C h a p i t r e   XII

US ET COUTUMES

                LES ENFANTS SUR LES REPOSOIRS - Après le passage de la procession à la Fête Dieu, des mères de famille s’empressent d’asseoir leurs enfants malingres ou malades sur les reposoirs élevés sur le parcours du cortège.  Elles attribuent la guérison des enfants à cette coutume.

                Certaines personnes ramassent les herbes piétinées par les processionnaires pour les déposer dans les quatre coins des granges pour préserver les céréales de la dent des rats et des souris.

                D’autres brûlent une poignée de ces herbes quand il y a approche d’un orage pour éloigner le feu du ciel des habitations.

                LES RAMEAUX - Le jour des Rameaux, on fait bénir des branches de buis.  Ces buis sont conservés précieusement dans les maisons où on les attache aux bénitiers et aux Christs pour être préservés des mauvais sorts.

                Les jeunes filles en portent à leur corsage et les jeunes gens à leurs chapeaux et les piquent dans les colliers des chevaux de labour.

                Pendant la semaine de Pâques, des cultivateurs plantent un rameau de ce buis dans les champs pour obtenir une récolte abondante.

                LES VEILLÉES - Au décès d’une personne, chaque ménage se fait représenter aux veillées.

                Après la récitation du chapelet, deux personnes circulent dans la salle : l’une tenant une bouteille de pèquet pour les hommes et l’autre versant un verre de doux aux femmes.  A minuit on sert le café.

                Ces réunions deviennent parfois plutôt des assemblées de la Bourse que des réunions pieuses.

                Lorsque le défunt est un enfant ou une jeune personne, les porteurs reçoivent comme souvenirs, des mouchoirs blancs qui sont attachés aux poignées de la bière.

                Aux enterrements, lorsque les porteurs passent devant les Christs érigés aux Carrefours des routes, tout le cortège s’arrête, se découvre et récite une courte prière à voix basse.

                Les proches parents suivent le cercueil à la file selon le degré de parenté.

                Les personnes du sexe féminin portent un ample châle noir, dit affulôre, qui tend à se faire remplacer par un long voile noir, descendant jusqu’à la pointe des pieds. (1)

                Après la cérémonie funèbre, les assistants à l’office sont invités à la maison mortuaire pour se régaler de café et de michôts (gâteaux).  Ce n’est plus le deuil alors, c’est souvent une réjouissance bien déplacée après les longues stations dans les cabarets.  Comme ces réceptions sont assez coûteuses, elles commencent à être moins suivies depuis la guerre surtout.

                HEI - La veillée de la fête des Rois, 6 janvier, les élèves faisaient l’école buissonnière et parcouraient le village, en chantant, pour recueillir du lard, des œufs, de la farine……  Le soir, ces comestibles faisaient le menu d’un repas copieux qui se terminait souvent de façon drolatique.

                La discipline scolaire a mis fin à ces promenades qui sont restées en vogue chez les descendants de quelques familles de Nivezé et de Spa.

                Ces coureurs allaient de maison en maison, exécutant des chants pieux et fort monotones pour rappeler la naissance de l’Enfant Jésus ou le lointain voyage des Rois Mages : Gaspard, Melchior et Balthazar.

                Cette coutume était appelée héî et les promeneurs se nommaient héîeurs.

                Jadis on voyait arriver en ce jour des environs de Stavelot et de Vielsalm des individus portant un loup ou un renard empaillé, d’autre fois une marmotte vivante qu’ils montraient au public après l’exécution de leurs chants de circonstance.

(1) En signe de deuil, la mère veuve et ses jeunes filles portent ce affulôre ou le

     voile noir pendant toute une année pour assister aux cérémonies pieuses à

     l’église.

     Si le défunt était un apiculteur un membre de la famille s’empressait de se

     rendre au rucher pour piquer une croix en étoffe noire dans chaque ruche.

    Sans cette précaution, les abeilles étaient condamnées à une mort certaine  

    avant le jour de l’enterrement.

