p.

sur la tonne d’hydromel …………………………………………….         1 fl.

sur chaque tonne de bière entrant dans la communauté …………….       10 p.

sur un bœuf de 3 ans se tuant de ce ban pour boucher ou autre …….         4 fl.

sur un taureau ………………………………………………………..        2 fl.

sur une vache ………………………………………………………..         2 fl.

sur un boflet de 2 ans ………………………………………………..         1fl.     

sur un boflet de 3 ans ……………………………………………….         1 fl.

                                                                                                                    10 p.

sur une génisse ………………………………………………………        1 fl.

sur un veau de 8 jours à 2 mois ……………………………………..        6 p.

sur un mouton ……………………………………………………….        8 p.

sur une brebis ………………………………………………………..        5 p.

sur un agneau ………………………………………………………..        3 p.

sur une chèvre ……………………………………………………….      10 p.

sur un cabris …………………………………………………………       3 p.

sur un porc gras ou maigre ………………………………………….        1 fl.

sur un quartier de mouton provenant d’une autre localité ………….        2 p.

sur un quartier de veau provenant d’une autre localité ……………..        2 p.

chaque livre de viande ou de lard …………………………………..        1 fl.

voir que les bêtes qui pouvaient possible être étranglées du loup ne seront pas sujettes à la taxe».  

                Suivant diverses dispositions de police et notamment celles-ci : les marchandises devront être annoncées et acquittées avant de les introduire ; les bouchers ne pourront tuer aucune bête si au préalable ils n’ont un permis d’acquit, les brasseurs devront faire connaître la brasserie et l’heure du feu ; le collecteur devra visiter les caves des commerçants et jauger les tonneaux…….

                Les délinquants et les fraudeurs verront leurs marchandises confisquées et seront condamnés à 3 florins d’or à répartir : un tiers au profit de la communauté, le second tiers pour le collecteur et le troisième pour le rapporteur.

                LA TAXE PROFESSIONNELLE - Les mêmes magistrats ont taxé :

« un chariot à bœufs par an ………………………………………….      3 fl.

   une charrette à chevaux …………………………………………….     3 fl.

   une charrette à cheval ou à bœuf ……………………………………    1 fl.

   un maréchal, un menuisier, un charpentier, un charlier chacun pour..   2 fl.

   un tailleur, un cordonnier ……………………………………………   1 fl.

                                                                                                                   1 p.

   chaque ouvrier, y compris les domestiques de 16 ans ……………… 15 p.

   une femme ou fille à partir de 12 ans, excepté une ménagère pour la

   cuisine ……………………………………………………………..   5 p.

   sur chaque brassin …………………………………………………   4 fl.

   sur chaque revendeur de bière …………………………………….   3 fl.

   un boulanger, un débitant de boissons ou marchandises à

   mesurage …………………………………………………………..   5 fl.

   sur le moulin banal du Sart ………………………………………..  32 fl.».

                Voici un rapport assez curieux constatant une contravention relative à ces taxes :

«Le cinquième janvier 1740 (1) rapportant au Greffe du Sart, Jean Siquet,    

  commis sermenté à l’impôt de la consomption de la communauté du Sart,

   d’avoir en acquit de sa charge, visité le 26 du mois écoulé la maison de Michel  

  Gillet jeune, et y trouvé dans la cave un porc tué sans acquit.  L’annoncement,

  mit dans une maye couvert de gatteaux où de dorées, l’ayant mis en arrêt en 

  présence du dit Michel et de son épouse, comme confiscable et condamnable   

  aux amendes portées par les conditions, ayant remporté au comptoir en signe  

 du dit arrêt, les deux espaules dudit porc».

«Le susdit jour, rédigé par nous le Magistrat le présent rapport, condamnons le

  dit Michel Gillet à l’amende portée par les conditions et aux frais de l’arrêt et 

  du greffe».

                En présence de ces charges si lourdes, la situation de la commune devint toujours plus désastreuse.  Elle nourrissait l’espoir de récupérer sa dette des souverains qui l’avaient occasionnée ou d’en être libérée par les états du pays.

