C h a p i t r e   IV

TOPOGRAPHIE

                LE MARCHE - Le Marché ou Grand’Place, d’une surface de 53 ares, formant un quadrilatère, mérite une mention spéciale.

                En 1554, le prince-évêque Erard de la Marck octroya aux Sartois le droit d’un marché franc chaque samedi et de deux foires franches par an.

                Le Marché était entouré de maisons en style gothique et qui montre l’importance qu’avait le bourg aux 15e et 16e siècles.

                Ce cachet architectural se remarque encore dans la seule maison du côté de l’occident qui a échappé au terrifiant incendie de 1651.  Cette habitation, dont l’élévation a été abaissée de deux mètres, avait un toit en auvent soutenu par des étais reposant sur des corbeaux encastrés dans les façades.  Elle avait deux portes d’entrées avec perrons en pierre de taille, dont l’un a été modifié et l’autre, malheureusement, est tombé sous la pioche du démolisseur.

                Les beaux encadrements des portes et des fenêtres disparaissent sous une hideuse couche de badigeon.  Un cordon en pierre de taille, formant ceinture, garde un cachet particulier.

                Toutes les autres maisons d’architecture à peu près semblable, devaient former un encadrement coquet à la Grand’Place.

                Le Marché, rendez-vous des réjouissances communales, est «arboré» et «décoré» du Perron, avec l’église et le Perron comme fond du tableau.

(Carte-vue représentant le tableau

Detroz de 1833 - Sart-lez-Spa)  

                LA HALLE ou MAISON MAGISTRALE -  Octroi ou accense de la Maison Magistrale (1).

                Le 5 février1764, le Bourgmestre et Magistrat du ban de Sart ordonna au greffier Parotte d’inscrire dans le registre aux recels l’octroi accordé aux Sartois par le prince-évêque, de posséder une halle.  S’ensuit le résumé de cet octroi.

(1)   Arch. Com. Reg. 5, p. 3  Cet octroi figure sur parchemin portant les armes du

Prince-évêque.

-         Nous, Ferdinand, prince-évêque de Liège, etc…etc…etc… ayant pris

-         connaissance de la supplique du ban de Sart exprimant que, faute de halle, il

-         doit tenir ses plaids dans les tavernes, non sans scandale et désordre……,

-         accordons au village de Sart le droit de prendre quatre verges petites hors de

-         la Grand’Place ou Marché près du mur du cimetière, pour pouvoir y

-         construire une halle pour y tenir les plaids.

-         Donné à Liège, sous notre scelle accoutumé, le 24 février 1641. –

                Par ordre en date du 25 avril 1771 du sieur De Thier, conseiller intime du prince-évêque, le Bourgmestre défend aux manants de pénétrer dans la halle, le jour des assemblées, sans la permission du Magistrat qui a la surveillance et la garde de la clef du bâtiment.

                Cette advertence porte : «défendons l’entrée de la dite halle à tous ivrognes, jureurs, blasphémateurs, insolents, querelleurs………. qui pourraient troubler l’ordre.  Les solliciteurs attendent dans une petite salle leur tour de réception chez le magistrat, qui limite la durée de l’audience». (1)

                Cette Halle était située dans le jardin de la maison vicariale actuelle.

                A côté se trouvait l’imposante porte cochère qui, par un couloir, donnait accès à l’église, côté nord.

                Un tableau fait à la plume, en 1833, par M. Auguste Detroz, président du Tribunal à Liège et conservé au château des Clysores à Sart, donne une vue d’ensemble du Marché et tout particulièrement de la vieille Halle, qui fut démolie en 1863, lors de la reconstruction du vicariat actuel.

                LE PERRON - Les renseignements sur le Perron ont été fournis par le Dr Tihon, de Theux, et par M. Comhaire, archéologue de Liège.

                Le Perron liégeois se compose de quatre parties essentielles : un soubassement formé de trois ou quatre marches disposées en gradins, sur lesquelles repose une colonne surmontée d’une pomme de pin (2) couronnée par une croix.

                Le Perron de Sart, comme celui des autres bans du Marquisat de Franchimont, est le Perron de Liège, et a été placé par les magistrats de cette ville en 1458

(1)   Arch. Com. – Registre 7, page 282, du 29 novembre 1782.

(2) La pomme de pin, qui surmonte le perron, est un symbole d’association et  

      d’indépendance. Voir L.Polain, Histoire de l’ancien pays de Liège, t.I, p.132

                Le Perron a quelquefois d’autres accessoires, tels que des lions, les trois grâces (celui de Spa représente des grenouilles) ;  mais ces parties n’ont rien d’essentiel et, pour être complet, pour être véritablement l’emblème liégeois, le Perron doit se composer des quatre parties citées plus hautes.

                Voici la signification du Perron.

                Primitivement, le Perron était l’emblème de l’autorité souveraine ; c’était au Perron que se faisaient les proclamations des lois et règlements, que se rendaient les jugements et que s’exécutaient certaines sentences, telles que la peine du fouet.

                Nos archives rapportent que les ordonnances du Magistrat se faisaient par le sergent et au son du tambour ; cette publication était désignée sous le nom Cri du perron.

                Plus tard, le Perron devint le symbole des libertés, des franchises communales.

                Les Franchimontois, intimement liés à la cité de Liège y jouissaient de privilèges particuliers : ils étaient considérés comme les bourgeois de cette ville ; en revanche, ils devaient la défendre et occupaient dans cette fonction, comme à l’entrée solennelle des princes-évêques, les premières places à la tête des troupes ou du cortège épiscopal.

                Ce fut sans doute dans le but de se concilier davantage les Franchimontois que la cité de Liège, étant depuis un temps en état d’hostilité et de guerre avec la Maison de Bourgogne, décida ses magistrats à aller dresser des perrons au Marquisat.

                Il faut envisager ici l’importance énorme que le peuple liégeois accordait à ce palladium de son indépendance, de ses prérogatives, de sa liberté.

                Ces perrons furent certainement abattus en 1468 par Charles le Téméraire, qui détruisit tout le pays par le feu et par le glaive.

               Après avoir saccagé la cité liégeoise, le duc de Bourgogne, pour annoncer au monde qu’il a vaincu – il le croit – les Liégeois, enlève le Perron et le fait ériger à Bruges, sa capitale.

                Cette colonne, qui avait assisté à toute la vie de Liège, semblait Liège elle-même.  Tant qu’elle était là, rien n’était perdu, la cité pouvait toujours vivre.  Et quelle allégresse quand, en juin 1478, la princesse Marie de Bourgogne la rendit aux Liégeois.  La cité alla jusqu’à offrir un don gratuit considérable et annuel au prince-évêque Louis de Bourbon, et à décréter que les descendants des familles des députés liégeois, chargés d’aller à Bruges reprendre le cher Perron, seraient nés bourgeois et auraient l’entrée libre dans le corps de métiers.

                Quant à l’origine des perrons, les auteurs varient.

                A l’époque romaine, des perrons se dressaient au bord de nos grandes chaussées ; s’étaient uniquement des colonnes posées évidemment sur une base et surmontées de la pomme de pin déjà très connu à cette époque. 

                Pour M. Tihon, le perron n’est pas une colonne haussée ; il existait des perrons ailleurs que dans la principauté de Liège, et ils n’avaient pas de croix.

                Emblème de l’autorité, le Perron liégeois fut, il y a 8 à 900 ans, surmonté d’une croix parce que le souverain liégeois était en même temps prince et évêque, et ainsi, le perron représente à la fois l’autorité civile et religieuse du souverain.

                Les archives donnent peu de renseignements relatifs au perron. Le registre I, p.147, cite le recès suivant pris par les autorités du ban, sous la date du 10 septembre 1714. «Ce jour, nous, les magistrats du ban du Sart, avons ordonné à Thomas Collin, l’un de nos bourgmestres, de convenir avec André Vignis pour raccommoder le perron, la chambre du marguillier et quelques petites réparations aux murailles du cimetière touchant aux deux côtés de la Halle».

                En présence du délabrement du piédestal, le 8 juillet 1833, le conseil communal décida la démolition et la reconstruction du Perron. Ce travail de réfection fut confié au maçon Denis Réel pour la somme de nonante-cinq francs. 

                En septembre 1904, le cercle Sart-Attractions, avec l’autorisation du conseil communal, a fait rétablir une nouvelle colonne, parce que l’ancienne menaçait ruine et n’aurait pu être reconstituée dans son état primitif.  Le fût est un cylindre octogonal, et la croix de fer est à double traverse, de l’espèce dite croix patriarcale ou de Lorraine.

                La population de Liège et de l’ancien marquisat de Franchimont a gardé le souvenir du prestige qui entourait autrefois ce monument.

                Ainsi, à toutes les occasions de réjouissances (kermesses, carnavals, mariages, fêtes publiques) la jeunesse sartoise vient saluer le Perron par une aubade, le décorer de verdure et exécuter une farandole en son honneur.

                Lors de la fête patriotique de 1905, qui fut honorée de la présence de la Princesse Clémentine de Belgique, le perron reçut une ornementation spéciale.

                Ce fut près du Perron qu’eut lieu la fête des écoles, pendant laquelle la Société chorale exécuta magistralement un chœur wallon à quatre voix et intitulé «Honneur à vix Perron».

                M. le comte Goblet d’Alviella, vice-président du sénat et membre de l’Académie royale de Belgique, a fait une étude très documentée des perrons de la Wallonie.

                Parmi les perrons dont il a pu constater la présence ou du moins la trace, une quinzaine se trouvent dans la province de Liège, six dans le Limbourg et quatre dans la province de Namur.  Tous appartiennent à la partie orientale du pays.  M. Goblet donne une courte description de ces perrons, et il rappelle qu’autour de ces traditionnels points de repère consacrés par les croyances de l’époque, devaient se tenir les assemblées des hommes libres, se traiter les affaires communes, s’ouvrir les marchés et se prononcer les jugements.

                D’autre part, M. Henri Pirenne, le distingué professeur d’histoire à l’Université de Gand, a donné à la fin de 1924, au local de la Société d’archéologie et d’histoire de Verviers, une intéressante conférence sur les perrons de la principauté de Liège.

                Cette double étude montre tout l’intérêt que ces anciens monuments peuvent fournir à la science archéologique et historique.

                LE GLACIER DE LA BARAQUE MICHEL - De crainte de commettre une hérésie géologique, nous reproduisons textuellement la relation du Glacier de la Baraque Michel, rédigée par une autorité incontestée. (1)

(1) Voir le guide du Promeneur et du Naturaliste dans le district de Malmédy,   

      par M. Léon Frédéric, membre de l’Académie Royale de Belgique et

      professeur à l’Université de Liège, n.35, ann.1923

                Jusqu’en ces dernières années, les géologues estimaient qu’il n’existait pas en Belgique de glaciers proprement dits à l’époque quaternaire.  Cette opinion est aujourd’hui remise en question.

                D’après l’Allemand Kurt Stamm, seul de toutes les montagnes de l’Ardenne et de l’Eifel et des pays voisins, le plateau de la Baraque Michel aurait été, pendant la période glaciaire, recouvert d’une calotte de glace, s’arrêtant au pourtour du plateau entre les courbes de niveau 550 à 500 mètres.  Cette calotte de glace  a protégé le haut du plateau contre l’action érosive des eaux météoriques, qui n’ont pu creuser les vallées qu’à partir de 550 à 500 m.  Si l’on considère, en effet, sur la carte, les courbes de niveau du plateau de la Baraque Michel, on voit leur allure changer brusquement à ce niveau de 550 m.

                Au-dessous de 550 m., commencent brusquement des vallées d’érosion à profil en V aigu, fortement encaissées.

                De plus, sur tout le pourtour du plateau, on rencontre vers 550 m., à la limite de l’ancien glacier, des coulées pierreuses et des amas de blocs erratiques venus manifestement d’amont et reposant souvent sur des dépôts plus récents.

                Ils ne peuvent avoir atteint leur position actuelle que par un transport glaciaire ou par un glissement sur pente très faiblement inclinée.

                Ces amas de blocs erratiques sont très apparents au niveau de la Statte, au-dessus de Solwaster au Vennbach ou Trou marais, au Bayenhonbach près de Reichenstein, au Gelzbach près de Mützenich, etc….

Un autre argument en faveur de l’existence d’un glacier quaternaire à la Baraque Michel, est tiré de l’examen de son relief.  Si l’on compare le modelé du plateau de la Baraque Michel qu’exprime l’allure des courbes de niveau sur la carte avec le plateau de Losheimergraben (1), on sera frappé du contraste. Le plateau de la Baraque Michel est une vaste taupinière, dont les flancs s’abaissent d’abord en pente douce et ne montrent de vallées d’érosion qu’en dessous de 550 m. Au plateau de Losheimergraben, les vallées d’érosion commencent déjà à quelques dizaines ou centaines de mètres du sommet.  Les courbes de niveau y présentent de nombreux zigzags et angles aigus.  La différence  peut être attribuée, à Losheimergraben, à l’absence de glacier protégeant la montagne contre l’érosion.  

(1)   Losheimergraben et Losheimerwald, à l’extrême frontière de la Belgique 

rédimée.

                Le climat du plateau de la Baraque Michel présente une anomalie de température non encore expliquée.  Il est notablement plus froid que les régions voisines, notamment que le Losheimerwald, qui a même altitude.  L’existence d’un glacier quaternaire ne s’expliquerait que si l’anomalie de température existe déjà à cette époque reculée.

M. Louis Malay, brigadier forestier à Gospinal, a bien voulu compléter la relation scientifique de M. Frédéricq par le communiqué suivant.

Le Glacier des Rhus se trouve à une altitude de 520 m. sur le versant incliné en pente douce vers le nord-ouest, sous-sol salmien, sol argileux, compact, peu profond, frais et dont la partie inférieure est assez humide.  Il se trouve à environ 1.000 mètres plus hauts que la double cascade des Nutons, formée par la Statte et à 60 mètres sur la rive gauche de cette rivière.

                De la cascade des Nutons, un sentier existe jusqu’à la Fontaine des Chasseurs ; puis un beau coupe-feu, passant par la bergerie de Gospinal, conduit le touriste à une soixantaine de mètres du Glacier.  De l’emplacement de celui-ci, on compte environ 1800 mètres jusqu’à la rivière de la Sawe, et 8 Km jusqu’à la Baraque Michel.

                Le Glacier couvre une superficie de 30 ares et forme un rectangle un peu arrondi vers le haut.  Les blocs sont de toutes dimensions et le sol en est recouvert d’une couche de 80 cm. a 1 m.  C’est un vrai massif de nature quartzite.  Vers la partie orientale, on peut remarquer une mince couche de lichens, couvrant la partie extérieure de l’amas

                Le Glacier se trouve dans une jeune pinière, plantée en 1910 et mélangée de quelques feuillus

                De ce point élevé, le fagnard jouit d’un panorama vaste et varié.

                LE DOLMEN ET LES CROMLECHS - En septembre 1887, Britte, chef fontainier de Verviers, découvrit à Solwaster, sur la pente d’une colline boisée, au milieu des bruyères et des mousses, un mégalithe, de dimensions extraordinaires : longueur 3m.70 - largeur 2m.60 - épaisseur 0m.70, reposant sur des cales en pierre et présentant à la surface supérieure un dessin taillé en creux ayant la forme de la charrue primitive (ara).

                Lorsque Britte baptisa ce mégalithe du nom de dolmen, plusieurs géologues et archéologues haussèrent les épaules, eurent un petit sourire discret et déclarèrent, sans l’avoir vu, que ce mégalithe était un bloc de quartzite revinien, qui ne se distinguait par rien d'anormal et que le hasard et les mouvements géologiques expliquaient suffisamment.

                M. le professeur Harroy, de Verviers, en excursions dans ces parages, étudia attentivement les caractères spéciaux de ce mégalithe (1) et il prouve par quinze raisons que c’est un dolmen.

                Peu après, Harroy découvrit, aux environs du dolmen, des Cromlechs ou blocs de pierre disposés suivant des lignes astronomiques, espacés de trente à trente mètres.  Ces blocs, indiquant le Solstice d’été et le Tropique du Cancer, se trouvent en lieu dit «La Xhavée» sur le haut plateau de Solwaster, à 450 m. d’altitude.

                Les chercheurs de l’époque en conclurent qu’il y avait là une espèce d’observatoire astronomique où se faisait la huchée gauloise, c’est-à-dire l’appel aux armes, à l’aide de feux allumés sur les hauteurs.  C’est d’autant plus vraisemblable que, de l’autre côté de cet incomparable cours d’eau, appelé la Statte, se trouve la fameuse roche de Bilisse, que les touristes, visitant le Dolmen et les Cromlechs, ne manquent pas d’escalader pour jouir du prestigieux panorama de la forêt et de la fagne.

                Dans son livre, Harroy donne des preuves mathématiques pour prouver son assertion que ces cromlechs sont de vrais cromlechs que ce dolmen est un vrai dolmen, et que l’homme a passé par-là dans les temps préhistoriques.

                Les contradicteurs de Harroy disent qu’il verse dans l’erreur, et que ce pseudo-dolmen est simplement une pierre erratique, comme on en trouve beaucoup de pareilles dans nos bois.  Ils affirment sans donner aucun argument pour détruire les preuves de Harroy.

                Nous n’avons pas à nous préoccuper de la fausseté ou de l’authenticité de ce dolmen et de ces cromlechs.  Nous nous bornons à faire connaître les curiosités et les monuments historiques de la commune, et dont la visite est digne d’une agréable promenade dans un vallon sauvage et pittoresque.

(1)   Pour plus amples détails, nous renvoyons le lecteur au livre intitulé :

«Cromlechs et Dolmens de Belgique» par E. Harroy - Edit. Lambert-De

Roisin.  Namur  

                En langue celtique, dolmen veut dire table de pierre ; cromlechs signifient pierres en rond.

