C h a p i t r e  II  

Aspect général

 

                Transportons-nous par la pensée sur le plateau de Cockaifagne - en amont de la gare - près du vieux chemin dit «Pavé dè diâle » 539 mètres d’altitude, et nous aurons l’occasion de jouir de la vue d’un immense panorama de plusieurs lieues carrées.

                C’est d’abord, vers l’est, la grande Fagne, morne et désolée, étonnée de l’unique toit rouge de la Baraque Michel, annonçant aux touristes que des êtres humains vivent dans cette solitude.  De la Baraque, l’excursionniste peut rayonner vers Malmédy, le camp d’Elsenborn et l’antique village de Sourbrodt dans les environs duquel il pourra découvrir et lire les inscriptions des Croix et Pierres historiques, qui ont servi à délimiter les territoires du Marquisat de Franchimont, des duchés de Limbourg et de Luxembourg et de la principauté abbatiale de Stavelot-Malmédy.

                Au Nord, c’est la pente rapide vers l’étroite et encaissée vallée de la Hoëgne, les masses verdoyantes dans lesquelles nichent le village de Solwaster-Sart, ainsi que ceux de Charneux et Surister - dépendances de Jalhay - puis la ligne de démarcation entre le bassin de la Hoëgne et celui de la Vesdre.

                Au-delà de la vue, s’étend sur le plantureux plateau de Herve, traversé par la ligne ondulée des arbres qui bordent la route de Liège à Aix-la-Chapelle.  En de ça, on devine l’agitation fébrile de Verviers et de ses environs, dont on croit percevoir le bourdonnement des filatures de laine.

                Vers l’ouest, se dessine le creux de la vallée du Wayai, plus ou moins parallèle à celle de la Hoëgne, mais plus large que celle-ci.  Cette vallée est limitée au sud-ouest par les hauteurs de Creppe et de Bérinzenne (Spa) et celles de Haut-Regard (La Reid).  Aux confins de l’horizon, les montagnes s’escaladent tels des escaliers géants entrant dans les nuages qui enveloppent les sommets dominant de la vallée de l’Amblève.

                A l’extrême limite, se montrent de vastes cônes noirs : ce sont les terrils du Hazard et d’Ougrée-Marihaye, dont les fumées annoncent les nombreuses usines de l’agglomération liégeoise.

                Au sud, se dessine une nouvelle succession de collines étagées, encaissant les vallées de l’Eau Rouge, de la Warche et de l’Amblève où les horizons se confondent tout là-bas avec le ciel.

                Au milieu de cette immense ceinture de collines boisées, on aperçoit le plateau occupé par le village de Sart-centre où l’on devine des bouts de rubans blancs qui sont des routes plongeant dans les vallées pour relier Sart aux communes limitrophes : Francorchamps, Spa, Polleur, Theux, Heusy et Jalhay.

                BORNES - La commune est limitée au nord par la commune de Jalhay ; à l’est, par celle de Malmédy ; au sud-est par Francorchamps ; au sud par la Gleize ; au sud-ouest par Spa ; à l’ouest par Theux, et au nord-ouest par Polleur.

                La Hoëgne et son sous-affluent la Sawe la séparent de Jalhay.  Le chemin de la Vecquée fait la séparation des communes de Sart et de Francorchamps.  Les autres limites sont indiquées par un fossé imperceptible à cause de la végétation qui l’envahit.

                SITUATION - Situé à l’extrémité orientale de l’ancienne Belgique, son vaste territoire fait partie de la province et chef-lieu Liège (43 Km.5) - de  l’arrondissement judiciaire administratif de Verviers (15 Km) - du canton judiciaire et électoral de Spa (6 Km).  Le chef-lieu de la commune se trouve sur un plateau au centre ; celui-ci, ainsi que les sections de la Gare, de Cockaifagne, de Malchamps et de Tiège sont fort exposés au souffle des vents du nord et du nord-est.  Les autres hameaux sont plus favorisés sous ce rapport, parce que, situés dans des vallons, ils sont abrités par des collines boisées.

                SUPERFICIE / POPULATION - La superficie est de 5687 hectares, et la population de 2175 habitants, ce qui fait une population de 38 habitants par kilomètre carré.

                Cette population se trouve répartie entre 25 sections, à savoir :

 1. Sart-centre           7. Chaffour           13. Stokai           19. Croupet du Moulin

 2. Priesville             8. Cockaifagne      14. Malchamps  20. Bansions

 3. Arzelier               9. Gare                  15. Nivezé          21. Sarpay

 4. Solwaster          10. Roquez              16. Arbespine     22. Pont de Polleur

 5. Xhavée              11. Wayai               17. Tiège            23. Neufmarteau   

 6. Parfondbois       12. Passage             18. Trois-           24. Royompré

                                                                     Fontaines     25. Heid Depouhon

                SART GÉODÉSIQUE –

         Signal géodésique de Botrange                   694 m. d’altitude

         Signal géodésique de la Baraque Michel    675 m. d’altitude

Altitude de :

Tour de Malchamps                575 m.          Malmédy                 332 m.