                La commune, trompée dans son attente, dut recourir à la voie d’imposition par les habitants ; pour se mettre en mesure d’arrêter les poursuites des créanciers, on voulut proportionner les contributions à l’intérêt de la dette, mais elles surpassèrent les facultés des habitants.  Alors, tous, sans presque aucune exception, abandonnèrent leurs biens à la commune.  Les plus grands propriétaires entre lesquels on peut citer les Blanche, les Eisbach, les Pirosson, les Fabry, les Macors, les Hasinelle, les Noirfalise, les Racquet, Les Massart, et les Bosard quittèrent leurs maisons et leurs propriétés, pour aller s’établir dans des localités moins éprouvées : les uns se fixèrent dans la ville de Liège, les autres se retirèrent en Allemagne.

(1)    A.C. Reg. 2, p. 504

                Beaucoup d’habitants ne conservèrent de leurs biens que leurs maisons et ceux d’entre eux qui se trouvaient encore en état de travailler se transportèrent au retour de chaque printemps en Allemagne où ils étaient occupés pendant tout l’été aux fourneaux et aux forges pour la fonte et le traitement du fer et pour l’extraction du charbon.

               Ceux à qui leurs moyens ne permettaient pas d’émigrer, se voyaient dépouillés de leurs propriétés rurales, les uns volontairement par voie de déguerpissement, les autres forcément par suite de saisies et c’est ainsi que l’autorité locale se vit tout d’un coup en possession de la plus grande partie du territoire communal.

                La municipalité exposait chaque année en vente les fruits croissants de ces terrains nouvellement acquis ; mais le produit de ces ventes ne correspondait pas même à la moitié des tailles imposées sur ces propriétés.

                Lorsque le corps des Bourgmestres et Magistrats était en retard ou se trouvait dans l’impossibilité de satisfaire à ses obligations pécuniaires envers les créanciers, il recevait des poulets dans le genre des deux missives que nous transcrivons.

Première lettre (1)

Theux, ce 10 février 1677.

Au Magistrat du Sart.

                Comme monseigneur notre gouverneur avec monsieur de la Javertière et autres officiers avec une grande escorte de cavalerie sont venus jeudi passé visiter le château de Franchimont et venus dîner à Theux, ayant dépensé suivant les états des hôteliers la somme de cent trente-cinq florins huit patars et comme lesdits frais affectent uniquement le marquisat nous avons jugé de notre devoir de vous l’aviser et d’un contect vous prier d’envoyer votre compétence d’iceux car lesdits hôteliers veulent être payés ; espérant et nous confiants sommes, messieurs,

Votre très affectionné serviteur,

par ordre du Magistrat de Theux,

(signé) Jean de Limbourg

                Ainsi les pauvres manants du marquisat qui ont à peine un morceau de pain noir à se mettre sous la dent, sont contraints de payer les frais des libations de leurs maîtres et seigneurs.  Quel asservissement !

(1)    A.C.F. 15, lettres.  Nous avons respecté le style, mais non l’orthographe.

Deuxième lettre (1)

Cologne le 12 juin 1677

Messieurs.

                Comme pour l’entier payement de la contribution du quartier d’hiver de la précédente armée, votre ban du Sart est redevable de deux cent cinquante-sept écus blancs et quarante sols, je vous fait cette pour vous dire de la part de monseigneur le comte de Louvegnies mon supérieur de satisfaire incessamment à la dite somme et de venir lever les sauvegardes nécessaires, faute de quoi je serai obligé de vous y faire contraindre par les voies rigoureuses de la guerre

Sur ce je suis Messieurs

Votre très humble serviteur

(signé) A. Piétreel. 

                Cette lettre est accompagnée du billet suivant :

                Liège, le 14 juin 1677.

                Messieurs,

                Voici contre une lette de Cologne qu’on m’a apportée pour vous la faire venir, à quoi je n’ai voulu manquer.

                Ne tardez pas y payer si vous m’en voulez croire, faites tout devoir pour satisfaire au plus tôt, cependant de mon côté je ferai tout mon possible pour empêcher les exécutions, mais il ne faut pas tarder, autrement je n’y pourrai point apporter le remède.

Signature illisible.

                Au 10 juin 1779, sous l’administration du bourgmestre Etienne Petitjean, assisté du greffier Parotte, la dette communale avait déjà atteint le chiffre énorme de 309.027 florins en intérêts et les arrérages s’élevaient à 14.503 florins.