(Carte-vue représentant le Dolmen

de Solwaster-Sart)

                LE ROCHER DE BILISSE ET LE TROU DES SOTAIS - Presque en face du dolmen et sur la rive droite de la Statte, se trouve une autre curiosité.  C’est le rocher de Bilisse.  C’est une masse énorme, d’une soixantaine de mètres de hauteur, se dressant à pic au milieu des bois et surplombant toute la vallée.

                De son sommet, qui donne le vertige, on domine des horizons confondus tout là-bas avec le ciel, dans des tonalités grises et effacées de croupes montagneuses, de bruyères incultes et de forêts immenses.

                Cette vallée a un caractère de sauvagerie impressionnante ; il y règne un silence continu, qui n’est interrompu que par le murmure du ruisseau et le bramement des cerfs et des chevreuils.

                Le rocher de Bilisse se couvre d’un abondant lichen qui, en teinture, donne une couleur d’un beau brun foncé.

                Léonard Legros, président de Sart-Attractions, compositeur du terroir, a rédigé une piécette wallonne, intitulée «Le Rocher de Bilisse et la Hoëgne ou le rivièt dèl médaye» qui fut représentée avec succès en 1900.

                A cinquante mètres en aval de ce rocher, se trouve le Trou des Sotais, dans une excavation de la colline, actuellement envahie et obstruée par la végétation.

                Les Nutons ou Sotais étaient, d’après la légende, des hommes de petite taille, habitant les cavernes des pays montagneux.

                Ils paraissaient très habiles dans tous les métiers et ils travaillaient pour les gens de la région.  Il suffisait de porter, vers le soir, aux abords de leurs retraites, du linge à laver, des ustensiles de cuisine à ressouder, du cuir à raccommoder les souliers ; mais il fallait en même temps déposer sur une pierre plate dite «él Maréte» qui existe encore, des vivres : lard, œufs, beurre, farine……… et le lendemain, l’ouvrage était terminé.

                Les Nutons connaissaient le feu, qu’ils obtenaient par le choc de deux silex ; ils vivaient de la chasse et de la pêche et ils ne possédaient que le chien comme animal domestique.  Leurs armes et leurs outils étaient en silex grossièrement taillé.

                Le sombre bois de Staneux renferme également un trou de Sotais, nommé communément le Trou Joupsin.

                Les Nutons ont disparu depuis bien longtemps de la région ; mais la légende est restée.

                Une de ces légendes rapporte qu’un de ces Sotais faisait la cour à une jeune fille de Solwaster.  La maison florissant ; tout réussissait.  La jeune fille aurait bien voulu rompre avec son hideux amoureux, mais en vain.  Quelqu’un lui conseilla de recourir au stratagème suivant : se placer accroupie sur le tas de fumier et tenant en main une tartine de makeïe.  A l’arrivée de la visite habituelle du galant, la jeune fille devait lui crier : «je mange pour moi, mais je …. pour vous.»

                Le Sotais avait compris, et, furieux, il lança : «Eh bien, pât à pât, dja appoirté, mais djâpe à djâpe, je repoitrais» ce qui se traduit comme suit : «épi par épi j’ai apporté, mais gerbe par gerbe je reporterai».

                La prédiction se réalisa et, depuis ce moment, la maison déclina autant qu’elle avait prospéré.  Une espèce de fatalité était tombée sur la famille.  La maison fut envahie par des couleuvres en si grande quantité qu’elles envahirent tout : les pièces, les dépendances, le jardin, tout fut rempli de couleuvres.  Les occupants ne pouvaient faire un pas sans en écraser.

                Aux cent coups, le père de la jeune fille alla consulter un devin, qui lui demanda si, parmi les couleuvres, il n’en avait pas remarqué une qui fût tachetée de points blancs.  Sur sa réponse affirmative, le devin lui conseilla d’allumer dans son jardin un grand feu de bois.  Ce qui fut fait.  Bientôt, toutes les couleuvres quittèrent la maison et elles suivirent toutes le même chemin, pour aller se jeter dans le bûcher, où elles s’anéantirent.  La dernière du cortège fut la couleuvre blanche.  Après s’être lancée avec fureur sur le propriétaire de la maison, elle bondit dans le brasier, où elle subit le même sort que ses congénères.

                Une autre légende se rapporte à

                L’ETABLE AU LOUP - Située au centre du village de Solwaster,

Cette étable en torchis rappelle une grande tuerie.

                Cette bergerie recevait chaque soir un troupeau de moutons qu’on menait paître dans les fagnes et les bois voisins. Certaine nuit du mois d’octobre, un loup affamé fit irruption dans l’abri et il y causa un affreux carnage.  Le chien de berger, logé dans un coin, aboya, hurla, cria et tira tant sur sa chaîne qu’elle se rompit.  Alors commença entre les deux carnassiers une lutte terrible, qui se termina par l’étranglement du loup.

                Le chien, pour se venger de la perte des animaux confiés à sa garde, plaça les moutons sur le cadavre du loup, de sorte que celui-ci eut une tombe en laine.

                Le lendemain, le propriétaire entra dans la bergerie pour conduire son troupeau au pâturage et il aperçut son fidèle Blan Pî couché, haletant, le poil hérissé, la langue pendante et la gueule ensanglantée.  Croyant le chien devenu enragé, le berger courut chercher son fusil et il l’abattit d’un coup, parce qu’il lui attribua la cause de sa ruine.  Il retira les brebis pour les écorcher, et il trouva le loup, dont la peau et les chairs étaient déchirés par de nombreux coups de dents.

                Le berger comprit trop tard le combat des deux carnassiers et le triomphe de son fidèle compagnon qui, par vengeance, avait enfoui le loup sous les cadavres de ses victimes.

                Cette vieille étable, dont le linteau en bois de l’unique fenêtre portait le millésime «anno 1741» est en partie démolie et remplacée par une construction moderne.

                LA HÖEGNE ET SES CASCADES - Il y a quelques années, la rivière de la Hoëgne était complètement ignorée ; elle était simplement connue par les bûcherons, par les gardes-chasse et les gardes-forestiers qui se rendaient par devoir dans cette vallée et par de rares touristes que les difficultés du voyage n’effrayaient pas pour s’aventurer dans ce coin de l’Ardenne.

                Nous allons quelque peu soulever le voile qui a tenu si longtemps la Hoëgne dans l’oubli, en citant dans un ordre chronologique, les noms des admirateurs de la pittoresque vallée, en mentionnant l’impression que leur a laissée la torrentueuse rivière.

                En 1806, le touriste-peintre Jean Wolff de Spa, est frappé «de la grandeur et de la beauté du spectacle, mais il trouve difficile d’approcher de la Hoëgne à cause des chemins presque impraticables».

                Ommeganck, peintre de la ville d’Anvers, vint chercher à Spa, en 1808, des impressions pour ses paysages, et il visite souvent «le torrent sauvage de la Hoëgne».

                Un médecin, Richard Courtois, dans sa publication intitulée «Recherches sur la statistique physique de la province de Liège en 1828» dit «La Hoëgne qui, en latin au 10e siècle s’appelait Poleda vient des hautes fagnes et coule dans un lit parsemé de cailloux roulés d’une grosseur énorme, qui rendent à ses bords une horrible beauté».

                En 1824, Théophile Fourmanois dans les «Délices de Spa» dit : «La Hoëgne est une espèce de chaos, réunissant tout ce qu’il y a de plus sauvage dans les environs de Spa».

                Dans ses promenades historiques, en 1838, le docteur Bovy la classe au nombre «des multiples beautés du pays»

                Dans une autre publication parut en 1840 «l’itinéraire européen ou livre de poste des voyageurs sur le Continent» le même Docteur Bovy donne, en parlant de Spa, la liste des principales promenades et parmi lesquelles il conseille «particulièrement une visite au Trou de la Hoëgne», appelé aujourd’hui Cascade Léopold II.

                Le Guide de Spa de 1847 parle également du «Trou de la Hoëgne roulant avec fracas à travers des masses énormes de rochers».

                Eugène Gens dans ses Ruines et Paysages de la Belgique énonce avoir circulé sur «les rives de la Hoëgne si belle et si effrayante».

Eugène Van Bemmel, dans sa Belgique pittoresque, déclare : «La Hoëgne est une vraie merveille».

                Un de ses admirateurs les plus fervents, Jean d’Ardenne, dans son Guide du Touriste en Ardenne, rapporte : «La Hoëgne est d’une sauvagerie étrange et forme des gouffres écumeux parmi les blocs erratiques».

                Un autre publiciste Olympe Gilbart est «aussi un admirateur passionné de la torrentueuse Hoëgne».

                L’Archiviste Albin Body de Spa, publie : «seule la vieille génération actuelle peut admirer dans son intégrité le caractère de réelle beauté et de sauvagerie qu’avait la Hoëgne dans la partie la plus élevée de la vallée, avant l’établissement du chemin de fer».

                Il existe au musée de peinture à Spa une toile d’assez grande dimension, due au peintre de Spa Henri Marcette, qui date de l’année 1857, et qui est l’exacte reproduction de ce coin pittoresque de la Hoëgne, aujourd’hui en partie disparue par les éboulements successifs du remblai de la voie ferrée.

                Plus tard, d’autres peintres ont conçu une admiration profonde pour la Hoëgne et ont choisi les plus beaux sites de la charmante vallée de la Hoëgne pour exécuter des tableaux de valeur.  On peut citer particulièrement MM. François et Houtekiet, de Bruxelles, ensuite Jean Henrard, Gérard Crehay, Joseph Krins et Victor Renson, dont on a pu voir les toiles à différentes expositions au Musée de Spa.

                Plus récemment, deux personnes ont été d’ardents propagandistes de la vallée de la Hoëgne.  Ce sont M. Emile de Damseaux, qui a publié trois brochures sur les beautés de la rivière, et M. Plücker, colonel d’artillerie retraité, qui a fixé les plus beaux sites sur des plaques stéréoscopiques, exposées, pendant la saison, dans une salle du Pouhon à Spa.

                Par cette citation, le lecteur doit comprendre que la Hoëgne possède des titres de noblesse qui ont été méconnus.

(Carte-vue représentant la Hoëgne

Le Pont des Cascatelles.)

                Aujourd’hui, il n’en va plus ainsi.  La Hoëgne est connue et visitée chaque année par des milliers de touristes, surtout depuis que le Cercle Sart-Attractions a créé deux chemins d’accès à la rivière : l’un partant de la gare et l’autre du Moulin Thorez.  Cette promenade fut officiellement inaugurée, le 25 septembre 1899, par S.M. La Reine Marie-Henriette, en présence d’une foule considérable d’excursionnistes.

                Le nombre de ceux-ci est important en toutes saisons, car une visite à la Hoëgne est aussi intéressante en hiver qu’en été, surtout lorsque les taillis et les sapins sont saupoudrés de neige et que le courant roule de nombreux galets de glace, arrondis par le frottement et tournoyant sans cesse dans les vasques en formant, par leur enchevêtrement, des dessins du plus bel effet. 

                Lorsqu’on remonte la vallée à partir du confluent de la Hoëgne et de la Vesdre à Pepinster, on voit les coteaux boisés, qui en forment les versants, s’abaisser peu à peu à mesure que les pentes s’adoucissent.

                Les taillis vont en s’éclaircissant.  Ils perdent graduellement l’aspect touffu et varié qu’ils ont à l’embouchure.

                Aux chênes et aux hêtres, aux aulnes et aux charmes, aux frênes et aux bouleaux, succèdent des saules marceaux et des genévriers souffreteux, dont l’écorce est chargée de lichens.  Ces changements annoncent le voisinage des plateaux élevés, où le vent règne en souverain maître pendant la plus grande partie de l’année.  Les bruyères, d’autre part, apparaissent plus denses et plus luxuriantes, car on va bientôt entrer dans leur domaine : la fagne.

                Dans cette vallée sauvage et pittoresque, on admire des cascades imposantes et de nombreuses cascatelles, le chaos, des gouffres, un arbre pétrifié couché dans le courant, une succession de point de vue divers, dont la beauté grave ou solennelle, la joliesse variée forment un kaléidoscope que la silhouette des rochers multicolores coupe le plus agréablement.

                LA FAGNE - Le mot Fagne vient d’un mot latin qui veut dire hêtre.  Le hêtre a formé de tout temps la principale essence de nos bois.

                La fagne constitue un haut plateau de plusieurs milliers d’hectares d’étendue et atteignant à la Baraque Michel 672 mètres et 695 mètres au signal de Botrange.

                La fagne est traversée par la route d’Eupen à Malmédy à laquelle viennent s’embrancher la route de Malmédy à Verviers par Jalhay, la route de Béthane  à Malmédy à travers la forêt d’Hertogenwald, et enfin la route de Hockai à Xhoffraix.

                La fagne s’étend sur les communes de Sart et de Jalhay et sur la partie occidentale de la Belgique rédimée. Elle présente une vaste lande inculte, couverte de bruyères, d’arbustes rabougris, de graminées.

                Le sous-sol de la fagne est imperméable et forme une argile compacte, blanchâtre, sur laquelle les eaux séjournent pour constituer des tourbières traîtresses, qui ont quelquefois plusieurs mètres de profondeur.

                Son sol fort humide et marécageux, la fagne jouit d’un climat rigoureux.  L’hiver est long et précoce.  Les pluies sont copieuses.  La saison hivernale enregistre parfois 40 à 45 jours de neige.  Les premières chutes de neige ont parfois lieu au mois de septembre, pour finir bien avant au printemps suivant.  Le brouillard est fréquent à la Baraque Michel.  Il est alors fort dangereux de s’aventurer dans la lande solitaire, couverte en grande partie de sphinge ou mousse blanchâtre des marais.

                A cause de sa conformation spongieuse, la fagne forme un vaste réservoir aquifère où prennent naissance plusieurs cours d’eau, provenant non de sources profondes, comme dans les terrains calcaires ou schisteux, mais qui sont formés par les eaux de surface dont la fagne est imbibée.

                Ces cours d’eau sont :

à l’est, la Helle, qui se jette dans la Vesdre à Eupen ; au nord la Sore, qui rejoint la Helle dans l’Hertogenwald ; au sud-ouest, la Gileppe, qui se réunit à la Vesdre à Béthane, après avoir formé le lac du même nom ; à l’ouest, la Sawe et la Statte, qui confluent vers la Hoëgne ; au sud, la Hoëgne, (anciennement la Poleda) qui, après de brusques directions, se réunit à la Vesdre à Pepinster. La Roer se jette dans la Meuse à Ruremonde ; l’Eau Rouge, le Roannay et la Warche vont grossir l’Amblève.

                Plusieurs autres sources cascadantes dévalent de ces hauteurs et vont accroître les cours d’eau susnommés.

                La fagne est l’habitat de plantes caractéristiques de la flore glaciaire et d’animaux dont les espèces alpines sont particulières à ces hauts plateaux.  

Monsieur Léon Frédéricq, le savant professeur de physiologie à l’Université de Liège, a composé une attrayante étude de la faune et de la flore glaciaire du plateau de la Baraque Michel. (1)

                L’auteur y expose clairement les raisons pour lesquelles ce plateau sert d’habitat aux même plantes, insectes, papillons ……… que ceux des régions arctiques et des hautes montagnes de la Suisse.

                M. Frédéricq consacre un long chapitre à l’intéressante relation de la végétation à la Baraque Michel.  Il a établi, par de multiples observations faites au cours de plusieurs années, la façon dont s’accomplissent les phénomènes végétatifs sur ce haut plateau d’une part, et dans les régions moins élevées du pays, d’autre part.

(1)   Editeur : Edouard Gnusé, rue du Pont d’Ile à Liège, 1906.

                Il est évident que ces phénomènes ne peuvent se manifester d’égale façon en ces points pris comme lieux de comparaison, étant données les altitudes très différentes de ceux-ci et les variations sensibles de température résultant de cet état de choses.  M. Frédéricq a pu constater ainsi que la végétation printanière était en retard de quatre semaines sur le plateau des Hautes Fagne, mais l’écart s’atténue par la suite, et, en septembre, il est peu appréciable pour certaines variétés de plantes

                L’été est aussi plus court à la Baraque, où les végétaux se dépouillent de leurs feuilles avant ceux plantés dans des régions moins élevées.

                Il faut naturellement attribuer ce fait à l’abaissement prématuré de la température, qui croît avec l’altitude des lieux.

                Quant au développement de la végétation, il s’accomplit de façon inégale et l’ordre de succession de la feuillaison des diverses essences n’est pas le même.  C’est ainsi que sur la fagne, le hêtre se couvre de feuilles avant le bouleau, qui, dans nos bois voisins, inaugure les frondaisons nouvelles.

                Voici quelques-unes des observations faites par M. Frédéricq et communiquées par l’auteur à la classe des sciences de l’Académie de Belgique :

           Les narcisses qui sont en fleur dans la Hesbaye entre le 28 mars et le 5 avril, ne s’épanouissent sur la fagne qu’entre le 13 avril (vallée de la Roer) et le 25 mai (Baraque Michel).

                Le bouleau se couvre de très petites feuilles, dans le bois de Kinkempois-Liège, le 17 avril et, quinze jours plus tard il est entièrement vert. A la Baraque Michel, ces deux phases de la végétation du bouleau se manifestent du 15 au 25 mai.

                Pour le hêtre, le retard est de quinze à vingt jours.  Il est d’un mois pour le sorbier, de trois semaines au moins pour l’aubépine, de quinze jours pour le muguet.  Tandis que celui-ci agite ses frêles clochettes odorantes, dans nos jardins, vers le 10 mai, et dans les bois de notre région vers le 18, il ne commence à fleurir, sur le plateau de la Baraque, que le 4 juin.

                Un mois de retard également pour la floraison de la grande marguerite, du genêt, de la cardamine, quinze jours pour la myrtille, huit jours environ pour la bruyère.