Gare de Hockai                       539 m.          Montjoie                  408 m.

Gare de Sart                            447 m.          Xhoffraix                 530 m.

Seuil de l’Eglise de Sart         373 m.          Sourbrodt                 607 m.

Niveau du lac de Warfaaz      295 m.          Elsenborn (camp)    614 m.

                Il est à remarquer que la Baraque Michel ne forme plus le point culminant de la Belgique actuelle.  Les 675 m. de la Baraque Michel sont dominés désormais par les 694 m. du point de Botrange. Ce nouveau point culminant ne se trouve pas bien loin de la Baraque Michel : 3 Km. environ sur la route de Sourbrodt et au milieu d’un bois de sapins qui donne malheureusement la jouissance d’un panorama fort réduit.  Cette déception a été rectifiée par le Gouverneur du district Eupen-Malmédy, qui a fait construire en ce point un observatoire, une butte en terre.

      Longitude par rapport à Bruxelles    ………..1°38’50’’

      Longitude par rapport à Paris           ……..…1°36’ 4’’

      Longitude par rapport à Greenwich  ……….5°56’13’’

      Latitude septentrionale …………………..50°31’29’’

                SART HYDROGRAPHIQUE - Le territoire communal est situé dans les bassins de la Hoëgne et du Wayai, qui reçoivent de nombreux affluents.

                COURS ET VALLÉE DE LA HOEGNE - La  Hoëgne a deux sources : l’une dans les tourbières près de la Baraque Michel, et l’autre dans les sommets marécageux qui se profilent à l’ouest de l’auberge nommée  «le Mont Rigi».  Ces sources forment deux filets coulant lentement, imperceptibles, tellement la Fagne les happe, les boit, pour s’imprégner, se remplir de l’eau indispensable aux mousses, aux sphaignes qui seraient condamnées à la mort sans cette eau.

                Ces deux filets se répandent en marécages partout ; puis on les voit réapparaître entre les pierres.  Bientôt, leurs eaux brunâtres commencent à clapoter entre les blocs de quartz qui les arrêtent et les contrarient. Quand les deux ruisselets, en partie cachés par une maligne végétation et fatigués de marcher désunis, mêlent leurs eaux non loin de la borne 150, ils se rejoignent pour former un petit cours, qui, après mille et mille tours dans la Fagne, grossit insensiblement, pour arriver au pont de la Vecquée, où la rivière quitte la vaste Fagne solitaire, pour s’aventurer dans les grandes masses forestières et devenir civilisée, pour se rendre utile à l’humanité.

                En effet, à partir du pont de la Vecquée, la Hoëgne devient calme et plus élargie entre ses deux rives bordées de mousses sur une distance d’environ 500 m.  Elle coule sur un lit de gravier, lente et unie.  On dirait vraiment qu’elle sommeille, qu’elle se recueille, qu’elle médite avant de commencer son tumulte, ses sauts, son fracas, son chaos.

                Au pont des cascatelles, la Hoëgne s’infiltre à travers un formidable amas de pierres de tout volume et amoncelées dans un désordre indescriptible.  C’est ce désordre qui donne du charme à la sauvagerie du site.

                C’est alors que la Hoëgne commence à se fâcher, à bondir et à lancer des jets d’eau et des paquets d’écume, à mugir, à crier, à pleurer, à chanter et à creuser dans son lit des milliers de trous où elle se précipite pour former des cascades et des cascatelles sans nombre et sans fin jusqu’au pont de Polleur.

                Parmi ces cascades, il faut retenir la cascade Léopold II et la cascade Marie-Henriette, si remarquables à cause du volume d’eau qui s’écoule péniblement entre les énormes blocs de quartz qui encombrent le lit de la rivière.

                La Hoëgne file mugissante vers le moulin Thorez, dont elle active la grosse roue ; puis elle côtoie les falaises du Roslin, pour arroser le hameau de Parfondbois, où elle reçoit la Statte, grossie de la Sawe.

                Elle éclabousse le pied du rocher de Gospinal, baigne le vieux moulin banal Detroz, traverse les Forges, où furent installées en partie les fonderies détruites par Charles le Téméraire après le sac de Liège.  Elle arrose le primitif et légendaire hameau de Royompré pour serpenter dans une vallée très étroite, au pied de la crête de Chaumont, puis elle traverse le village de  Polleur au clocher hélicoïdal.