                Ce fut probablement l’instant le plus critique pour les créanciers, car la dépréciation de la propriété foncière ne pouvant même suffire au payement des tailles, ne permettait pas aux magistrats de servir les arrérages ; ils risquaient donc de perdre capital et intérêts.

(1)    A.C.F. 15, Lettres.  Nous avons respecté le style, mais non l’orthographe, de

     ces deux avis.

                Divers emprunts et remboursements successifs permirent cependant de ramener la dette du denier 15 au denier 20 et enfin de la réduire aux taux de 3 pour cent.

                Le 17 pluviôse an 12 (7 février 1804) le conseil communal adressa au gouvernement de la République une pétition documentée pour demander que la commune fût déchargée du poids de sa dette dont elle fut frappée pour la subsistance des armées de Louis XI, lors de la conquête des Pays Bas et du siège du château de Limbourg.  Le gouvernement républicain décida que les propriétés et les dettes passives des communes seraient déclarées nationales.

                Le Décret de Napoléon du 24 brumaire an 14 (novembre 1805) rendait aux communes des départements réunis leurs propriétés avec charge d’acquitter leurs dettes.

                L’arrêté du roi Guillaume du 19 novembre 1816 obliges les communes à tenir un registre pour inscrire les noms des créanciers et le montant de leurs créances.  Les créanciers auxquels la commune avait affaire étaient au nombre de 72 dont 17 habitant la ville de Liège et tous les autres au nombre de 55 avaient leur domicile et leurs propriétés foncières dans la commune de Sart.

                Ces rentes, aux termes de l’arrêté de 1816 furent réduites en argent des Pays Bas, savoir : les capitaux réunis 116.618 florins et l’intérêt annuel 4.892 florins.

                Par sa délibération du 3 juin 1817, le conseil municipal, après avoir retracé avec la plus scrupuleuse attention le tableau fidèle de la situation de la commune, conclut pour offrir aux créanciers ses forêts et les portions de ses terrains vagues affermés dont le revenu net peut s’élever à la somme de 850 florins des Pays Bas.

                Le conseil fit observer que les échéances des rentes n’ayant point été payées depuis 1796, le receveur municipal de cette époque, ni ceux qui l’avaient précédé sous le gouvernement français, ne furent pas à même de donner le moindre renseignement sur le nombre et le montant des échéances ouvertes et non acquittées, tandis que les arrérages antérieurs au 10 août 1810 furent réputés éteints.

                Après bien des tracasseries de la part des créanciers le conseil communal, par délibération du 2 août 1822, approuvés par les Etats-Députés de Liège, proposa de vendre tous les biens communaux et de délivrer aux créanciers des cédules négociables par endossement et qui seraient admises au payement du prix de la vente de ces bois.

                Heureusement que ces conditions ne furent pas acceptées ; car le prix, qu’à cette époque on aurait obtenu par la vente de toutes les forêts communales, n’eut pas suffi à rembourser la dette et actuellement la commune se serait trouvée comme plusieurs autres, comme Jalhay par exemple, ne plus posséder un pouce de bois communaux, au lieu de ce vaste domaine qui est pour elle une source de revenu annuel.

                Des tentatives de vente furent faites à Verviers en 1813 et en 1824 et ne réussirent pas mieux.

                Alors intervint l’arrêté de liquidation du 30 juin 1828, qui divisa la dette :

en dette active s’élevant à flor.         347.112

et en dette différée s’élevant à flor.  203.982

et en total à……………………….  551.094.

                La dette différée ne devait prendre cours qu’au fut et à mesure de l’extinction de la dette active.  Tous les revenus de la commune devaient être affectés à cet objet.

                L’intérêt annuel à payer fut réduit de 10.199 francs à 5.975 francs.

                Après un long et dispendieux procès, la commune, par un jugement du Tribunal Civil de Verviers, fut condamnée à reconnaître l’intégrité de cette dette dont à défaut, le Jugement devait servir de titre nouvel.

                Une forte imposition, connue sous le nom de charges locales, dut être frappée sur les habitants.

                Cette dette énorme occasionnée, comme on vient de le voir, par des circonstances de force majeure, aurait dû devenir une dette nationale.