                Par contre, la gentiane s’épanouit à pareille époque en Campine et sur la Fagne.  Quant au chêne, il entrouvre ses bourgeons à trois semaines d’intervalle.  La chute des feuilles est en avance sur le plateau de la Baraque Michel.

                Le bouleau et le hêtre, par exemple, s’y dépouillent quinze jours plutôt et, pour le sorbier, l’écart est de plusieurs semaines.

                Ces observations des phénomènes périodiques de la végétation de certaines plantes, ne manquent pas d’intérêt.

                La Fagne a des amis et des ennemis.

                Parmi les premiers, ont doit citer Léon Frédéricq (1), Albert Bonjean (2), Jean d’Ardenne (3), Elisée Harroy, de Verviers (4), Emile de Munck (4), du Musée d’Histoire naturelle à Bruxelles, Henri Davignon (5)

                Liste des publications sur la Fagne et la Hoëgne :

(1)   La faune et la flore glaciaires du plateau de la Baraque Michel. Le même

ouvrage est traduit en flamand par le P. Pâque.

(2) La Baraque Michel et le Livre de Fer, édité par Nautet-Hans, à Verviers.

     Les Hautes Fagnes.  Légendes et Profils.  Editeur : Vinche, à Verviers,

     Bruyères et Clarines. Editeur : Vannier, Paris.

     La Fagne tragique, drame lyrique et légendaire en 11 tableaux, exécute

     par la Musicale de Dison, le 28 novembre 1909.

     La Haute Ardenne et la Baraque Michel.

(3) L’Ardenne, par Léon Dommartin ou Jean d’Ardenne.

(4) Harroy et de Munck ont trouvé sur le haut plateau de nombreux silex, qu’ils

      disent avoir été utilisés par les populations des temps quaternaires.

(5) L’Ardennaise, roman où est décrit la vallée de la Hoëgne.  H. Davignon

                Les habitués des excursions du Vieux-Liège et du Vieux-Verviers, les poètes et les savants qui s’intéressent à la pittoresque région des Hautes Fagnes et apprécient tout spécialement le caractère de sauvage grandeur qui émane des rudes plateaux de la Baraque Michel.

                Les ennemis, au contraire, ne rêvent que d’enlever à ces hauteurs ce caractère de sauvagerie et se lamentent de les voir aussi longtemps demeurer rebelles à la culture et aux plantations, réfractaires à toute mise en valeur.

                Les uns et les autres, à des titres différant peut-être, ne lui en portent pas moins un égal intérêt.

                Ces hautes fagnes sont vraiment le paradis du botaniste et de l’amateur d’insectes.

                Parmi les fleurs, on peut citer la gentiane, les sphinges, l’airelle rouge, la myrtille, les orchis, le lycopode, les hauts genêts, la vinaigrette, la trientale aux fleurs blanches, si recherchée à cause de sa rareté, la bruyère blanche, le trèfle rouge, la bistorte, etc… etc…  C’est principalement au printemps que des coins bien abrités de la Fagne se couvrent d’une belle parure florale sur laquelle voltigent de nombreux représentants de la faune alpestre et boréale (1).

                Le gros gibier est abondant dans les bois environnant la fagne ; les cerfs et les biches, les chevreuils, les sangliers, les renards, les belettes, les fouines, les putois, les écureuils foisonnent.

                Les oiseaux les plus intéressants sont : la gelinotte, le coq de bruyère, la grouse d’Ecossé, le perdreau, les bécasses et les bécassines.

                A côté des couleuvres à collier, des lézards vivipares et des orvets rampant partout, se trouvent des batraciens dans tous les marécages.

                La Hoëgne renferme la truite, le vairon et la chevaine.

                Parmi les mollusques, on peut citer l’arion rufus dans les bois humides et certains vers

                Le polycelis cornuta et le planaria alpina sont sous les pierres dans tous les ruisseaux, en dessous de 300 mètres d’altitude

(1)   La faune et la flore, par Léon Frédéricq.

                L’endroit est fameux dans les fastes de l’entomologie liégeoise. Les amateurs liégeois visitent chaque année les fagnes et l’Hertogenwald et ne cessent d’y faire des découvertes intéressantes.  La légion des insectes est innombrable et parmi eux, on peut citer le colias paloeno, joli papillon diurne, aux ailes d’un jaune soufré, bordées de noir ; c’est une espèce circumpolaire, un insecte de plaine dans le Nord de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique et de la région des Alpes.

                LA BARAQUE MICHEL - La Baraque Michel se trouve sur le territoire de la Commune de Jalhay, à quelques pas de l’ancienne frontière belgo-prussienne.  Située à 675 mètres d’altitude, elle fut jusqu’en  1919 le point le plus culminant de la Belgique.  Elle est dépassée actuellement par le Signal de Botrange, 694 mètres.

                La Baraque Michel est aujourd’hui une ferme-auberge.  Elle forme officiellement le hameau Fischbach, en vertu d’une décision du conseil communal de Jalhay du 8 juillet 1838, délibération approuvée par la Députation Permanente.  Mais, elle a perdu sa dénomination officielle, pour prendre le nom populaire qui marque mieux son origine.

                  Avant la construction de la grand’route d’Eupen-Malmédy, avec ses embranchements vers Jalhay, Sourbrodt et Hockai, elle était plus fréquentée que de nos jours, bien qu’elle possède encore une bonne clientèle de rouliers et de touristes, qui recherchent les fortes émotions et la jouissance des immenses étendues qui entourent la Haute Fagne.  L’auberge, où l’on peut se restaurer en vivres, boissons, et trouver des cartes-vues, est très animée en hiver comme en été.

                L’origine de la Baraque Michel date de 1808 

                Un certain Michel Schmitz, né vers 1750 à Sinzig sur le Rhin, était établi comme tailleur à Herbiester-Jalhay.  Il s’égara dans la fagne et la nuit le surprit avant qu’il eût retrouvé son chemin.

                Le malheureux, croyant ne jamais sortir vivant de ces marécages perfides, fit le vœu de construire, en cet endroit isolé, si le Ciel lui accordait la grâce de s’en tirer, une cabane qu’il occuperait pour secourir les voyageurs qui pourraient se trouver dans sa fâcheuse situation.  Il parvint à sortir sain et sauf de ces lieux, et il tint sa promesse.

                Carte-vue : Les Hautes Fagnes - La Baraque Michel

                Il éleva une misérable hutte en gazon, recouverte de branchages, et il s’y s’installa.

                En 1826, la cabane fit place à une modeste auberge, qui fut longtemps habitée par les descendants de Michel Schmitz, dont la baraque primitive a fourni le nom au plateau lui-même.

                Les enfants et petits-enfants de Schmitz ont certainement rendu de nombreux services à leurs semblables en détresse, pendant les années qu’ils ont passées sur la Fagne.

                Le 14 septembre 1889, le feu détruisit complètement l’auberge et les dépendances, avec toutes les récoltes qui y étaient remisées.  Mais, la perte la plus sensible fut celle du vieux registre, appelé Livre de Fer, à cause de son armature en métal, où étaient consignés tous les sauvetages opérés par la cloche de l’auberge et par la lampe bienfaisante de la Chapelle.

                L’auberge fut reconstruite par le petit-fils de Schmitz et elle forme aujourd’hui l’immeuble recouvert d’ardoises et de briques rouges.

                A 75 mètres de là, dans la direction du Nord, se trouvait le signal géodésique qui a servi aux officiers du Génie belge pour dresser la carte du Département de la Guerre.  Il affectait la forme d’une pyramide constituée par quatre puissants poteaux en bois, reposant sur un massif de cailloutis et de béton bien nécessaire sur ce sol spongieux.

                Ces quatre montants étaient réunis au sommet par un petit cône formant toiture.  Il y avait deux étages, dont le plancher était formé de rondins et auxquels des échelles titaniques permettaient d’y avoir accès.

                De là, on jouissait de la vue la plus étendue au milieu de cette vaste solitude.  Par un temps clair, le touriste voyait se dérouler tout le pays de Herve, depuis les hauteurs d’Aix-la-Chapelle jusqu’à celles de Micheroux avec tous les terrils caractéristiques de Liège ; tout le plateau de la Vecquée au-dessus de Spa ; les hauteurs enserrant la Salm et l’Amblève ; la Baraque de Fraiture ; et, du côté opposé, la région vers le camp d’Elsenborn, vers Kalterherberg et vers Mont-joie.  Ce signal géodésique fait place à celui de Botrange.

                LA CHAPELLE FISCHBACH - A quelques mètres de la Baraque Michel, et sur le territoire de la commune de Xhoffraix, se trouve, édifiée en 1827 par Henri Fischbach de Stavelot, une chapelle, à la suite d’un événement qui faillit avoir de tristes conséquences.

                Au mois de novembre 1826, un notable de Malmédy, M. Rondchêne, se trouvait à la chasse sur les Hautes Fagnes.  Il fut enveloppé par un intense brouillard qui lui fit perdre toute trace de chemin.  Il erra pendant longtemps. A la fin, accablé de fatigue et sentant le froid lui raidir les membres, il s’assit et se recommanda au Ciel, promettant d’élever une chapelle en l’honneur de la Sainte-Vierge, s’il parvenait à rentrer dans sa famille.

                A ses appels réitérés, répondirent les aboiements d’un chien.  Il marcha dans la direction des abois et, bientôt, il se trouva au milieu des habitants de la Baraque, où il parvint à se remettre de ses émotions et de ses fatigues.  Dans la suite, il fit remettre une bonne récompense à ses sauveteurs, pour leur généreuse hospitalité.

                En souvenir de l’heureux retour de M. Rondchêne dans ses pénates, son gendre, M. Fischbach, fit construire une petite chapelle, dont le clocheton portait un fanal, qui devait être allumé tous les soirs, pour servir de phare aux voyageurs.  En outre, M. Fischbach fit placer à l’auberge de Michel Schmitz une cloche, qui devait être sonnée pendant les brouillards, pour remettre les voyageurs égarés dans le bon chemin.  La famille Schmitz fut chargée de sonner la cloche et d’allumer la lampe.  M. Fischbach fit encore déposer à l’auberge le Livre  de Fer de 184 feuillets, dans lequel «les voyageurs égarés et rappelés par le son de la cloche, étaient priés d’inscrire leurs noms».

                Depuis la construction des routes, la lampe de la Chapelle n’est plus allumée et la cloche qui, pendant plusieurs années, resta enfermée dans une armoire de l’auberge, vient d’être fixée à la façade de la maison.  Elle est abritée par un petit auvent et une chaîne, traversant la muraille, permet à l’hôtelier de la mettre en mouvement 

                Cette innovation est due à M. Cremer, propriétaire actuel de l’immeuble.

                A l’intérieur de la Chapelle, on remarque deux panneaux rappelant le placement de la cloche et du fanal.  Le fanal porte la date de 1831, et la cloche, celle de 1827.

                LE SIGNAL DE BOTRANGE - A trois kilomètres de la Baraque Michel, à côté de la route du Mont Rigi à Sourbrodt, se trouve le Signal de Botrange, qui est actuellement le point le plus élevé de la Belgique (694 mètres moins quelques centimètres).  Il suffirait d’une taupe pour lui faire atteindre exactement 694 m.

                De ce point, dévalent des pentes inclinées, qui sont jalonnées de bornes et de croix indiquant les frontières des anciens duchés de Limbourg et de Luxembourg, du marquisat de Franchimont et de la principauté abbatiale Stavelot-Malmédy.  Les états modernes (France, Prusse, Belgique) se sont servis de ce haut plateau pour faire la triangulation de leurs pays.

                Le Général-Baron Baltia, haut-commissaire du Roi pour les cantons rédimés de Eupen, Malmédy et St-Vith, a fait remplacer l’ancien signal par un observatoire plus solide, sur une butte en terre gazonnée, de 6 mètres de hauteur environ.

                Une colonne carrée, en pierre de taille, couronne la butte, et, sur ses quatre faces, on peut lire les inscriptions suivantes : Royaume de Belgique, Sa Majesté le Roi Albert de Belgique régnant - érigé en 1923 par le général Baron Baltia - travaux topographiques exécutés par le Capitaine d’artillerie Van Bleyenberghe ; latitude 50°30’08’’ nord ; longitude : 6°05’36’’ est de Greenwich.

                De ce plateau, les voyageurs peuvent suivre le développement de perspectives lointaines et jouir du plus beau spectacle de la Belgique.

                Le long de la double route qui traversa la Fagne, on rencontre des curiosités qui consistent en croix et pierres rappelant événements, parfois lugubres, mais toujours intéressants d’étudier.

                Nous allons énumérer, dans leur ordre successif, ces curiosités historiques ou légendaires.

                En quittant la grande forêt de Hertogenwald, on remarque d’abord la Maison Piette (Courtil Piette, Mahon Piette, à mon Piette, Piette en Fagne, Pétershuys, Pétershaus), puis la Maison du Sabotier (à mon l’sabotî) ou auberge de la Belle Croix, la Croix Mockel, la Croix du Prieur ou Panhaus, la Croix Noël, la Baraque Michel, le Boultai, la Fontaine Périgny, le Mont Rigi (à mon Hoen), le Signal de Botrange, la pierre à trois coins (pîre à treus cwénes avec les inscriptions Lux, Sta, Lim), la Croix Verners, la via Mansuerisca, la Table carrée aux quatre Seigneurs (Stavelot, Franchimont, Limbourg, Luxembourg) et sa légende.

                La région d’Eupen-Malmédy fourmille encore de nombreuses pierres romaines, affectant la forme de cloches.

                A Mützenich, près de Mont-joie, on peut voir deux gros blocs de granit naturel sortant du sol et qui rappellent les formes d’un lit aux dimensions colossales.  Dans le pays, on désigne ces pierres sous le nom de : lit de Charlemagne.

                LA VECQUEE - LES CHAUDIERES - La Vecquée est le nom d’une ancienne route, qui sépare actuellement la commune de Sart de la commune de Francorchamps, et dont l’emplacement est envahi par une abondante végétation.

                Elle part des confins de l’Hertogenwald d’une autre voie romaine, dite «via mansuerisca», descend en ligne droite des hauteurs de la Baraque Michel jusqu’au pont de la Vecquée sur la Hoëgne ; puis, elle s’infléchit en plusieurs endroits pour éviter des marécages, et elle se prolonge jusque Malchamps.  De là, elle se dirige sur Vert-Buisson, Hautregard, Deignez, Louvegnez, Sprimont, Poulseur, Dînant et Baway en France.

                D’après certains auteurs, cette voie reçut le nom de Vecquée, parce qu’elle menait au territoire du Prince-Evêque de Liège.

                D’après d’autres, ce nom serait une légère transformation du mot germanique «Weg» (chemin) avec un allongement adouci en ée tiré d’une autre syllabe ou d’un autre mot.

                En 1868, le président Schuermans a fait des fouilles pour connaître la nature exacte de l’assiette de la Vecquée.

                Sur une longueur d’une vingtaine de mètres, il fit enlever la couche végétale à une profondeur de 1 à 2 mètres, et il a pu constater que cette voie romaine est construite de grosses pierres plates superposées, avec recouvrement de moellons cimentés.

                Cette tranchée resta ouverte plus d’un an, et reçut la visite de nombreux curieux et d’archéologues s’intéressant aux choses antéromaines.

                A environ 200 mètres de la Vecquée, au nord de la Borne 149, on remarque un curieux travail humain qui, dans ces solitudes, intrigue les coureurs des Fagnes.

                Ce travail est nommé «la Chaudière».  C’est, en pleine bruyère, un vaste cirque de 500 mètres de diamètre avec, tout autour un bourrelet de terre circulaire très régulier, large de trois mètres et haut de un mètre et demi.

                Ce cirque est un réservoir qui s’est lentement évasé et rempli de végétation, sur laquelle on marche comme sur des coussins élastiques.  Ce réservoir doit être à peu près à 600 mètres d’altitude, à trois kilomètres des Cromlechs de Solwaster, et juste au bord du chemin qui y conduit.

                Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il eût donné autrefois de l’eau aux passants - armée, bêtes ou gens - qui traversaient ces parages des Fagnes-Noires, aujourd’hui désertes et muettes.

                Deux autres Chaudières de mêmes dimensions se remarquent encore dans les Vieilles Fagnes, près de Malchamps, au sud de la commune.

                LA PAVEïE DI DIALE ET L’ARBRE CHARLEMAGNE (Légendes) Li Paveïe di Diale est un tronçon de route allant de la Vecquée vers l’Hôpital de Cockaifagne.

                On raconte, dans la région, que Charlemagne, voulant promptement une route, construite à travers les marécages, fit un pacte avec le Diable.  L’âme de l’Empereur était le prix du marché et elle devait être livrée au constructeur, quand celui-ci poserait la dernière pierre de la Pavêye devant Charlemagne.  Au moment où le Diable tenait la dite pierre pour la mettre en place, et avant qu’il ne l’eût laissée tomber, Charlemagne, qui était à cheval, donna de l’éperon à sa monture et, d’un bond, celle-ci sauta outre : la pierre n’avait pas été posée devant l’Empereur, mais derrière lui, et le Diable perdit sa peine, sans que l’Empereur perdit son âme.  Habilement joué, le Diable entra dans une grande fureur.

                Charlemagne et son escorte allèrent prendre quelque repos un peu plus loin, pour se livrer à leur joie.  Pendant ce temps, un écuyer attacha le cheval de l’Empereur à un hêtre croissant au bord et au sud de la Vecquée, et pour cette raison, ce hêtre fut nommé l’Arbre de Charlemagne.

                Il vient de disparaître, il y a quelque trente ans. Sart-Attractions a fait planter trois jeunes hêtres, pour rappeler l’emplacement de l’arbre historique.