                Ses flots battent les rochers où sont tapis les hameaux de Sassor et Sasserotte, issues souterraines partant du château de Franchimont, et dont les maisons ont conservé un cachet tout particulier de poésie et de rusticité.

                Arrivée au tournant d’une espèce de promontoire où se trouvent les ruines du château de Franchimont, la Hoëgne  se dirige brusquement vers le nord et elle entre dans la région citadine et industrielle pour aller mêler ses eaux à celles de la Vesdre à Pepinster.  La longueur du cours de la Hoëgne est d’environ 32 Km.

                Le bassin de la Hoëgne présente une grande diversité d’arborescence.  Ainsi, depuis Pepinster jusqu’au château de Franchimont, la vallée est plantée d’arbres fruitiers en plein rapport. Depuis ce point jusqu’au pont de la Vecquée, les deux rives de la Hoëgne sont enserrées dans une suite ininterrompue de bois de sapins, de chênes et de hêtres.

Et ensuite, depuis le pont de la Vecquée jusqu’à ses sources, c’est la triste Fagne où pousse la désolante végétation des chêneaux, des charmes, des aulnes, des hêtres, des noisetiers, des myrtilliers et des fougères, au milieu des mousses et des sphaignes.  La linaigrette, la fleur royale de la Fagne, qui dresse sa tige dure et flexible, coiffée d’une houppe blanche sans cesse agitée par le vent.

                AFFLUENTS - Sur sa  rive droite, la Hoëgne reçoit la Statte qui sort des tourbières des Rhus, forme la double cascade des Nutons, baigne le pied du rocher de Bilisse et se réunit à la Hoëgne à Parfondbois.

                La Statte se grossit à son tour de la Sawe, qui sort de la Fagne de Belle Bruyère, forme la coquette cascade dite Bain de Diane, coule entre la Vêlée Rotche et la Table des Macrales et reste continuellement dans le sous-bois jusqu’à son embouchure.

                En aval du hameau de Royompré, la Hoëgne reçoit le torrentueux Hélevy, qui vient des hauteurs de Surister.

                Sur la rive gauche, la Hoëgne reçoit successivement :

Le ru des Cwèbehîs,

Le ru des Mollets et

Le rue de la Chevresse, qui, tous les trois, naissent dans la Fagne nommée les Mollets, à cause de son sol spongieux ;

elle reçoit le ru des Werreprez et

le ru des Rogneux, près du moulin Detroz,

le ru des près Fabry (source à Trois-Fontaines)

le ru de Sasi ou le ru des Fys, formant une belle cascade,

le ru di Trô di Leu à Neufmarteau et

le ru de Sarpay qui se réunit à la Hoëgne près de la fabrique à Polleur.

                La Hoëgne reçoit le Wayai, qui prend sa source non loin de la tour de Malchamps, coule dans d’épais bois vers le nord, puis vers l’ouest, alimente le lac de Warfaaz, arrose Spa, Marteau, et va confondre ses eaux avec celles de la Hoëgne à Franchimont.

                Le Wayai reçoit de nombreux affluents, qui sont les suivants dans leur ordre de succession :

le ru dè l’haye â pîres,

le ru dè l’haye Gêra,

le ru des Recheux,

le ru de Métraine,

le ru de Morfa, qui reçoit le ru de Damzai, où se trouve captage des eaux alimentaires,

le ru de Rolaifagnou,

la Lohette,

le ru des Cramas au hameau du Wayai,

le ru des Combes au pont de Stockai,

le ru du Bougnou,

le Rolinru, près de Crotteninfosse,

le Soyeureu au lac de Warfaaz

et le ru du poissonneux Chawion, non loin de la gare de la Reid.

                Les affluents du ru de Chawion sont :

le petit ru de Chawion ou li Neûr Vivî, qui commence à l’hippodrome de la Platte ; ensuite, le ru des Vîx Prés, sortant de la Grande Fontaine à Arbespine et se réunissant au Chawion au point terminus du bois nommé Heid du Wayai.

                Le ru des Vix Près reçoit à gauche le ru dit Drî les falihes, puis le ru de Viersenne (ou Viersaine), le ru des Magriettes, qui renforce le ru du Pré di Bou.  Entre la Heid du Wayai et le bois de Lignez, coule le ru de la Chezette, qui se déverse également dans le ru du Chawion.

                Le bassin du Wayai comprend également le territoire de la ville de Spa, avec ses renommées sources d’eau minérale.

                Le domaine de Sart renferme trois sources d’eau minérale : la source de Rolinru, en Crotteninfosse, tout à côte de la route de Tiège à Spa ; la source du duc de Wellington à Nivezé, et la source Marie-Henriette, également à Nivezé ; celle-ci alimente l’établissement des Bains de Spa.

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