                Il n’en fut cependant rien et il fut sans doute reconnu que le ban du Sart formait comme un petit état dans la Belgique et qu’il devait faire honneur à ses engagements.

                La commune de Sart devait cependant, comme le phénix, renaître de ses cendres et justifier le proverbe local

sort de fer - têtes de fer - sol de fer

                Pour comprendre que la commune eut un sort de fer il suffit de lire attentivement la longue liste des réquisitions militaires, qui ont pesé sur elle pendant plus de 200 ans, pour avoir une idée de l’état lamentable et misérable dans lequel se trouvait plongée la population.

                Pour satisfaire à toutes ces exigences, la Régence et les bourgmestres s’adressèrent principalement à Liège pour se procurer des ressources.

                Les emprunts successifs, augmentés des intérêts s’accumulèrent d’une façon extraordinaire et montèrent à plus d’un demi-million à payer en 1828.

                Cette nomenclature prouva bien que la commune a eu à subir un Sort de fer.

                La suite du dicton fait comprendre que les habitants devaient avoir des Têtes de fer pour résister à tant de fléaux qui semblaient comme s’être déchaînés sur la communauté pour l’anéantir.

                Il suffit de comparer la situation actuelle de la commune avec celle des siècles précédents pour comprendre le travail opiniâtre avec lequel la population a cherché à la relever de ses ruines.

                SOL DE FER.  Pour donner une idée de l’état déplorable de la région, nous copions textuellement un document dressé et signé par les magistrats de l’époque.

ÉTAT SOMMAIRE DES DOMMAGES

que le marquisat de Franchimont atpaty pendant la dernière guerre (1673 à 1678).

                Le marquisat de Franchimont consiste en cinq bancqs savoir Theux, Verviers, Sart, Spa et Jalhay ; son terrain est de deux heures et demy atraversser tout partout, dont les deux tierces sont raspes le bois (partenants une bonne partie à S.A. le prince) bruyères, fagnes, montagnes et semblables lieux incultes et peu fertils.

                L’autre tierce se cultive avec beaucoup de peine, incapable pour un quart de produire froment, orge et spelte (épeautre) et si l’autre quart en produit, ces fruits ne sont pas comparables à ceux du bon pays ; le reste sont prairies arrosées d’eau maigre, ou fructueuses à force de fumier.

                Ce petit terrain de culture n’etant donc que d’une heure d’estendue au plus dans les deux heures et demy dudit marquisat ne donne pas le dixième parte de grain pour sa subsistance et me peut faire la richesse de son monde obligé dans cette terre ingrate de travailler en manœuvres, bechant et hoyant la terre pour avoir un peu de grain dans les bois et bruyères, tirant la laine, ou allants dans d’autres pays aux forges et autres emplois pour rapporter de quoi subsister, par conséquent peu attachez au lieu misérable et sujets à déserter sans rappel sy on le presse à faire plus qu’ils ne peuvent.

                Suit la nomenclature des dommages et charges causés au marquisat.

                On scait qu’il paye et fournit à l’est toute imposition autant qu’il lui est possible pendant que la Condroz et d’autre n’en veulent reconnaître ou sont soulagez.

                Ensuite une petite note pour Sart, énonçant :

                Le ban du Sart ne consiste qu’en deux cents maisons, entre lesquelles se retrouvent bien cent des pauvres et mendiants 

                Nous la Cour et justice du Sart : mayeur Bourguignon, échevins Servais Nicolas Hasinelle, Racquet et Deschamps jeune et Tahan ; y ioints Pacquay et Gohy, échevins, Nicolas Massin bourguemaisse moderne dudit lieu, ce vingtième décembre an mille six cents nonante neuffe, ayant eu veue et lecture de tout le dessus, avons ordonné à notre greffier sermenté d’autenticquer la présente.

                Ce sol était devenu pauvre, plus par un long abandon que par une stérilité réelle parce que, outre la remise des propriétés rurales à la communauté faite précédemment, pendant la dernière moitié du 18e siècle, les habitants s’occupaient presque exclusivement à la filature à la main des laines pour les fabriques de Verviers et ne se livraient ainsi presque pas à la culture des champs.

                Quoique la situation financière de la commune se fût améliorée, il fallut cependant des ressources extraordinaires.