                HOPITAL DE COCKAIFAGNE - (1)  M. Henri Schuermans,

archéologue et président de la Cour d’appel à Liège, fournit des documents intéressants dans son livre intitulé «Spa et les Hautes Fagnes». 

                M. Schuermans est parvenu à trouver mention de cet hôpital dans les actes du 16e siècle, qui prouvent que cette maison de refuge tombait en ruines en 1581.

                Le 27 juin1493, il est question de la Fagne des Recheurs ou Recheux devers l’ospitail de Cockaifagne.  De fait, le cadastre place à Cockaifagne les dénominations qui ont survécu de fagnes dites «de l’hôpital» et «des malades».

                Du reste, les cartes des 16e et 18e siècles placent un hospitale à quelque distance au sud-est de Sart à Francorchamps.

                Le mot hospitale se retrouve encore dans les anciennes délimitations du pays, qui passent précisément par-là, et même dans la donation du domaine de Theux, faite à l’église St. Lambert de Liège en 915.

                Un acte du 4 décembre 1582 dit que l’Hôpital en Fagne était «de toute antiquité» un bien pieux ; cette assertion a sans doute engagé Lorent, l’auteur de la carte déjà citée, à en faire un ancien hôpital romain.

                En 1581, l’établissement tombait en ruines et ne pouvait plus du tout servir à l’usage auquel il était destiné, ce qui suppose déjà qu’il faut remonter bien loin en arrière pour la date de la fondation.

                Le curé Colette Badon (2), muni de l’autorisation de l’archidiacre du Condroz, fit alors mettre en vente, pour la Table des pauvres, l’hôpital qu’on dit «l’hospital en Fagne, desseur les Flaxhis, à la voie de Malmedy.»

(1)   Le lecteur peut constater qu’une cause identique a provoqué l’établissement,

sur ces hauteurs, de l’hôpital de Cockaifagne, de la Baraque Michel et de la         

      Chapelle Fischbach.

(2)   Voir sur ces faits : Sart, Œuvres, A.1, pp. 34, 145 et 157, à Liège.

                Le 17 novembre de la même année, le bien fut adjugé pour huit dallers de six florins (1) à Jean Quirin Pardicque, parent d’Etienne et Quirin Pardicque de Sart, qui étaient à la même époque à Liège, marchands de pots et de verres du Prince-Evêque Ernest de Bavière.

                Un acte du 9 décembre 1593 ajoute que l’hôpital supprimé était au vocable de St. Nicolas-en-Fagne ; il y avait, par conséquent, une chapelle de ce saint annexée à l’hôpital, et c’est sans doute jusque là que les bestiaux du Limbourg pouvaient aller pâturer d’après le record de 1388 : «à une chapelle quy stat en lieu par-dessus le Sart, sur les chemins de Malmendy».

                Un autre acte du 27 mai 1592 dit que le bien de l’ex hôpital est voisin de la croix de la Fagne de l’hôpital et de la «vieille xhavée». Or, on sait qu’un ancien chemin creux ou xhavée est souvent un indice d’antiquité.

                On peut donc assigner à l’Hôpital des Fagnes une antiquité de 6 à 700 ans, à l’époque où il disparut.

                L’Histoire d’un hôpital existant déjà en 915, dont la chapelle a été mentionnée en 1388, connu sous le nom de ospitau en 1493 et qui a été supprimé en 1581, est bien plus intéressante que la légende de ce même hôpital fondé vers 1610.

                Les biens de l’hôpital acquis en 1581 par la famille Pardicque passèrent à la fin du 18e siècle entre les mains de la famille de Mathieu des Pouhons.  Aujourd’hui, ils sont la propriété de la famille Jacob.

                Or, c’est dans le verger appartenant à Jacob que M. Comhaire, archéologue à Liège, a éventré le gazon en plusieurs endroits et est parvenu à mettre au jour les fondations de vastes bâtiments de plus de 30 mètres de long sur une douzaine de mètres de large.

                De nombreux visiteurs ont pu voir en 1893 trois pièces qui furent déblayées.  L’une d’elle, pavée de pierres placées sur crête, comme c’était l’usage au moyen-âge, était la chapelle qu’on dit avoir été annexée à l’hôpital.  A côté de très larges murailles, se trouvait la base du clocher.  La troisième pièce était la cave pavée de grandes dalles ; on y accédait par un escalier formé de pierres d’une pièce

(1) En 1623, l’hôpital de Jalhay fut vendu pour 54 daller de 6 ½ florins de   

      Liège ; il est qualifié cependant de «petit hôpital». Cette notable différence

      de prix tient sans doute à l’isolement de l’hôpital de Cockaifagne, tandis que

      celui de Jalhay était au milieu du village.

                Il est regrettable, au point de vue archéologique, que ces fouilles n’aient pas été continuées, car elles auraient peut-être fait connaître les débris d’un monument historique des plus importants de l’ancien marquisat de Franchimont.

                A quinze cents mètres plus hauts que la station de Sart le touriste trouvera, au centre de Cockaifagne, une habitation à la façade de laquelle le Cercle Sart-Attractions a fait placer un placard qui indique l’emplacement du vieil hôpital de Cockaifagne.

             Après la mort du propriétaire du verger, Antoine Masui, qui entretenait ces ruines historiques avec un soin jaloux, et les montrait aux visiteurs avec un certain orgueil, ses héritiers n’eurent rien de plus empressé que de combler ces excavations, pour ne pas perdre un pouce de terrain.

                LA LÉGENDE DE L’HÔPITAL - Un riche marchand de fer du Sart, nommé Gérard Helman, s’était rendu en Allemagne, où une importante affaire réclamait sa présence.

                On était au mois de janvier.  Le froid était des plus âpre, une neige épaisse couvrait la terre et s’élevait parfois en colonnes serrées, sous l’action de fortes rafales.

                Le désir de revoir sa jeune épouse l’engagea à traverser la vaste solitude des fagnes qui n’offraient aucun chemin frayé.  Helman comptait sur sa monture, sur l’excellent manteau qui le recouvrait, sur les armes dont il disposait, sur la connaissance qu’il avait des lieux, pour arriver sans encombre à destination.

                La nuit vint : un ciel noir, une terre blanche comme un linceul, un silence lugubre, tout contribua à rendre le voyage pénible et dangereux.

                Son cheval s’enlisa dans une tourbière et se cassa une jambe.  Après de nombreuses caresses et des sollicitations inutiles à son fidèle compagnon, Helman se remit en route et marcha plusieurs heures sans rencontrer aucun indice de direction.

                Épuisé de fatigue, transi par le froid, Helman s’arrêta, en proie à un profond découragement, et fit le vœu de fonder une retraite pour les voyageurs égarés, s’il parvenait à sortir du danger.

                Le son d’une cloche le tira de ses tristes rêveries.  Guidé par le tintement, Helman se remit en route et, après une marche bien pénible, il arriva sain et sauf au Sart, au moment où sa femme venait de lui donner un fils, pour la naissance duquel, selon la coutume, on avait sonné la cloche de joie (triboler).

                Après une visite des lieux, Helman retrouva le cadavre de son cheval à moitié dévoré par les loups.  Fidèle à sa promesse, il fit ériger un hôpital au milieu des landes, à une certaine distance du village de Sart, non loin de l’ancienne route de Trèves à Tongres, par Sart, Bansions et Polleur.

                Helman y entretint un religieux, nommé Hadelin, qui jouissait d’une grande réputation de sainteté.

                En temps de brouillards, où dès que la nuit arrivait, la tour de la chapelle s’éclairait, la cloche sonnait par intervalles et deux forts chiens, dressés comme ceux du Mont Saint-Bernard, en Suisse, parcouraient la lande et ramenaient, dans cet asile de charité, les voyageurs égarés qui y trouvaient bon feu, bon lit, bon repas, et des soins dévoués et désintéressés.

                L’historien Detroz dit dans son livre : «des jalons indicateurs, placés de distance en distance, guidaient les pas du voyageur errant vers ce refuge charitable, où tous les secours de l’hospitalité lui étaient largement prodigués».

                Pendant ce temps, le fils de Helman, nommé Godefroid, devenu grand, s’occupa bien moins de l’hôpital que de ses plaisirs ; bientôt, il gaspilla sa fortune et il laissa tomber le vieux Hadelin dans le dénuement, et la fondation de son père en ruines.

                A son retour d’Allemagne, pour assister à la vente de la dernière parcelle des biens que son père lui avait laissés, Godefroid repassa par l’hôpital abandonné, et il voulut s’y arrêter un instant ; mais là, l’attendait la Justice Divine.

                Epuisé par la fatigue et les privations, accablé par un violent remords, il tomba malade et expira au milieu de cette solitude.

                Au mois d’avril, après la fonte des neiges, un hierdî alla s’abriter au milieu des décombres de l’ancien refuge.  Il se trouva en présence d’un cadavre humain, dépouillé de ses chairs, mais que recouvraient encore des lambeaux de vêtements.

                Il s’empressa de faire connaître sa triste trouvaille au village ; la Cour de Justice se rendit sur les lieux et elle reconnut le cadavre de Godefroid Helman.  Avant de mourir, le malheureux avait eu conscience de sa conduite indigne, car il avait écrit quelques lignes sur un papier glissé dans le livre de prières du vieux prêtre.  On n’en put lire que ces mots : «serment violé……châtiment mérité».

                HOCKAI - Hockai (539 mètres d’altitude), dépendance de la commune de Francorchamps, est le pastoral et vieux hameau de la lande, dont les maisons sont abrités par les frondaisons des hêtres et des charmilles, et dont la petite église veille sur les foyers, leurs enclos et leurs pâturages.

                C’est ce petit clocher qui a été si odieusement outragé par l’ennemi en 1914

                Quittant le camp d’Elsenborn, les soldats allemands arrivèrent nombreux à Hockai pendant les cinq premiers jours de l’invasion et ils firent de courts arrêts.

                Le dimanche 9 août, à 6 heures du matin, le 78e régiment des Hanovriens y fit une halte.

                Du seuil du presbytère, le curé Dossogne regarda le passage des troupes.  Il fut brusquement enlevé et placé avec sept de ses paroissiens, en tête des troupes, pour être conduits jusqu’à la ferme de Gilles Wilkin,  à Tiège-Sart.

                Au matin du mardi 11 août, se répandit la triste nouvelle que les huit prisonniers étaient condamnés à mort.

                Alors, une députation de quatre Sartois se rendit auprès du commandant en chef des Hanovriens, pour obtenir la grâce des accusés.  Il fut répondu que leur démarche était tardive et inutile, et que le jugement rendu par le conseil de guerre, tenu dans l’église de Tiège, allait recevoir son exécution.

                En effet, le mardi 11 août, à 8 heures du soir, le curé tomba sous les balles allemandes, dans un terrain situé à 200 mètres de la sous-station du tram électrique.

                L’abbé Gustave Michoel avait obtenu du chef allemand l’autorisation de faire une sépulture chrétienne au curé-martyr.   Ce même chef lui avait fait remettre une copie du jugement ainsi conçue :

1°) l’accuse Joseph Dossogne, curé de Hockai, est coupable de la trahison de

      guerre et sera condamné à la peine de mort ;

2°) son revolver de poche est confisqué ;

3°) les autres accusés seront acquittés.

                Cette copie, écrite au crayon sur un chiffon de papier, ne porte ni date, ni signature.

                A la suite de ces tristes événements, les Allemands ont pris des photographies du clocher de Hockai, représentant à une lucarne le curé, tirant sur les soldats gisant devant l’église, la tête fracassée et la poitrine trouée, laissant échapper des flots de sang sur le seuil de l’église.

                Ces photographies ont été répandues par milliers dans toute l’Allemagne, pour faire croire que la population belge était transformée partout en francs-tireurs.

                Cette légende est encore crue aujourd’hui là-bas, et elle sera lente à être déracinée, car les légendes ont la vie dure.

                LA VELEE ROTCHE - LA TABLE DES MACRALLES - LES SEPT

FRÈRES DE GOSPINAL - La Sawe, sortant des hauteurs de la fagne nommée Belle Bruyère, et formant la limite entre les communes de Sart et de Jalhay, produit une suite ininterrompue de cascatelles, dont l’une d’elles, tombant d’une hauteur d’environ 5 mètres, se déverse dans une cuve de 2 mètres de profondeur, et est désignée sous le nom de «Bain de Diane».  La Sawe se réunit à la Statte à Parfondbois.

                La Vêlée Rotche ou rocher culbuté, sur la rive droite de la Sawe, se compose de deux restes de murs disloqués et parallèles et distants d’environ 15 mètres.  Ces murs ont une longueur de 30 mètres depuis le bord du ruisseau jusqu’à la crête du rocher qui se trouve à 40 mètres au-dessus du fond de la vallée.

                L’intervalle des murs est parsemé d’une multitude de blocs de tout volume et recouverts d’une mince végétation.  Ce rocher est du quartz veiné de rouge et de blanc ; il a dû former anciennement un massif d’une hauteur considérable, qui s’est désagrégé par l’action du temps et des intempéries.

                Dans le fond de la vallée, se trouve la «Table des Macralles» sous une cépée de chêneaux.  C’est un bloc de pierre de 3 mètres de longueur, 2 mètres de largeur et 80 centimètres de hauteur, hors de terre. Les faces latérales sont perpendiculaires au sol.

                D’après la légende, ce nom lui vient du rendez-vous des macralles (sorcières) qui y venaient prendre du repos après l’exécution de leurs danses échevelées.

                Entre la Vêlée Rotche et la Table des Makralles, se trouve le ponceau de l’Ermitage, qui donne accès au bois de Magoister et au Trou Simar qui est une énorme excavation remplie d’un éboulis de gros blocs de pierres de toutes dimensions.

                LES SEPT FRERES DE GOSPINAL - Gospinal - mot altéré pour signifier Grosse Epine - était anciennement la maison de campagne de la société forestière dite de Gospinal qui, vers 1826, avait commencé, dans le Roslin, les premières fouilles pour l’extraction et l’exploitation de la pierre à ardoises, dont les falaises de Roslin sont constituées.

                Aujourd’hui, Gospinal est une maison forestière du domaine de l’Etat, occupée par un garde-forestier.  En face de l’habitation, se trouve un curieux spécimen de végétation.

                Ce sont sept chênes dits les Sept frères de Gospinal.

                Plantés en rond, ces sept chênes ont, à 1m.50 du sol, une circonférence de 8 mètres.  Le diamètre du sol ombragé par les premières branches est de 24 mètres.

                L’intérieur est un vide circulaire laissant voir le ciel azuré.

                La croissance annuelle a soudé ces chênes en un seul jusqu’à la hauteur de 60 centimètres du sol.

                Vers 1870, le propriétaire - avocat du domaine de Gospinal avait installé son cabinet de consultation à l’intérieur des chênes et il y recevait les personnes qui venaient prendre avis pour des questions juridiques en litige.

                Ces sept chênes présentent encore une particularité administrative.  Au mois de septembre 1904, les communes de Sart et de Jalhay eurent un différend relatif à la direction d’une route devant relier les deux villages.  Les conseils communaux des deux localités, assistés des agents des services voyer et forestier, tinrent une séance officielle sous l’ombrage des Sept Frères.  Après une discussion à l’amiable, l’accord s’établit pour le tracé de la voie.

                A l’entrée, du côté de Solwaster, de l’avenue qui conduit à la ferme de Gospinal, se trouve un bouquet de chênes rouvres, qui ont été plantés en souvenir du septante-cinquième anniversaire de l’Indépendance  nationale.

                LA VOIRIE - Dans les temps très éloignés, la commune, comme toute la région des Ardennes, était occupée par des bois, des bruyères et des terrains incultes.

                Les premiers habitants se créèrent petit à petit des chemins de communication entre leurs demeures et les bruyères, les forêts et les prés, où ils conduisaient leurs bestiaux.  Ils ouvrirent des pieds-sente ou pieds-paseaux pour les gens, et des chemins ou voies d’aisemences pour les véhicules.

                Anciennement, les chemins encaissés et tortueux étaient tellement étroits qu’ils ne pouvaient livrer passage qu’à un seul attelage.  Pour obvier à cet inconvénient, des emprises, en forme de demi-lune, étaient pratiquées de distance en distance, dans les propriétés riveraines et, quand deux voituriers se rencontraient, l’un des deux devait s’arrêter dans l’emprise, pour laisser la circulation libre à l’autre.  Dans ce but, le stationnaire devait pousser, trois fois de suite et à haute voix, le cri suivant : «hot-là-haut» pour annoncer que la voie était libre.

                Ces chemins primitifs étaient bordés de haies à végétation folle, qui donnait en été de l’ombre et de la fraîcheur aux promeneurs.  Ces haies étaient plantées d’arbres rabougris, aux troncs noueux et mangés de nombreuses excavations.

                De nos jours, ces débris végétaux sont rasés et remplacés par des haies d’aubépines, qui donnent de l’uniformité à la région, en enlevant le côté esthétique et poétique à ces vieux chemins.  La disparition de ces souches, en privant les champs d’un embellissement, est devenue une cause de désastre pour la vie agricole.  En effet, ces vieux troncs caverneux servaient d’abri et de refuge à certains oiseaux, protecteurs de l’agriculture, tels que le hibou, la chouette, le chat-huant, le grand-duc………qui détruisaient des quantités de petits rongeurs nuisibles aux champs, comme le rat, la souris, le mulot, le campagnol, la taupe, la vermine……..qui pullulent de nos jours et causent des dégâts sérieux dans les récoltes et dans les prairies.

                Tous ces utiles destructeurs, privés d’habitat, ont émigré vers les contrées où ils sont certains de trouver le vivre et le couvert.

                Dans la suite, à cause des relations de la population qui augmenta, les princes et les rois ordonnèrent la création de chemins dits royales, et les entretenaient de leurs deniers.

                Généralement, ces chemins se trouvaient dans un état lamentable, par suite des ravins creusés par les eaux de pluie, et parce que les seigneurs négligeaient de les entretenir faute de ressources ou par suite du mauvais vouloir des manants.

                Plus tard, les autorités compétentes multiplièrent les règlements sur l’entretien des voies de communication.  Ils déterminèrent la largeur et la pente des chemins, prescrivaient des visites pour pousser à leur entretien, et stipulèrent des amendes pour punir les négligents et les coupables.

                Nos ancêtres ne connaissaient ni l’utilité, ni les avantages d’une bonne voirie.  Ils se contentaient des chemins primitifs qu’un long usage avait mis à leur disposition.  Leurs attelages suivaient des chemins embourbés, gravissaient les coteaux, dévalaient des collines et passaient les rivières à gué.  Ils ignoraient le nivellement et les travaux d’art.

                Quand la fonte des neiges et les pluies torrentielles avaient détérioré les chemins, les Magistrats et Bourgmestres invitaient les manants à travailler en commun pour procéder à leur réparation.

                Les archives mentionnent - à partir de 1715 - une trentaine de recès de l’espèce et, comme tous ces avertissements sont rédigés dans le même esprit, il serait superflu de vouloir les reproduire.

                La commune était divisée en quatre sections - Sart, Solwaster, Tiège, Arbespine avec leurs dépendances - dont les manants étaient tenus d’entretenir les chemins de leurs circonscriptions respectives.

                A cet effet, le sergent faisait les publications nécessaires pour inviter les chefs de famille à s'assembler en lieu, jour et heure indiqués pour procéder, sous la conduite et la surveillance du bourgmestre, à la réfection des chemins détériores.

                De temps à autre, le lieutenant-gouverneur de Franchimont faisait une visite dans la commune, pour contrôler si les ordonnances pour la réparation des voies extérieures de communication et l’élagage des haies, étaient observées.  Des amendes étaient infligées aux négligeant et aux réfractaires.

                La voirie à l’intérieur des villages, n’était pas mieux soignée.

                Le milieu de ces chemins était réservé aux véhicules, qui devaient franchir de nombreuses fondrières retenant les eaux de pluie une bonne partie de l’année.

                De grosses dalles ou pierres plates étaient alignées sur un des côtés de la voie, pour la circulation des piétons.  Chaque manant se réservait une certaine portion de la voie publique pour joncher le sol d’une couche de paille, de bruyères et d’herbes sèches ; ces matières végétales, étant triturées par les passages des animaux et des véhicules, finissaient par former une espèce de compost nommé ruée (en wallon : des broues) que les propriétaires venaient enlever de leur pavé, disaient-ils, pour la conduire sur leurs champs et pour la remplacer aussitôt par un nouveau dépôt d’herbes sèches.  Ajoutez à cela les flaques stagnantes, brunes et odorantes du purin, qui ruisselait sur la voie, et vous aurez  une idée de la propreté et de l’hygiène au milieu desquelles vivaient nos ancêtres.

                Cette situation se maintint jusqu’au milieu du siècle dernier, époque à laquelle l’autorité commença à se préoccuper des chemins vicinaux, qui ont pris une si grande extension.

                Le point de départ de l’amélioration de la voirie fut la construction de la route de l’État, qui fut décrétée par l’arrête royal du 7 juillet 1844.

                Cette artère fut construite aux frais de l’Etat, avec le concours de la province de Liège, de la ville de Verviers et des communes intéressées : Polleur, Jalhay, Sart et Francorchamps.  Elle devait partir de Verviers, par le vallon de Mangombroux, jusqu’au Trou Hennet (Francorchamps) avec un embranchement jusqu’à Jalhay.

                La longueur totale de la route devait être de 21758 mètres et l’embranchement Mangombroux-Jalhay devait avoir un développement de 7037 mètres.  La construction de cette voie, dont le devis montait à 200.800 francs, fut confiée à Henri Goffard, de Hodimont, et Jean Heutjens, de Bombaye.  Elle traverse le territoire de la commune, du nord-ouest au sud-est, depuis le pont de la Hoëgne à Polleur jusqu’au chemin de la Vecquée, sur une longueur totale de 11 kilomètres.

                D’autres chemins vicinaux sont venus se greffer, nombreux, sur la grand’route, et s’étendent dans toutes les directions pour mettre en valeur les terrains incultes et pour écouler les produits des forêts domaniales et communales.

                La commune est actuellement dotée d’un bon réseau de voies de communication.  Ainsi, outre les 11 kilomètres de la route de l’Etat, la grande voirie comprend un développement de 14 Km pour la route du lac de Warfaaz, par Tiège, à Royompré, et pour celle de Nivezé-Spa par le Thier du Wayai et Sart jusqu’au terminus du Croupet du Moulin.

                Au lot de la petite voirie figurent 25 à 30 kilomètres de chemins étroits mais carrossables.

                Les grands bois sont entrecoupés de coupe-feu, qui sont autant de bons chemins d’exploitation.  Enfin, de nombreuses promenades et sentiers sont aménagés et entretenus dans les forêts pour faciliter la circulation des touristes.

                Pour parfaire le réseau vicinal complet, il reste encore environ 60 Km de routes à créer.  Ce sera l’œuvre des générations futures, car elles doivent savoir que les bons chemins vicinaux sont les plus sûrs moyens d’accroître la force et la richesse publique : partout le nombre et le bon état des chemins sont les signes les plus certains de l’état avancé de la civilisation des peuples.  Plus l’instruction se répand, plus l’industrie et le commerce prospèrent, plus aussi besoin d’une bonne voirie se manifeste.

                Et, pour l’industrie agricole, chacun sait qu’on ne peut cultiver les plantes industrielles ou faire de la culture extensive que là où le cultivateur ne peut pas, en toutes saisons, expédier les produits de sa ferme ou recevoir les matières fertilisantes ou les substances alimentaires nécessaires à ses terres et à ses animaux, là où il n’existe pas de bonnes routes.

                LES VIEUX CHEMINS - Quelques-uns de ces chemins qu’on pourrait nommer Routes militaires ou mieux chemins historiques, méritent une mention spéciale.  Ce sont :

 1) L’ancien chemin qui a été remplacé en partie par la grand’route de l’Etat de

     Verviers à Stavelot, et qui porte, au cadastre, sur tout son parcours, le numéro      

     I, constitue sur le territoire de Sart (11 kilomètres) une portion importante de

     de la voie romaine, qui, de Trèves, menait à Tongres en ligne droite.            

                    Après Saint-Vith et Malmédy, ce chemin passait à Francorchamps,

     coupais la Vecquée près de l’Arbre Charlemagne suivait li Pavèye di Diale,

     menait aux Malades, pour prendre le nom de «voie de Malmédy» puis celui 

     Trô di Leu (où les loups venaient boire passant au Sart, Tiège, Bansions, où

     existe encore un tronçon sous le nom de Trô di Leu, finissant près de la

     maison de Mathieu Ernote, puis passant à Polleur, Bouquette, Verviers,

     Jupille, Herstal et Tongres.

 2) La Vecquée, près de la Baraque Michel, constituait en descendant vers 

     Hockai, avant la guerre, la limite entre la Belgique et l’Allemagne ; puis, en

     ligne à peu près droite, suit le sommet des Hautes Fagnes, où elle formait la

     frontière du marquisat de Franchimont et de la principauté de Stavelot ;

     délimitant ensuite vers le nord les communes de Jalhay, Sart, Spa et La Reid, 

     et, au midi, celles de Malmédy, Francorchamps et la Gleize.

                      La Vecquée forme ainsi un parcours d’environ 30 à 35 kilomètres,

     dans des endroits ayant vue au loin sur toute la contrée, et ne rencontrant que

     de rares maisons isolées.

                      De Malchamps, la Vecquée se dirige vers Vert Buisson,

    Hautregard, Deignez, Louvegnez, Sprimont et, de là, vers Sprimont, Dinant et

    Bavai.

 3) La Via Mansuerisca, citée par Childéric en 667, venait de Surbroodt à la

     Baraque Michel et descendait ensuite dans la forêt de Hertogenwald, vers

     Eupen et Aix-la-Chapelle.

                      Ces routes, à travers les Hautes Fagnes, étaient composées de

    Grillages de troncs d’arbres bourrés de terre et surmontés de pierres plates

    cimentées.

                      On attribue la construction de ces ouvrages au génie civil des

     Romains ; mais Jules César, en parlant des oppida de la Gaule, dit 

     formellement que les murs étaient composés d’assises successives de poutres

     et de pierres.  D’où il faudrait conclure que ces routes sont antéromaines

     (d’après le président Schuermans).

                      Il est certain que les Romains ont parcouru la Via Mansuerisca et 

     la Vecquée, car on y a trouvé des noms romains.  Tous les indices

     s’accordent même pour démontrer que ces routes ont livré passage aux 

     conquérants romains (Schuermans).

 4) Li Paveïe di Diale est un tronçon de la Vecquée conduisant de Baronheid à

     Cockaifagne.

 5) Le chemin de Tiège, par Crotteninfosse, le pont de Staveleu, la fagne, le

     Hatray, Malchamps, La Gleize et Stavelot.  C’était le chemin des Ardennes à

     Verviers.

 6) Le chemin des hotlï est la continuation du précédent, commençant à

     Crotteninfosse, traverse la Large Voie et arrive au fond d’Arbespine pour se

     rendre à Verviers par les Bansions.

 7) Le chemin des Morts servait au transport des défunts de Spa au cimetière de

     Sart dont cette localité, ainsi que Jalhay, dépendait jusqu’en 1571 au point de

     vue religieux.  Ce chemin a conservé son nom à Sart, menant au cimetière

     actuel, ainsi qu’à Spa, pris du château de la Fraineuse jusqu’au boulevard des

     Anglais 

 8) Le Vieux Chemin de Limbourg, allant du château fort de Franchimont à la

     forteresse de Limbourg, tout en reliant ainsi la Hollande à la Lorraine, a servi

     de passage aux nombreuses troupes étrangères sur notre territoire (voir le

     chapitre des Réquisitions militaires), et qui ont occasionné des exactions de

     toutes espèces, dont nos ancêtres ont eu à souffrir pendant deux siècles.  Un

     tronçon de ce chemin existe encore entre la Croix de Tiège et le bois de

     Rasomster, et un autre entre Tiège et Spa dit «la large voie» où le tram

     circulait.

 9) Li voïe di fier commence également à la Large Voie, proche de

     l’Hippodrome de la Platte, pour se diriger vers le maka de Marteau-Spa.

10) Le très vieux chemin qui part de la place de Solwaster, grimpe vers le

      cimetière, traverse l’emplacement des Cromlechs, puis il monte, monte

      toujours, très large et très délabré à travers la fagne jusqu’à la Vecquée,

      qu’il atteint directement vers la 150e borne-limite, près de l’ancien «hêtre

      Vienbiette».

11) Ajoutons à cette liste, le vieux chemin encaissé et en pente rapide, partant

      du Vieux Chêne vers Priesville et remontant vers Arzelier - la Lâtje Voïe

      commençant à la route de Sart (centre) vers Wayai, passant à Arzelier et se 

      confondant avec le chemin du Grand Roquez - la Bassa Voïe depuis la

      Source et puits du Bougnou jusqu’au Stockai - le chemin dit de Tiège,

      commençant à la montée du chemin du Moulin Thorez jusqu’à Solwaster et

      longeant les près dits Fâts pour finir à la route de Parfondbois - la voie de

      Troisfontaines reliant le vieux chemin de Limbourg à la ferme Deblon.                

                Ces cinq chemins donnent une image exacte de l’aspect et de la configuration de tous les vieux chemins existant au siècle dernier.

LES  HAMEAUX  ET  MAISONS  ISOLEES

 1.

Arbespine, 48 maisons

     A la date du 7 mai 1523, les archives mentionnent le fief d’Arbespine.

     Le 19 septembre 1673, Aubespine et Arbespine.

     Aujourd’hui, on dit Arbespine, mot qui correspond à aubépine (alba spina, en

     latin, épine blanche).  On y voit  la source intarissable, dite la Grande   

     Fontaine, dont les eaux gardent toujours le même niveau, soit en temps de

     sécheresse excessive, comme en 1921, soit en temps de pluies abondantes.

     Cette source donne naissance au ru de Chawion.

 2.

Arzelier, 18 maisons

     Le 23 août 1562, on écrivit aux Arseliers et également aux Arseillers.   

     D’après certains archéologues, ce nom dériverait de Arzeïe (argile).  Cette

     explication est quelque peu hasardée, car on ne constate pas de dépôts   

     d’argile dans les environs.

 3.

Bansions, 27 maisons

     Le 22 août 1562, on trouve renseigné  le comble de Bansilhons.  Ce hameau

     est fort disséminé, en pente rapide vers le cours de la Hoëgne.

 4.

Bonair,  2 maisons

     Une de ces maisons se trouve au Passage, au ru des Cramas et l’autre sur la

     colline de Bonair.  Ce nom indique sa situation hygiénique.  Dans le

     voisinage de la vieille route de Trèves à Tongres.

 5.

Chaufour,  3 maisons

     Hameau à l’est de Solwaster.  Ce nom, d’après la tradition populaire, ne

     viendrait pas de l’expression «four à chaux», mais s’expliquerait par la  

     douceur du climat en ce lieu.  Le sol, formé d’une terre douce, légère et 

     friable, est arrosé par la capricieuse Statte, et se trouve abrité contre la bise

      par la haute colline boisée de Magoister.  A cause de sa bonne situation, les

      poules y pondent toute l’année, dit-on.

 6.

Chezette,  1 maison

      Arrosé par le ru de la Chezette, affluent du Chawion, dans un délicieux petit

      Vallon, entre le bois de Lignez et la Heid du Wayai.

 7.

Cockaifagne et Gare, 39 maisons

      et non Cockenfange ou Coquenfange.  Ce nom doit provenir de «Coqs de

      bruyère» qui abondent dans les fanges.  Albin Body, de Spa, a recueilli à ce

      propos le renseignement suivant : «Cockaifagne s’appelait anciennement

      «clocke ès fagne», ce qui démontrerait qu’on sonnait jadis en cet endroit une

      cloche pour guider les voyageurs égarés dans les fagnes». Body trouve cette

      étymologie quelque peu forcée et, en vérité, elle n’est pas justifiée par les  

      documents.

 8.

Croupet du Moulin, 11 maisons

      On dit communément sur les Croupets.

      De ce point, on peut admirer un joli panorama, formé de la superposition de

      six collines.  On dirait une petite Suisse.  Au confluent du ru des Rogneux et

      de la Hoëgne, le vieux moulin abandonné qui était autrefois banal, est situé

      dans un magnifique cadre de verdure.

 9.

Lignez,  3 maisons

      On distingue le hameau et le bois de Lignez. En 1770, on disait Lignezfaaz.

       C’est probablement le radical «Lignum» plus le suffixe é.  Il se peut qu’on y

       ait recueilli du bois de leigne (wallon) ou bois de chauffage. 

10.

Les malades,  4 maisons

      Maison isolée, entourée d’un rideau de verdure et située au sud-est de la

      gare.  Ce nom ne peut provenir que de son voisinage de l’ancien hôpital de

      Cockaifagne.

      Tout proches se trouvent la «la fagne des malades» et la «fagne de

      l’hôpital».

11.

Malchamps,  4 maisons

      A l’extrême sud, M. Schuermans, dans son livre, dit : Il fut question, à la fin

      du 18e siècle, de placer une barrière au chemin de la Vecquée, pour

      percevoir les droits sur les marchandises venant dans l’arrondissement de

      Spa.

      Un arrêté de l’autorité française établit cette barrière à la voïe del Vecquée.

      Les archives parlent du Bâtiment de Malchamps à la date du 23 avril 1789. 

     C’erait-ce ce bâtiment où l’on percevait le droit de barrière, ou bien ce droit

     se percevait-il à la vieille maison «à mon l’câne» qui existe toujours et qui

     porte encore à sa façade la cage vitrée oµ se plaçait la lanterne allumée,

     invitant les voituriers au stationnement ?

     Malchamps se nommait encore indifféremment les Baraques du nord de la

     Vecquée.  Le chevalier Fischbach en 1837 dit que Malchamps, d’abord une

     maison isolée, était devenu un groupe de 8 à 10 maisons, formant le hameau

     des Baraques.

      En d’anciens actes du 16e et 17e siècles, Malchamps ou Machamps porte

      aussi le nom de Brieux,  à cause du voisinage de la Fagne dite Combes et 

      Brieux  (Sart, Œuvres, Ar. 4, acte du 2 août 1630).

      C’est près de la tour d’observation (60 mètres) que fut établi en 1909 le

      premier champ d’aviation d’Europe.

12.

Neufmarteau, 15 maisons

      Anciennement, on y remarquait des mackas pour la fonte et le travail du fer. 

      Puisqu’on dit Nou Martai, il y a eu un Vïx Martai en 1668, à l’époque des

      forges détruites par Charles le Téméraire.  Les deux dernières fouleriez de

      drap, anéanties par le feu, n’ont pas été relevées.

13.

Nivezé, 62 maisons

      Autrefois Nifzé, hameau éparpillé, appartenant aux communes de Sart et de

      Spa, se nommait en 1668 Pouilhons ou Pouhon, à cause de ses nombreuses

      sources d’eau minérale.  Les archives sont muettes sur le motif du

      changement de ce nom.

14.

Parfondbois,  3 maisons

      Dans un délicieux vallon, au confluent de la Statte et de la Hoëgne, ainsi que

      de celui de la Sawe et de la Statte.  C’est dans ce pittoresque vallon que la

      colonie des Etrangers, en villégiature à Spa, organisa des cross-country et

      des drags en 1910 et autres années.

15.

Pont de Polleur,  9 maisons

      Hameau près du vieux pont, dont un parapet est surmonté d’un crucifix en

      fer forgé et l’autre d’une statuette représentant la Vierge portant l’Enfant

      Jésus.