                Les créanciers, par leurs nouvelles réclamations, permirent de les créer.

                Sachant que la position de la commune s’était améliorée, ils s’adressèrent en 1861 à l’autorité provinciale pour obtenir le payement intégral des intérêts de la dette.  C’était demander que l’annuité fût portée à 10.000 francs.

                Ils exigeaient aussi le renouvellement du titre trentenaire qui reconnaissait l’intégrité de la dette.  Il fallait soutenir un long procès dont l’issue fatale pour la commune ne laissait pas de doute.

                Du mal naquit le bien.

                Le collège échevinal s’occupa activement pour mener l’affaire à bonne fin et il délégua le secrétaire communal Gouders pour s’aboucher avec les créanciers de Liège.

                Après plusieurs longues conférences, une transaction heureuse et des plus avantageuses pour la commune fut conclue et elle lui permit de rembourser la dette avec une somme de 116.398 francs fans un délai de cinq ans.

                La députation permanente du conseil provincial, par son arrêté du 20 mai 1862, approuva cette convention.

                Il ne restait plus qu’à trouver ce capital, quelque peu rondelet.

                La commune possédait une centaine d’hectares de terrains défrichés, détenus à raison de 10 francs l’hectare par des habitants de la commune et notamment par des habitants de Polleur et de Nivezé-Spa dont plusieurs sous-louaient à 50 et à 60 francs l’hectare.

                Trouver le moyen de concilier les intérêts de ces détenteurs avec les intérêts généraux de la commune, était le nœud gardien.

                La solution en fut trouvée en cédant, en vertu d’un arrêté royal du 30 juin 1862, ces terrains aux détenteurs à prix d’expertise.

                Cette vente produisit plus de 108.134 francs dont 50.000 francs furent payés comptant à la première séance et le reste dans la suite.

                Ainsi fut éteinte cette dette qui, depuis plus de deux siècles, était devenue le cauchemar de la commune.

                En terminant le chapitre de la dette communale, il sera intéressant de faire connaître comment se fit le transport de cette somme de 50.000 francs, presque toute en numéraire ; la monnaie fiduciaire n’étant pas si abondante que de nos jours.

                Il faut savoir qu’à cette époque passait tous les mercredis au village un homme nommé Michel, venant de Petit-Thier (Vieilsalm) et poussant devant lui deux ânes ; pour cette raison tout le monde l’appelait «lu père â bâdets».

                Les deux animaux ployaient parfois sous le poids des œufs que Michel allait vendre à Verviers.  Il retournait le vendredi avec ses bêtes portant du tabac, du café, du riz………. et d’autres menues denrées pour ses nombreux clients éparpillés le long de sa route.

                Les 50.000 francs furent déposés dans deux corbeilles bien ficelées et bien cachetées ; le garde-champêtre Beaupain fut chargé de s’adresser au père Michel pour le prier de bien vouloir les déposer dans les bâts des ânes.

                Le garde et le père Michel s’en furent.

                Le bourgmestre Hansoulle et le secrétaire communal Gouders suivirent à quelques mètres le premier groupe pour faire bonne garde car il fallait traverser le bois des Gattes et le Jonckeu qui avaient une mauvaise réputation singulièrement exagérée.

                Le père Michel était un homme trapu, sournois, à faire rubiconde, à la réplique alerte et mordante et toujours de bonne nouvelle.

                Il était ce jour-là beaucoup plus expansif que d’habitude et sa joie semblait se communiquer à son baudet qui ressembla à celui de la fable du bon La Fontaine.

                «Deux mulets cheminaient, l’un d’avoine charge,

                  L’autre portant l’argent de la gabelle.

                  Celui-ci, glorieux d’une charge si bielle,

                  N’eût voulu pour beaucoup en être soulagé.

                  Il marchait d’un pas relevé,

                  Et faisait sonner sa sonnette».

                Les voyageurs arrivèrent chez la Blank’Garitte à la Bouquette où Michel avait l’habitude de se rafraîchir.

                Michel commença un long colloque avec Garitte qui avait la langue aussi bien pendue que lui.

                Ce fut un chassé-croisé de grosses saillies capables de faire rougir les deux longues oreilles, mais qui lassaient passablement la patience des compagnons de route du colporteur.