      Un record du 7 novembre 1766 mentionne la réfection de ce pont en pierres

      de taille par les deux communes de Polleur et de Sart.  Une de ces pierres    

      porte une millésime 1767.

16.

Priesville,  9 maisons

      ou ville de priés (prêtres).  Voici ce que le curé Henrard dit dans son vieux

      cahier : En 1660, à mon arrivée, je trouvai Anne, veuve de Melchior Crahay,

      établie à l’hospitalle de Priesville pour y recevoir et loger les pauvres et les

      voyageurs.  Puis, ce fut son fils, Jean Melchior Crahay, qui y continua les

      mêmes soins jusqu’en 1687 ; l’hospitalle jouissait des dons de la

      bienfaisance publique et des revenus des biens des pauvres.

      On disait Pretreville et Presterville en 1830, Presteville et Prestemellée en

      1429, Presmellée en 1483. (1)

      Ces différents noms ont le même terme initial que Priesville, c’est-à-dire

      l’équivalent wallon du français «prêtre» pour signifier «ferme du prêtre, du

     curé» ou bien «verger du curé».

17.

Roquez,  6 maisons

      quelquefois Roquet, dans certains actes de 1616.

18.

Royompré,  9 maisons

      Un record du 19 janvier 1563 dit à la forge de Ryponpreit ou bien

      Reiponpreit - au 10 avril 1618, l’orthographe est changée en Reiompreit et

      puis Reiompré en 1668, qui a beaucoup d’analogie avec le nom actuellement

     en usage.  Cet antique et idyllique hameau, sur la Hoëgne, est le rendez-vous

     des pêcheurs à la ligne.

(1)   Voir les fiefs de Franchimont, par le docteur Tihon.

19.

Sarpay, 10 maisons

      Ce hameau, en forte déclivité, est traversé par le ru du même nom, affluent

      de la Hoëgne.  En un délicieux vallon limité par des collines fort escarpées.

20.

Solwaster, 88 maisons

      Voici la copie textuelle de l’explication donnée par M. Feller, de Verviers,

      dans son livre intitulé «les noms des lieux en ster» Village de la commune de

      Sart-lez-Spa.  Un Adam de Sallewaster est cité en 1308 (Bormans et

      Schoolmeesters.  Cart. de l’Eglise de Saint-Lambert).

      - 1317 : «Adam Salwaster Leodiensis, Leodii IIII° post jubilate

         presentibus……….IIII solidos II chapons supra unam curtem et domum a 

        Stember et supra II bonuaria terre inter Stember et Wervier acquisitos a

        Willelmo Roilewe (= Boilewe ?) pigneur». (Poncelet, Fiefs)

      - 1345 : Salwaster (cœur féodale de Liège, registre 40 folio 97)

      - 1393 : un pré dit fagne d’Oneux à  Solwaster (livre des fiefs, par Tihon.

      - 1435 : «Collar ou Collon de Solwaster (Registre des archives des échevins

        de Liège).

      - 1594, 1618 : Solwaster (cour féodale de Liège)

      - 1789 : Nicolas Salwaster de Wynamplanche à la Reid (cour féodale de

         Liège)

      Faut-il rapprocher de ce nom Salvacourt, dépendance de Hompré (Bastogne,

      Lux.) ou de Sevescourt, dép. de Bras sur Lomme, qui est anciennement

      Silvestris curtis (Kurth, cart. de Saint-Hubert) ; ou l’interpréter comme

      contenant une préposition à la façon de Solistat (Goé dans Kurth) que nous

      décomposons en so-li-stat (sur la Statte) ou à la façon d’un lieu dit sur le

      waster (Jalhay) ou enfin, est-ce un nom analogue au français Sauvestre ou

      Souvestre ?

      Traduction du texte latin ci-dessus énoncé :

      - 1317 : «Adam Salwaster de Liège, le 4e jour après le dimanche Jubilante

      (qui est le nom du 3e dimanche après Pâques) étant présents tels et tels…..

      quatre sous, deux chapons, sur une court et maison à Stembert et Verviers et

      sur quatre bonniers de terre entre Stembert et Verviers acquis de Willelme 

      Roileve, peigneur (Poncelet, fiefs) p. 191.

      Sur le Waster, nom de lieu de la commune de Jalhay, mais sans indication de

      source.  Serait-ce le même nom que Solwaster ? Quoiqu’il en soit, on

      pourrait faire venir le premier, peut-être tous les deux, d’un primitif

      wald-stet, ster du bois, c’est-à-dire établissement à proximité de la forêt ou

      dans une partie défrichée de la forêt. (1)

21.

Spongy, 12 maisons

      Avec 7 maisons comprises dans le relevé pour Arbespine, est situé entre

      Tiège et Arbespine.  Ce nom lui vient de la nature de ses terrains spongieux,

      marécageux.

22.

Station, 36 maisons

      Est comprise dans la section de Cockaifagne.  Ce hameau prend de

      l’extension par la construction de villas et d’hôtels, à cause de la proximité

     de la sauvage vallée de la Hoëgne.  La commune exposera bientôt en vente

     un terrain, divisé en lotissements, destiné à recevoir des édifices modernes.

23.

Stockai,  6 maisons

      Entre Sart et Nivezé.  Près de ce hameau, se trouve la maison isolée,

      Dénommée è l’Amérique.  Vers le milieu du 19e siècle, le propriétaire de

      cette maison, Tho. Gér. Legras, s’y établit après avoir pris part à toutes les

      guerres de Napoléon I.  C’était un homme d’un caractère énergique et

      sauvage.  Il reçut pour cela le surnom de «Américain» et sa maison fut

      appelée «è l’Amérique».  Le nom Stockai vient du vieux français

      «Stocquay» qui veut dire souche.

24.

Tiège, 65 maisons

      Tiège est un nom ancien.  Il y a quelque trente ans, en visitant le musée

      Plantin, d’Anvers, j’ai eu sous les yeux une carte de 1612 par Abraham

      Ortélius, où j’ai pu lire ceci : Sart, Thieg, Tzartze vel Sart.

      Anciennement, quand les habitants de Verviers se rendaient en notre localité,

      ils avaient l’habitude de dire : «Je vais â Tïdje è Sart» pour signifier que le

      Tiège, se trouvant assis sur la voie, doit être atteint avant d’arriver au Sart et

      inversement, les gens du pays de Stavelot et Vielsam disaient : «nous allons

      è Sart â Tïdje»

(1)   Extrait des noms en ster, par Jules Feller, pp. 339 et 352.

25.

Trois Fontaines, 10 maisons

      Sur la grand’route de Tiège à la Gileppe, renferme des sources intarissables. 

      On a trouvé, dans la cour de la ferme Gustave Deblon, les fondations du

      château des Seigneurs de Trois Fontaines.

      Le 2 juin 1723, le prince-évêque accorda à Hubert Lambkin l’autorisation,

      sous  conditions bien stipulées, d’y ouvrir un vivier dans un endroit

      marécageux pour servir d’abreuvoir public et un recès du 2 juillet 1730

      donna ordre au même Lambkin de combler ce vivier.

26.

Wayai, 36 maisons

      Orthographes diverses : Wayai, Weay, Wayaux, Wagos, Wadeal.  Wadeal

      est l’équivalent roman du bas latin «vadellum ou wadelum» ; petit gué, petit

      wez (réservoir).  En 1668, on écrivait Weaulx ou Weaux.  Ce mot

      proviendrait du wallon - waï - marcher dans l’eau.

      Ce hameau est situé près du ruisseau du même nom.

27.

Xhavée,  2 maisons

      En 1380, Xhaiveie, qui signifie chemin encaissé, se trouve au sud-est de

      Solwaster, tout proche du dolmen et des cromlechs, décrits par Harroy.

      Xhavée, comme lieu dit, se retrouve à Stavelot, à Verviers, à Polleur et dans

      beaucoup d’autres localités.  Ailleurs, à la place de Xhavée, on dit Cavée.

28.

Sart-centre, 88 maisons

      Forme l’agglomération autour de la place du Marché et comprenant le

      Coron, le Petit-Sart, le Goffin et le Thier du Vivier.

29.

Heid Depouhon, 14 maisons

      Est le nom d’un nouveau quartier, qui se forme près de Balmoral à cause de

      sa situation sanitaire et du tram qui facilite les communications avec Spa et

     Verviers.  Cette colline élevée domine le lac de Warfaaz et la vallée du

     Wayai, et elle donne une vue admirable, qui s’étend jusqu’au plateau de

     Cockaifagne et au-delà jusqu’à la Baraque Michel.

      C’est l’emplacement choisi par les familles fortunées, qui y édifient des

      villas et des hôtels, pourvus de tout le confort moderne

      Cette agglomération sera le pendant du nouveau quartier, qui est en train de

      se former à la gare.

                LES VIEILLES MAISONS - Elles commencent à disparaître, les vieilles maisons, témoins de la prospérité de la commune au 15e siècle.  Tel est le cas d’un groupe de trois vieilles résidences qui ont été incendiées au Passage en 1910 et sur l’emplacement desquelles s’élève une maison quelconque.

                Des murailles branlantes en pierres moussues ou tapissées de lierre, en partie usées par le frottement des siècles, supportent des toits de chaume.

                De petites croisées à vitres claires semblent refléter le calme et le silence de l’intérieur.  Dans beaucoup, on conserve religieusement les taques en fonte qui, avec les chenets, formaient, l’ornement des foyers des larges cheminées à manteaux.  Ces taques, représentant des sujets curieux, empruntés à la Bible ou à la Mythologie, ont été l’objet de nombreuses recherches de la part des amateurs d’antiquités et de certains châtelains, qui les acquéraient à tous prix pour les faire servir de lambris dans leurs salons de réception.

                Parfois, on y voit encore des armoires et des caisses d’horloge en style Louis XIII, des bahuts, des plafonds à cintre, des alcôves et certains ustensiles de cuisine, qui font la parure des dressoirs et des buffets.

                Parmi ces anciennes maisons, on peut citer : la vieille barrière de Malchamps (à mon l’câne), une taque provenant d’une ancienne maison en torchis à Nivezé, et qui est encastrée dans le pignon de sa remplaçante au bord de la route de Tiège à Spa.  Cette taque, datant de 1570, représente l’entrée d’un château-fort, avec deux gardiens aux côtés, le tout surmonté de la couronne du Roi d’Espagne - une maison à l’Abouvrir, où un vieux fauteuil, placé dans une encoignure, fait face à une alcôve, qui empiète sur le terrain du voisin, et à une caisse d’horloge Louis XIII qui a pour cadre les deux battants d’une armoire, - le châlet-ferme de Maurice Jaspar dans la Rue, et qui fut occupée par le marchand de fer Helman qui, en exécution d’un vœu, avait fait bâtir l’hôpital de Cockaifagne - la maison de Henri Lespire (1616) sur le Marché, qui est un curieux spécimen d’architecture gothique d’après lequel étaient bâties toutes les maisons entourant le Marché, avant le terrible incendie de 1651 - deux groupes de vieilles maisons à Solwaster dont la distribution intérieure les fait ressembler à des casemates - deux maisons au Petit-Sart - une à Royompré - une à Arbespine et plusieurs à Nivezé, sont encore autant de spécimens d’ancienne construction.

                L’intérieur ce ces maisons était celui de la plupart des maisons ardennaises, décrit avec tant de précision par le poète de Dison, M. Adolphe Hardy, dans sa Route Enchantée et qui a pour titre :

INTERIEUR

                J’aime, aux hameaux perdus de ma terre ardennaise,

                Les bons logis pleins d’ombre où l’on gîté à son aise ;

                L’alcôve où, soutenant les ais du plafond bas,

                Saille en angle une poutre, ainsi qu’un très vieux bras ;

                L’Horloge au tic-tac lent, et dont la sonnerie

                Fait trembler le cadran de faïence fleurie ;

                Les pots de cuivre et les fruits mûrs sur le dressoir ;

                La table avec le lait moussu près du pain noir ;

                Et, couché devant l’âtre où flambe un feu de souches,

                Le chien-loup qui vous lorgne en clignant ses yeux louches.

                Mais, peu à peu, dans nos campagnes, le sol se dépouille de sa plus noble verdure : les vieux monuments, les arbres séculaires, car les forêts disparaissent aussi et l’acharnement que l’on met à détruire est une des plus tristes manifestations de l’imprévoyante cupidité qui caractérise notre siècle.

                Il semble que nous ne voulons laisser à nos descendants que de l’or et rien de ce qui rafraîchit le corps et l’âme : l’ombre des bois, la magie des souvenirs.

                Si nous voulons que nos descendants respectent notre mémoire et nos œuvres, donnons-leur l’exemple, en conservant autant que possible les autels, les foyers et les ombrages de nos ancêtres.

                Napoléon I a dit : Il faut avoir, pour les berceaux de nos ancêtres, autant de respect que pour leurs tombeaux.

                LE VIEUX MOULIN BANAL DETROZ - Le vieux Moulin banal, complètement abandonné comme établissement industriel, à cause de son accès difficile, est transformé en une ferme se trouvant au confluent du Ru des Rogneux et de la Hoëgne. Il est situé en un délicieux cadre de verdure.

                Pendant la bonne saison, il est le rendez-vous des pêcheurs à la ligne et des nombreux touristes qui visitent la sauvage vallée de la Hoëgne.

                Quelle différence entre le calme actuel et la vie animée et désopilante des siècles passés, car la banalité de ce moulin doit remonter à l’époque de la féodalité, où chaque bourg avait son moulin banal, son four banal, son pressoir banal……..

                Record donné par les mayeurs et échevins du ban de Sart au sujet des droits de banalité du moulin à farine banal dudit ban, le 24 février 1588.

                Il rappelle un record du même genre rendu le 24 août 1504, lequel se base sur un record de 1476 dont la Cour de Justice conservait alors une copie du 18 février 1554.

                Le record de 1504 atteste les faits suivants :

                Le 10 février 1504, le mayeur de Sart, Linard Stienne, assigne en justice Collette le Chierloc et Isabeau, veuve de Henri Lorette, parce qu’ils ont fait moudre au moulin de Polleur, ayant ainsi méconnu les droits du moulin banal de Sart.

                Les prévenus prétendent qu’ils n’ont en rien forfait, parce que tout masuir aurait le droit de faire moudre où il veut le blé qu’il achète en dehors du ban.

                La justice de Sart alla en rencharge aux échevins de Liège, qui décidèrent qu’aucun masuir n’avait le droit de faire moudre autre part qu’au moulin banal de Sart sans payer mouture, qu’il prenne le blé en ban de Sart ou qu’il le prenne au dehors.

                Cette question de principe étant tranchée, le mayeur de Sart porte encore plainte contre Henri Lorette de Tiège, parce qu’il a fait prendre par violence les sacs de farine qui avaient été saisis et confisqués à la famille Lorette, quand ces sacs avaient été reportés du moulin de Polleur à la maison des Lorette.

                Le prévenu avait même prononcé des menaces de mort contre le mayeur.

                La conclusion de ce second procès n’est pas donnée.  Celui-ci n’est cité dans le record que pour corroborer le fait qu’aucun manant n’est autorisé à enfreindre les privilèges du moulin banal. (1)

(1)   Échevins de Liège, Grand Greffe, Reg. 68, fl. 105.

                Les archives communales révèlent un document du 10 juin 1695 (1) portant que la veuve de Clément Massin, meunier audit ban, réclame contre la taxe trop onéreuse lui imposée.

                Les bourgmestres et magistrats, appréciant le bien-fondé de la réclamation, décident une notable diminution de la taxe.

                Cette pièce montre que le moulin était sous la juridiction du magistrat de Sart.

                A partir du 1er juin 1704 (2) les deux bourgmestres en titre ou leurs représentants se rendaient régulièrement auprès des seigneurs des trois Etats à Liège, pour obtenir de gré à gré ou par hausse l’impôt dit Œil du Moulin.  Cette députation fit chaque année, au mois de décembre, le même voyage jusqu’à la fin du règne des Princes-Evêques en 1794.

                En 1696, le ban payait pour l’œil du Moulin la somme de 1750 florins brabant au profit du Prince.

                Le 14 juin 1705, paraît la publication suivante :

                Les bourgmestres et Magistrats du ban font savoir qu’en suite de la conversion avec les seigneurs des trois Etats de Liège, en date du 10 juin même année, les manants devront payer sur chaque setier de froment et de xhos 15 liards, sur chaque setier de seigle ou regon 10 liards, qui devront être perçus par le meunier.

                Un recès du 28 octobre 1780 (3) rapporte l’examen des plaintes des manants touchant la conduite malveillante du meunier.

                Le Bourgmestre ordonne la possession au moulin d’une balance, poids, pougnaux et mesures scellés, à charge du meunier Depouhon de s’en servir pour donner satisfaction aux manants.

                Le moulin banal est la propriété de la famille Detroz depuis la fin du 18e siècle.

(1)   Arch. com. F 4 num. 21.

(2)   Arch. com. - Reg. I et II, pp. 4, 18, 46, 68…..

(3)   Arch. com. - Reg. 7, p. 119.

                Par acte passé par devant le notaire Simon Colette, de Liège, le meunier Guillaume Depouhon et son épouse Marie Catherine Thomas, cèdent ledit moulin et ses dépendances au sieur Nicolas-Joseph Detroz, jurisconsulte, échevin et greffier de Sart, moyennant une rente viagère de 300 florins brabant et une somme de 1200 florins à titre de dommages et intérêts.

                Ces vieux moulins, au joyeux tic-tac, aux toits moussus, disparaissent insensiblement et se remplacent par des moulins activés par le courant électrique ou par des moteurs à gaz.

                A cette occasion, il ne sera pas superflu de rappeler ici que les taxes sur la mouture et sur l’abattage, établies par le gouvernement hollandais et maintenues malgré les réclamations des Belges, furent une des causes de la révolution de 1830.

                Ces vieux moulins étaient le lieu de rencontre des manants et des désœuvrés des environs, qui y venaient prendre connaissance de la gazette du village.

                L’animation y était grande, surtout le vendredi de chaque semaine, qui était le jour réservé spécialement pour la mouture de l’avoine.

                En ce jour, chaque ménage faisait griller (1) le grain d’avoine dans le four à cuire le pain, et, quand son heure désignée était arrivée, le chef de famille, portant la moulée sur un sorfâ (2) se rendait au pas de course au moulin, car il est constaté que la farine est d’autant meilleure et plus savoureuse que le grain d’avoine est plus chaud avant de passer par la trémie du moulin.

                La farine d’avoine formait la base de l’alimentation des campagnards d’autrefois ; elle servait à la confection des omelettes et des gaufres parfumées et croustillantes qui apparaissaient presque journellement sur la table familiale.

                Au dire des vieilles gens, cette farine, produit naturel, forme une nourriture saine, fortifiante, donnant du nerf et de l’endurance, tandis que de nos jours, les farines ménagères…….

(1)   En wallon, cette opération se dit hoïe.

(2)   Sorfâ = solide pièce de bois de chêne que les cultivateurs placent sur une  

épaule pour soutenir le sac de grain qu’ils portent sur la nuque pour se rendre

      au moulin.

                LE PONT DE POLLEUR – Situé au hameau du même nom, ce pont mitoyen est entretenu aux frais des communes de Polleur et de Sart.

                Un recès du 8 octobre 1766 prescrit au magistrat de Sart de se rendre à Liège pour faire l’acquisition de pierres de taille pour sa construction.

                Une de ces pierres porte le millésime 1767.

                Un parapet est surmonté d’un crucifix en fer forgé, et l’autre porte une statuette représentant la Vierge Marie avec l’Enfant Jésus.

                C’est un pont historique.

1.     Après le sac de Liège par le Duc de Bourgogne, celui-ci se vengea en

détruisant par le feu et par la glaive tout le pays de Franchimont 

Pendant plusieurs jours, les eaux rougies de la Hoëgne charrièrent les cadavres de nombreux Sartois, surpris au milieu de leur travail dans leurs forges échelonnées sur les bords de la rivière.

Philippe de Comines, secrétaire du Téméraire, fait allusion à ce massacre, lorsqu’il écrit dans ses annales que le vieux pont «a été témoin d’étranges choses».

2. Ce fut le chemin des hotlï ou porteurs de hottes, qui venaient des Ardennes, à      

    travers les fagnes, pour se rendre à Verviers, où ils allaient débiter des denrées 

    diverses.

3.     Ce fut la voie suivie par les députés de Sart pour se rendre, au mois d’août

     1789, aux sept séances du Congrès de Polleur, pour protester contre la

     spoliation du Droit dont avait à se plaindre le Marquisat de Franchimont.

4.     Le vieux pont est l’itinéraire suivi par la population de l’agglomération

verviétoise se rendant, pendant des années et par le val du ru du Sarpay, aux

     courses de chevaux du renommé hippodrome de la Platte et, tout

     dernièrement, aux fêtes nautiques du lac de Warfaaz.

5.     Jadis, les passants attrapaient leur lâwe (critique) des ménagères pollinoises

qui, en clignotant des yeux, tiraient la laine sur le seuil de leurs habitations.

Un jour, deux Verviétois s’engagèrent dans ce chemin.  Arrivés au milieu du pont, l’un dit à l’autre : «Nous ne sommes pas «lâwés» c’est bien étonnant !»  Au même moment, une voix partant d’une fenêtre entr’ouverte lui cria en wallon : «Tu es un trop laid diale, sinon tu l’aurais été» .

6.     Actuellement, c’est le titre d’un journal satirique de Verviers, ne paraissant

     qu’à l’époque des élections et dans lequel les candidats de tous les partis sont

     gentiment étrillés.

                LA COUR DU COUCOU - C’est à Polleur que, le 15 août, de chaque année, se célébrait anciennement la fameuse fête de la Cour du Coucou, qui attirait un concours prodigieux de monde.

                Les justiciers s’assemblaient chez leur président ou le chef-marguillier dans le principal cabaret de l’endroit et tout proche du vieux pont, qui sépare les deux communes.

                Aux beaux jours, c’était sur le pont même que le tribunal marotique tenait ses séances, où devaient comparoir les maris trompés, ou battus par leurs femmes, ou trop débonnaires, ainsi que tous ceux qui étaient entachés d’un ridicule quelconque, ou qui avaient commis une bévue drolatique dans le cours de l’année.

                Là, s’établissaient les plaidoyers les plus burlesques.  Les étrangers eux-mêmes, qui y assistaient comme auditeurs, étaient interpellés par des demandes ou des apostrophes souvent obscènes, qui provoquaient des éclats de rire sans fin.

                Les prétendus délinquants étaient condamnés à payer une amende dont le cabaret profitait.  Ensuite, ils devaient monter dans une charrette, que l’on faisait rouler à reculons jusqu’au bord d’une mare à fumier, dans laquelle ils étaient versés et copieusement arrosés.

                LA BÊTE DE STANEUX - Lorsque les habitants de Polleur voulurent se débarrasser de la Bête de Staneux, ils organisèrent une expédition à main armée et ils vinrent à bout du monstre ou du centaure, qui avait son repaire dans le Staneux, qui est une forêt sombre et touffue, s’étendant sur le territoire de plusieurs communes.

                Le centaure était un monstre mythologique dont le buste jusqu’à la ceinture était humain et dont le reste du corps était la représentation d’un cheval.  Les centaures étaient des géants grossiers, brutaux, couverts de poils, menant une vie sauvage dans les bois et dans les cavernes, et adonnés au vin et aux ivresses bestiales.

                Un seul Pollinois avait refusé de prendre part à l’expédition pour l’attaque de la Bête : c’était un tout frais marié ; il lui parut trop dur de quitter l’épousée de la veille pour aller lutter contre le redoutable minotaure.

                Pour le punir, les autres Pollinois, au retour de leur triomphe, vinrent s’amuser à ses dépens.  Après l’avoir charivarisé, ils l’arrachèrent de son habitation et le plongèrent, à plusieurs reprises, dans l’eau au pont, et il fut décidé de perpétuer cette exécution chaque année : le dernier marié de la saison était désigné chaque fois pour expier la faute d’un de ses prédécesseurs et pour lui rappeler qu’il devait user de son pouvoir marital pour ne pas subir le même sort que les héros du jour, cités à comparaître à la Cour du Coucou.

                Telle est l’origine de cette fête.

                A cette solennité, présidait l’image de la Bête de Staneux.  C’est un tableau peint sur toile, d’assez grandes dimensions et portant sur le bord supérieur «Anno 1742».  Il représente un centaure, moitié homme et moitié cheval, avec une longue queue de lion.  La tête est ornée d’une abondante chevelure ; le buste représente la conformation d’un homme bien développé, tenant un arc dans la main gauche, et une flèche dans la main droite.  Il n’a cessé de figurer en public qu’en 1789, lorsque la fête du Coucou fut supprimée par le congrès de Polleur.  De temps immémorial, il était soigneusement conservé dans l’église paroissiale de Polleur ; c’est seulement depuis environ quatre-vingt-dix ans que le curé l’en a fait sortir.  Ce tableau est aujourd’hui la propriété du Bourgmestre, M. Félix Deblon.

                Mais, quelle est cette Bête de Staneux dont l’origine est inconnue, et qui, peut-être, remonte au temps des druides ?

                Il semble qu’on ait voulu représenter sous cette forme la déesse des Ardennes, nommée Ardoïna.

                Quoi qu’il en soit, les habitants de Polleur prétendent que la cérémonie de la fête de la Cour du Coucou, à laquelle figurait le tableau du centaure, se pratiquait en commémoration de la victoire que leurs ancêtres auraient remportée sur un monstre séjournant dans la forêt, et qui désolait la contrée : victoire qui lui avait donné des droits sur la forêt voisine.

                Un record de 1691 des archives de Theux renferme un jugement de 1476, disant que Franchimont, Marché et Theux avaient droit à la forêt.  Mais, il est ajouté en note : «que les habitants de Polleur, dépendance de Theux, prétendent aussi avoir droit audit Staneux et, effectivement, ils en jouissent pour avoir, à ce que dit la légende, tué une beste dite de Staneux».

                Capture de la «Bête de Staneux», d’après la légende pollinoise.

                        Une prime avait été offerte à qui délivrerait le pays du monstre ; il en fut de même pour le Doudou de Mons, tué par Gilles de Chin.

                Un cordonnier réussit à la gagner.  Il construisit une botte géante, qu’il emplit de poix (harpiche).  Il prit aussi une botte ordinaire et les emporta toutes les deux dans le Staneux.  Dès que la bête arriva près de lui, il s’assit et enfila sa botte, la petite.  La bête, douée de l’instinct d’imitation, enfila la grande, dont elle ne parvint plus à se débarrasser.  Des chasseurs purent alors en venir à bout, car elle ne pouvait plus galoper comme par le passé.

                On raconte encore à Polleur une autre légende d’un autre animal terrible, séjournant dans ce même bois de Staneux.  C’était un serpent énorme, vert, chevelu, qui se tenait dans les branches d’arbre et qui se jetait sur les passants pour les dévorer.  Un soldat, revenu de la guerre, en débarrassa le pays : il tint son épée, pointe en l’air, et la bête s’embrocha en se laissant choir sur l’homme.

                  L’HIPPODROME DE LA PLATTE - Parmi la grande variété des sports qui figurent aux dernières pages des journaux, l’hippisme occupe une place prépondérante, à cause de son antiquité et à cause de l’ardeur et de l’animation qui se manifestent sur la piste d’un hippodrome.  Car le cheval, par son intelligence, son port majestueux et son allure altière, est et restera toujours le compagnon fidèle et aimé du campagnard comme du citadin, dont il partage les travaux et les distractions.

                L’hippisme a une origine illustre : il remonte à Hercule, tout simplement.  La légende raconte que le dieu de la force et des exploits, entre deux travaux, organisa quelques séances de lutte à Olympie, petite bourgade de la Grèce ancienne et que la tradition s’en perpétua si bien que, l’an 884 avant J.C., Iphitus, roi du pays, en établit officiellement la périodicité : ils auraient lieu de 4 en 4 ans, au solstice d’été et dureraient 3 jours.

                C’est de là que vient le nom de Jeux Olympiques que les pays de l’Europe actuelle se disputent l’honneur de recevoir, tous les quatre ans, les disciples de la Force et de l’Adresse.

                Le stade d’Olympie possédait un hippodrome, mais on n’y connaissait pas les émotions des paris.  C’était la beauté du Sport et la passion du cheval, qui soulevaient l’enthousiasme des grecs.

                Avant d’arriver au but, le cavalier sautait à terre et suivait le cheval.  ……..des réunions hippiques est si profondément ancrée dans nos mœurs que de nombreuses localités possèdent un hippodrome et il faut croire que l’amour du cheval doit être une passion bien indomptable, si l’on juge par l’affluence des curieux, qui sont attirés sur les champs des courses.

                Pendant longtemps, l’Angleterre eut le privilège de procurer à son peuple ce plaisir éminemment populaire des courses aux chevaux.  Dans le principe, les prix en Angleterre consistaient d’ordinaire en une cloche de bois ornée de fleurs, remplacée d’abord par une clochette d’argent, puis sous le règne de Charles II vers 1680 par une coupe d’argent.

                Bientôt, la renommée de ces réunions finit par se répandre dans d’autres contrées, et c’est ainsi que la commune de Sart a eu l’honneur d’avoir en 1773, la première course de chevaux organisée sur le continent européen.

                En France, elles eurent lieu en 1776.

                Ce fut un club de Lords anglais qui établit le 31 août 1773, les premières courses sur l’hippodrome de la Platte.

                Il se fit ce jour trois courses de quatre chevaux anglais, montés par des palefreniers.  Le prix de la course était une bourse remplie de pièces d’or, due à la générosité de quatre seigneurs.  Pour remporter le prix, il fallait gagner deux courses sur trois.

                Le même jour, il y eut un prix de dix louis d’or pour trois courses à faire entre les chevaux (bidets) de paysans.  Pour remporter ce prix, il fallait également gagner deux courses avec le même cheval.

                Comme de nos jours, on distribuait le programme des courses, comprenant les noms des propriétaires, les noms de chevaux et ceux des cavaliers, revêtus d’habits de couleurs différentes.

                Ce fut le cheval L’Essex, appartenant au major Baggs, qui remporta la victoire.

                La Gazette de Liège du 11 septembre 1773 donne un long compte-rendu de cette première course, ainsi que de celles des années suivantes et qui étaient des plus brillantes, tant par le nombre de personnes de distinction qui y assistèrent que par la manière dont elles étaient organisées.

                En 1786, quelques difficultés surgirent au sujet des courses.  Les Bourgmestres de Spa, ayant été accusés de mauvais vouloir, durent se disculper.  A la suite de ce différend, les organisateurs des courses s’adressèrent aux autorités de Sart et, le 20 avril 1786, un club de Lords anglais et de Seigneurs d’Aix-la-Chapelle obtinrent de l’édilité sartoise l’aliénation d’un terrain en lieu dit «La Platte» pour y pratiquer une piste propre à faire des courses aux chevaux.

                Le 21 août, l’assemblée des manants, réunis à la Halle de Sart, décida de louer, pour un terme de neuf ans, 80 bonniers de la Platte, à raison de 8 florins par bonnier et par an.  Cet arrangement fut ratifié par les autorités compétentes et, le mois suivant, le terrain de la Platte, convenablement aménagé, fut livré à sa nouvelle destination.

                Le club anglais trouva probablement le champ trop étroit, car, par supplique du 15 janvier 1787, les magistrats de la communauté sartoise demandèrent au prince-évêque de Liège d’échanger 6 à 7 bonniers à prendre d’en l’Sart et appartenant au prince, contre une surface équivalente à céder dans un autre bois communal, joignant les biens du Prince.

                Cette demande fut agréée, et l’hippodrome se trouva ainsi avoir une superficie de 86 bonniers ou environ 75 hectares.

                Il fallait un véritable hippodrome au sol élastique et non un sol où les chevaux barbotaient dans la boue, les jours de pluie, et s’enlisaient dans la poussière, les jours de soleil.  Tout cela se trouva réuni, à point nommé et comme par miracle.  La nature du terrain à sous-sol perméable, sa disposition particulière en forme d’un vaste entonnoir, la jouissance de belles perspectives, en forment l’hippodrome le plus beau de l’Europe.

                Il résulte donc de cette notice que les premières courses de chevaux du continent européen ont eu lieu sur le territoire de la commune de Sart en 1773.

                Nous tenons à renouveler la citation, à cause de la velléité que la Capitale a eue dernièrement de nous disputer cet honneur.

                Ces réunions hippiques se sont données sur la Platte régulièrement et sans interruption jusqu’au mois de mai 1914.  Chaque journée de courses était le prélude d’une foule aussi nombreuse qu’élégante, qui arrivait par tous les moyens de locomotion, depuis les équipages de la Cour jusqu’à l’humble bicyclette.

                Par l’éclat d’une réunion en plein air, la fraîcheur d’un cadre de verdure, le grand nombre de spectateurs, l’élégance des toilettes, surtout la beauté des chevaux engagés dans la lutte, le bariolage des couleurs, l’élan de la vitesse, l’émotion qui s’empare de toute l’assemblée, les courses sont un des tableaux les pittoresques et les plus séduisants de la vie moderne.

                En 1904, la société de Spa-Extensions avait loué l’hippodrome pour un terme de 18 années, et elle y établit une plaine pour le jeu de golf, si recherché par la colonie des Anglais.

                En mars 1918, la garnison des troupes britanniques, installées à Sart et à Spa, organisa sur la Platte trois journées de courses pendant lesquelles les belles coupes, offertes par les Alliés, furent ardemment disputées par de fringants coursiers, montés par des officiers.

                En novembre 1922, l’administration communale a cédé le même terrain pour un terme de 30 années et pour la somme annuelle de 10.200 francs, à une société, constituée à Bruxelles, pour y faire diverses réjouissances sportives.

                L’HISTOIRE IDYLLIQUE D’ANNETTE ET DE LUBIN – Le Dr. Bovy, dans ses Promenades historiques à travers le pays de Liège, rapporte que l’hippodrome actuel fut l’emplacement de la cabane occupée par Joseph Dewalt et Marie Schmitz, enfants de deux sœurs, nés à Nivezé-Sart.  Restés orphelins dès l’âge de douze ans, ils habitèrent la même chaumière, sans se douter que le sentiment qui les unissait avait quelque chose de répréhensible.  Toute leur richesse était une douzaine de chèvres qu’ils gardaient ensemble dans la montagne du Sart.  Pendant la bonne saison, ils vendaient le lait aux étrangers à Spa et, pendant l’hiver, ils le convertissaient en fromage.

                En plus, en été, Marie vendait la petite fraise parfumée des bois, en même temps que de petits balais que Joseph confectionnait pendant toute l’année.

                Ces revenus suffisaient au milieu de leur solitude.

                Marie était une brune piquante.  Joseph était un beau garçon qu’on aurait pris pour le sylvain de ce lieu.

                Leur vie solitaire fut une continuité de bonheur et de jouissance, qui prit une fin aussi brusque qu’inattendue.

                Enfants de la nature, ils en suivaient les impulsions.