                Après de nombreuses invitations, Michel se décida de reprendre le chemin pour se séparer à la Porte de Heusy.

                Après avoir longuement payé le père Michel, qui se trouvait fier et heureux d’avoir rendu service à d’aussi honnêtes gens, dit-il, les autorités se rendirent dans une salle de l’hôtel de ville de Verviers où elles rencontrèrent les créanciers de Liège pour effectuer le premier versement de la dette.  Le reste fut soldé par payement successifs.

                Le dernier payement fut fait le 30 novembre 1871 au comte de Grünne qui reçut la somme de 10.743 francs.

                LES INCENDIES - Fréquents et conséquents furent les incendies qui se déclarèrent dans les fagnes, dans les bois et dans les villages à la suite du geste imprudent d’un fumeur ou d’un bûcheron.

                Des escarbilles incandescentes, vomies par les locomotives des trains escaladant la pente rapide vers Hockai, communiquent fréquemment le feu aux feuilles et herbes desséchées couvrant le sol des bois, malgré les coupe-feu, dégazonnés et d’essouchés, qui se trouvent aux deux côtés de la voie ferrée.

                Pendant le mois d’avril, surtout, des équipes d’agents forestiers sont en permanence le long de la ligne et, porteurs de cors de chasse, ils donnent l’alarme aux villages voisins, en cas de besoin.

                Jusqu’au milieu du siècle dernier, toutes les habitations, avec leurs dépendances, étaient construites en bois et en pisé et recouvertes de chaume.  Près de chaque ferme, se trouvaient d’énormes tas de bruyère et d’herbages desséchés et destinés à servir de litière pour le bétail.

                Ces matières sèches étaient une proie facile pour les flammes.

                Aussi les incendies d’immeubles étaient si fréquents que l’autorité communale fut obligée de prescrire les trois mesures de police suivantes :

  Il était interdit aux fumeurs de fumer dans les villages au moyen de pipes

      non pourvues de couvercles métalliques.

  Les ménagères devaient arroser copieusement les tas de cendres qu’elles

     enlevaient chaque matin des feux ouverts.

  La patrouille fut organisée dans les sections de Sart, de Solwaster et de Tiège

     avec leurs dépendances.

                Depuis le coucher du soleil jusqu’au lever, trois hommes de patrouille, pris parmi les jeunes gens de vingt à quarante ans, devaient parcourir les rues et sonner le tocsin en cas de sinistre.  Ces patrouilleurs, porteurs de longues piques, devaient signer un registre de contrôle, déposé chez le chef de la garde-civique non active, pour attester qu’ils avaient accompli leurs heures de service.

                Ces sages prescriptions eurent un résultat satisfaisant.

                Après ces différents désastres, les constructions furent relevées et couvertes en matières dures, donnant ainsi moins de prise aux risque de l’incendie.

                Les agglomérations prirent un plus riant aspect, tout en donnant aux occupants plus d’aisance et plus de confort que les vieilles mesures qui se trouvaient éparpillées sur le territoire communal.

                Les fagnes ont subi l’épreuve du feu à différentes époques.

                Tacite, l’historien romain vivant 53 ans avant Jésus-Christ, a décrit l’incendie des hautes fagnes, ainsi que les engins pour le combattre qui étaient les mêmes que ceux employés par nos contemporains.

                En avril 1557 (1) le feu détruisit les herbes sèches et les bruyères sur une grande étendue au sud-est de la Baraque Michel ; tandis qu’en été 1589, à la suite d’une sécheresse prolongée, le feu se déclara dans les bois longeant la frontière de Jalhay qui fut beaucoup plus éprouvée que la communauté de Sart.

                Dans son histoire du marquisat de Franchimont, l’historien Detroz raconte que «dans l’été 1684, le feu prit dans les landes au-dessus de Jalhay, y brûla beaucoup de bois ; de là se communiqua à la terre dont on fait des tourbes, avec une telle violence que ce fût seulement en hiver qu’il cessa de lui-même».

                D’autres incendies se déclarèrent encore notamment en 1702 et en 1704 (2).

                Les dégâts furent considérables aussi en 1876 et en 1887 (3).

(1)    A.C.F. 2., num. 54

(2)    A. Com. F. 4, num. 25

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