                Un Lord anglais, grand amateur de promenades champêtres, avait conçu le plus vif intérêt pour ces deux enfants abandonnés.  Mis au courant de leur fâcheuse position, il vint à leur secours.  Leur histoire idyllique devint la nouvelle parmi les nombreux étrangers de Spa ; tous voulurent concourir à l’entretien et au bonheur du jeune couple, qui avait été uni par une dispense spéciale du Pape Benoit XIV vers 1750.  Après leur mariage, leur cabane fut rebâtie et visitée par les généreux Bobelins.

                Leurs noms de Marie et Joseph étaient trop vulgaires ; on y substitua ceux de Annette et Lubin.

                Les nouveaux époux vivaient heureux et contents au sommet de leur montagne, quand un Français, de séjour à Spa, spéculant sur leur célébrité, «les engagea à aller à Paris, où ils furent produits dans les promenades, les salons et les spectacles ; ils se montrèrent au théâtre des Italiens, un jour qu’on y représentait l’opéra qui porte leur nom».

                Annette et Lubin revinrent au pays natal, possesseurs d’un joli magot.  Mais Lubin, habitué à la vie facile de la grande ville, se laissa aller à la fainéantise, et, bientôt l’inconduite prit la place de l’habitude du travail.  La tradition rapporte qu’Annette retourna dans la brillante capitale, où elle continua à vivre au milieu des séductions diverses.  Elle abandonna complètement Lubin, qui l’oublia à son tour, reprendre sa vie vagabonde.

                Après quelques années, Lubin était redevenu l’homme sauvage des bois.  Il vécut solitaire dans une cabane élevée sur l’hippodrome actuel de la Platte, et, après sa mort, il fut enterré au cimetière de Sart.

                Les noms d’Annette et Lubin sont très populaires à Spa ; ils sont conservés pour servir d’enseigne à un hôtel moderne, qui se trouve au pied de Spaloumont.

                LE LAC DE WARFAAZ - Au confluent du Soyeuru et du Weay, se trouve le lac de Warfaaz, d’une étendue de 5 hectares.  Ce lac artificiel a été creusé pour l’évacuation des eaux croupissant dans le lit du Weay, et qui pourrait contaminer la salubrité de la ville de Spa.

                Pendant la saison, cette pièce d’eau est fréquentée par les fervents des réjouissances nautiques qui se clôturent souvent par des fêtes de nuit..  Alors, la colline Depouhon, illuminée par des milliers de lampions et par des feux d’artifice, offre un cadre unique et vraiment féerique.

                A deux cents mètres du lac de Warfaaz, se trouvent trois sources d’eau minérale renommées : la source Marie-Henriette, qui a un débit de 300 mètres cubes en 24 heures et dont les eaux alimentent l’établissement des Bains de Spa.  Dans une propriété voisine de cette source, il s’en trouve une autre, très abondante, dite source de Warfaaz, donnant une eau excellente.  Une troisième source, bien captée, nommée Pouhon du Duc de Wellington, donne une eau délicieuse et livrée au commerce sous le nom de Eau Royale de Spa.

                Dans les environs de ces trois Pouhons, sourdent plusieurs autres sources d’eau minérale, dont tout le bassin du Weay est imprégné.

                Nombreux sont les endroits, dans les campagnes voisines, où il n’y a pas de trace de végétation et montrant des taches brunes de terre ocreuse.  Ce sont des mofettes, produisant fréquemment des exhalaisons d’acide carbonique.  Ces dégagements sont fréquents, surtout aux jours de brusques changements du vent.  Ils sont aussi mortels, au point que, dans certaines habitations de Nivezé, les personnes doivent se faire précéder d’une bougie allumée et attachée au bout d’un bâton, quand elles veulent descendre dans la cave.  Si la flamme de la bougie vacille, ou qu’elle s’éteigne brusquement, il y a danger d’asphyxie pour l’imprudent qui voudrait s’aventurer dans le sous-sol.

                MALCHAMPS ET SA TOUR - Situé à l’extrême limite méridionale de la commune, le hameau de Malchamps occupe une altitude de 575 mètres.  En ce point culminant, la ville de Spa fit élever une tour en bois, de soixante mètres, et qui faisait pendant au signal géodésique de la Baraque Michel, et à celui de Botrange.

                C’est près de la Tour de Malchamps que fut établi en 1909 le premier champ d’aviation d’Europe et où, en présence d’une multitude de curieux, les primitifs monoplans et biplans prirent leurs timides envolées.  La ville de Spa a aménagé, sur cette éminence, un vaste stand pour le jeu de golf.

                Chaque année, la grand’route de Malchamps est le rendez-vous des amateurs de motocyclettes et d’automobiles, qui y viennent se disputer les prix de souplesse et de vitesse, que la société internationale automobiliste met à la disposition des coureurs.

                LA LEGENDE SUR NOM SPA - A propos des pouhons susmentionnés, il nous est agréable de reproduire la légende relative à l’origine et à la signification du nom de la ville de Spa.

                Il existait anciennement à Arbespine-Sart, une famille, dont le chef portait le nom de Depouhon.  Cet homme était réputé un savant de l’époque, par suite des études supérieures qu’il avait faites.  Il avait dû abandonner celles-ci, à cause de l’état précaire de sa santé.  Dans ses nombreuses promenades à travers monts et vaux, il s’amusait à rechercher et à cueillir des plantes, dont il faisait des tisanes pour se rétablir.

                Dans une de ses excursions, il trouva, en un vallon délicieux, une source, d’où l’eau jaillissait en lançant des bulles légères, qui venaient crever à la surface.

                Accablé par la chaleur, Depouhon but quelques gorgées de cette eau, et il lui trouva un goût caractéristique.

                De retour à sa maison, il fit part à sa famille de sa découverte, et il raconta avec force détails le goût particulier que cette fontaine recelait.

                Il y retourna le lendemain et, pour retrouver plus facilement la source, il planta sur le bord on pâ (un pieu).

                Cette fontaine devint le but de sa promenade favorite.

                L’usage continu de cette eau bienfaisante amena une diminution de ses douleurs stomacales et une augmentation de forces.  Quand ses voisins le virent partir en excursion dans la vallée, ils se dirent : «Voilà Depouhon qui va à s’pâ (à son piquet)».  Cette locution a formé le nom de la ville de Spa, d’après la légende locale.

                LES FORETS - Les bois couvraient la plus grande partie du territoire, et, aux origines, les premiers occupants y trouvaient les matériaux propres à construire leurs chaumières, le bois de chauffage et la nourriture de leur bétail.  Quand la propriété fut individualisée, les seigneurs, à qui de vastes possessions furent concédées en bénéfices durent respecter les droits acquis par la population, en vertu d’usages séculaires.

                La plus ancienne pièce, dans les archives du Sart, relative aux forêts, date du 24 décembre 1551.  Il a existé auparavant de vieux records dont les archives ne font nullement mention.  Par mandement de cette date, le prince-évêque, Georges d’Autriche, voulant mettre fin aux nombreux dégâts qui se commettaient dans les forêts, édicta des peines et des amendes très sévères contre les délinquants. (1)

                Cette pièce intéressante, mais très détaillée, prescrivait en même temps de sages mesures pour la conservation du patrimoine forestier.

                Celui-ci, beaucoup plus étendu que le nôtre, comprenait surtout des arbres à essence feuillue, parmi lesquels on remarquait les chênes séculaires, comme en témoignent les vieilles maisons des 16e et 17e siècles.

                Leurs charpentes et leurs bâtis étaient formés de troncs de chênes entiers, qui leur donnaient une solidité à toute épreuve.

                De nos jours, les conifères abondent dans nos forêts.

                Celles-ci formaient l’une des principales ressources de la communauté, et un des plus intéressants objets de l’économie politique d’un état, comme le constate l’ordonnance épiscopale du 3 juin 1771.

                Les archives relatent qu’à partir de 1694, de nombreuses nominations et démissions de forestiers ; de fréquentes coupes et ventes de bois, de taillis et de litières, ainsi que l’autorisation, pour chaque manant, d’enlever annuellement une charretée de bois mort.

                Pour mettre un terme aux différends et procès pendants entre la Haute Cour de Justice de Liège et les manants de Sart, le prince-évêque Ferdinand, sous la date du 14 octobre 1624 (2) fit un accord et transaction avec la communauté, concernant les forêts situées en son ban.

Ce document, trop long pour être reproduit ici, trace les limites des bois partagés en deux parties égales.  Il énumère ensuite les principaux droits des manants, à savoir : ils peuvent nommer des forestiers et faire des règlements spéciaux pour leurs bois ; les délinquants sont jugés par la Cour de Justice de Sart et non par la Haute Cour de Liège ; ils ont le droit de passage dans les bois du prince ; ils leurs est permis de laisser pâturer leurs troupeaux dans les vieux taillis ; ils peuvent ramasser des glands, arracher des épines et les arbres portant fruits pour les replanter dans leurs héritages ; ils ne peuvent bâtir des maisons pour herdiers ou nourçons qu’à la distance de cent verges petites des bois, etc…etc

(1)   Arch. com. - F. 1, num.  1 et  2

(2)   Arch. com. - F. 1, num. 46 et 50

                Dix forêts furent soumises à la répartition ; c’est ce qui explique que partout où il y a un bois communal, il existe ou a existé une forêt domaniale.  Exemples : Hatray communal et Hatray domanial - Roslin communal et Roslin domanial - Hoëgne communal et Hoëgne domaniale.

                Chaque année, la commune fait une importante coupe de bois de haute futaie, de taillis et de raspe, qui occupe la population pendant une bonne partie de la morte saison.  De même, chaque printemps, le service forestier ordonne et surveille le reboisement des fagnes et terrains incultes, qui améliorent le climat et l’assainissement des eaux.

                LE MORT BOIS - Par d’anciennes conventions (1) les habitants et le gouverneur de la ville de Limbourg avaient obtenu le privilège d’aller couper le mort bois (la charmille, l’orme, l’aune, le frêne, ….. il n’y avait que le chêne réservé) dans les forêts du marquisat de Franchimont.

                En compensation de cet avantage, les Franchimontois étaient exempts de l’impôt nommé tonlieu (2) dans le duché de Limbourg.

                Mais, par une convention postérieure à 1584, le privilège du gouverneur de Limbourg fut aboli au moyen d’une gratification annuelle, qui fut fixée à trois cents écus de Liège.  De ces trois cents écus, le prince-évêque, à titre de ses forêts franchimontoises, devait en payer deux cents.  Le surplus devait être acquitté par les bans de Theux, Spa, Sart et Jalhay.

                Les habitants de Verviers jouissaient du même privilège.  Ils pouvaient couper ou faire couper, à leur gré, du mort bois dans toutes les forêts du marquisat, soit qu’elles fussent la propriété du prince ou des autres communes ; s’il se trouvait de cette espèce de bois qui eût été coupé par d’autres que par eux, ils avaient le droit de s’en emparer.

                Il est permis de croire que cette jouissance donna lieu à des abus.

                A la suite de deux protestations provoquées par les manants de Sart, assemblés à la Halle, et approuvées par les autres bans, ce droit en faveur de Verviers fut aboli, comme le prouve le recès du vol. 7 p. 154 des archives.

(1)   Voir hist. du marq. de Franchimont, par R.J. Detroz, pp. 82…97

(2)   Tonlieu = taxe correspondant aux droits de douane.

                LES ARBRES REMARQUABLES

1.   Le Vieux Chêne se trouve tout contre le mur du cimetière qui entoure l’église : il semble être le gardien des tombes de ceux qui sont disparus.

Ce chêne et son voisin, le Perron, sont les plus anciens citoyens de Sart : ils ont été les témoins de milliers de baptêmes, de mariages et d’enterrement.

Le Vieux Chêne, propriété de la commune, a une circonférence de 5 m. à 1 m. 50 du sol ; son tronc sans branches et de 3 mètres et sa hauteur totale est de 9 mètres.  On peut dire avec le bon La Fontaine : 

                  Celui de qui la tête au ciel était voisine

                  Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

Il est entièrement creux.  L’intérieur a été complètement carbonisé par une famille de Bohémiens qui, profitant d’une cheminée naturelle, y avaient installé leur pot-au-feu pour préparer le repas du soir.  Malgré ce vide énorme, il reverdit chaque année et, chose extraordinaire, son feuillage est de deux tons.

Le Vieux Chêne est un objet de vénération pour toute la population.

Sa majestueuse ramure est reproduite par les cartes vues historiques, dont Sart-Attractions a pris l’initiative.

2.   L’Erable du parc Detroz est remarquable par sa haute stature.

                3.  Le hêtre du bois Braibant près de la maison Hilgers, au Croupet, a  

                     une circonférence de 3 m. à hauteur d’homme.

                4.  Le chêne de Ronfays, dans le bois de Hatray, proche des Malades,            

                     est d’une végétation vigoureuse et d’une hauteur de 10 mètres.

                     C’est près de ce chêne que, fin octobre 1903, M. l’avocat Albert    

                     Bonjean, de Verviers, a procédé à des essais d’accommodation   

                     botanique qu’il est intéressant de rappeler ici.

                     Après avoir extrait avec précaution de la lande de Genck, près de

                     Hasselt, des pousses de myrica, ce myrte parfumé de la

                     sablonneuse Campine, Bonjean les a replantées dans la fagne de

                     Sart, au bord et à droite du chemin qui part du carrefour au-dessus 

                     de la gare et se dirige vers la Vecquée.

                     En mars 1904, il a eu le plaisir de constater que les myricas

                     s’étaient parfaitement acclimatés dans leur nouvelle station, et

                     qu’ils promettaient de donner des fleurs.

                     Fin octobre 1905, M. Bonjean a recommencé l’expérience, et il a

                     planté des myricas et des bruyères cendrées (erica cinerea) dans un

                     champ marécageux de Baronheid, le long de la Vecquée, entre

                     Cockaifagne et Malchamps.  Le 31 mars 1906, ces myricas étaient

                     en pleine floraison.

                5.   Le chêne al Bilonze, dans la fagne de Malchamps, à la commune,

est d’une végétation peu vigoureuse.  Il mesure 9 m. de hauteur et 2 m. 50 de circonférence.

Il paraîtrait qu’il servait de potence pour les condamnations à la pendaison que prononçait la Cour de Justice du Sart.

                6.   Le hêtre Vinbiette.  Le traité de délimitation de 1816 indique les

                             principaux points reconnus comme limitrophes : Chêne, Hêtre,

                             Vinbiette, Croix-le-Prieur, Fontaine Périgny.  Les délimitations du

                             cadastre  disent formellement que la limite est à un «hêtre, appelé

                             vulgairement le hêtre Vinbiette.»

(Dessin à la plume : le hêtre Vinbiette,

d’après Marcette de Spa)

                     Il faut croire que le Chêne est le Chaineux qui est précisément 

                     placé plus bas dans la Visitation des limites de Sart faite par

                    Valvasoni en 1744 ; un acte de la Cour de Justice de Theux du 22

                    août 1562 (1) nous parle d’ailleurs du «Chaineux de Hocquea»

(1)   Grand greffe, A. 321 p. 19

                     Le hêtre Vinbiette était à la borne 150 et à 2.200 mètres de la

                     Baraque Michel.  Ce hêtre a été abattu par la foudre ; mais, dans

                     son vieux tronc, on avait planté un sapin : il était si pittoresque

                     qu’il a tenté le crayon de M. Marcette, l’artiste spadois. 

                     Malheureusement, cette plantation originale était devenue l’objet

                     d’un acte de vandalisme, le sapin en partie écorcé, était à moitié

                     mort en 1886 ; le dessin ci-contre fut pris en 1872. (1)

                7.   Le chêne rustique, dans la vallée de la Hoëgne, à la commune, est

                     dépérissant.  A 2 m. de hauteur, ses branches principales prennent

                     une direction horizontale et, à partir de ce point, elles forment une

                     espèce de fauteuil que veulent occuper les nombreux touristes de la

                     sauvage vallée .

                8.  Le Rond Chêne, dans le bois de Houssé, se distingue par 

                            l’élégance de sa forme, à défaut du caractère d’antiquité qu’ont les

                            arbres précédents.  Le sentier du Dolmen au Rocher de Bilisse,

                            passe sous ce chêne.

9.   Les sept Chênes dits les 7 frères Macchabées, près de la maison forestière de Gospinal, à l’Etat, sont d’une végétation vigoureuse.  Plantés en rond, ces 7 chênes ont, à 1 m. 50 du sol, une circonférence de 7 mètres. Le diamètre du sol ombragé par les premières branches est de 22 mètres.  L’intérieur est un vide circulaire, laissant voir le ciel azuré.  La croissance annuelle a soudé ces chênes en un seul jusqu’à une hauteur de 50 centimètres du sol.

Vers 1870, le propriétaire du domaine de Gospinal aimait à se placer à l’intérieur des chênes, et, là, il recevait les personnes qui venaient le consulter pour des questions juridiques en litige 

Ces chênes présentent encore une autre particularité 

En septembre 1904, les conseils communaux de Sart et de Jalhay, assistés des agents des services voyer et forestier, tinrent une séance officielle sous leur ombrage pour décider la création d’une route devant relier les deux commun.

(1)   d’après Schuermans.

10.   Le hêtre de Rondfahay, dans le bois des Rus, à mille mètres de la Vecquée, est tout couvert de nodosités et est d’une végétation languissante.  Ce hêtre trifide a beaucoup souffert de l’incendie de la fagne en 1911.  Résistera-t-il aux morsures du feu qu’il a dû subir ? Dans la négative, l’autorité compétente fera planter, tout autour, un cercle de jeunes hêtres qui feront honneur à l’ancêtre et qui en perpétueront le souvenir pendant longtemps.

11.   Les douze apôtres.  En face de l’ancien hôpital de Cockaifagne, se trouvent  douze hêtres servant de limites aux propriétés.  Ces hêtres, surnommés les douze apôtres, aux troncs caverneux et rabougris et de formes fantastiques, semblent avoir été les témoins des actes d’hospitalisation et des drames qui ont eu lieu anciennement dans ces parages si déserts.

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