                Ces gens étaient fort exigeants et réclamaient de la bonne monnaie ou une provende abondante.  Il ne restera bientôt plus que le souvenir de ces héîeurs.

                CHAUFFAGE - Anciennement dans la cuisine se trouvait l’âtre ou le foyer, simple trou taillé dans une plaque de fonte où l’on brûlait des brindilles diverses et des tourbes ou quelques fois de grosses bûches qui étaient appuyées sur les chenets.

                On soufflait à pleins poumons dans une canne en fer creuse (sofflette) pour activer le feu et pour le maintenir en ignition on y plongeait une tourbe.

                Une solide crémaillère soutenait le pot au feu en fonte au-dessus de la flamme pendant la cuisson des aliments.

                Comme le ramoneur n’apparaissait qu’à de longs intervalles et que l’on brûlait dans l’âtre du bois plutôt vert que bien sec, une abondante fumée noircissait les ménagères et les murailles de la pièce et s’échappait par la porte par de larges bouffées suffocantes.

                En attendant le retour du travail de son mari, la mère, entourée de ses enfants, regardait la flamme s’éteindre peu à peu et mourir, pour renaître et mourir encore, pendant qu’au dehors ululaient les oiseaux de proie. Oh ! tout ce qu’il y a de mélancolique dans une flamme qui agonise au milieu des cendres !

                Généralement le foyer était encadré de belles plaques de fonte à figures, représentant des sujets mythologiques ou religieux et qui, dans ces derniers temps, ont été fort recherchées par les amateurs d’antiquités pour former les lambris dans leurs salons modernes.

                La seconde pièce de l’habitation, dite la chambre, était chauffée par un poêle en fonte ou taque : celui-ci était encastré dans le mur, avec l’ouverture dans la cuisine par où l’on allumait le feu.

                On y brûlait de la tourbe, de la menue houille triturée avec de l’argile (des klûtes).

                Le tisonnier était fréquemment employé.

                A côté du poêle (la coulée) se trouvait le vieux fauteuil en bois massif qui était la place réservée à l’aïeul.  Celui-ci, tout en fumant sa pipe, faisait la lecture de l’almanach ou du paroissien romain.  Les ciseurs se rangeaient autour du fauteuil familial pour se raconter les nouvelles du jour et les travaux champêtres de la saison.

                De nos jours, ces vieux ustensiles de chauffage sont remplacés par des poêles mignons, coquets, mais poussiéreux, bitumeux et asphyxiants.

                L’ÉCLAIRAGE - Le mode d’éclairage des habitations a subi une transformation radicale.  Autrefois, pour éclairer les chambres, on se servait de la chandelle de suif, du crasset et de la lamponète.

                Celle-ci était faite en terre cuite, en fer-blanc ou en cuivre ; elle se composait d’un large pied, d’une tige supportant un réservoir ; celui-ci contenait de l’huile grasse dans laquelle trempait une mèche en coton traversant un canal cylindrique d’où elle émergeait.  Une pincette, retenue par une chaînette, servait à enlever la mèche carbonisée et à la sortir du canal pour obtenir une clarté plus intense.

                En vertu de la loi de la capillarité, la mèche s’imbibait d’huile et donnait la lumière par l’extrémité libre.

                Au plafond s’articulait un mécanisme étrange, de plus en plus rare dans nos campagnes.

                D’une barre horizontale tournant autour d’un axe, descendait une crémaillère en bois, mobile, au bas de laquelle s’accrochait la lamponète ou le crasset suintant l’huile, avec des débris de mèche sale aux parois et répandant autour d’elle - quand la nuit était faite profonde - une lumière fumeuse dans laquelle semblaient danser les personnes et les choses……

                Il faut avoir vu cet éclairage pour apprécier combien l’on est gâté aujourd’hui.

                Figurez-vous une famille de trois ou quatre enfants, assis autour de la table pour se livrer au jeu ou pour faire leurs devoirs de classe ; la mère occupée à des travaux de couture et le père, dans son fauteuil en bois dans la coulée faisant une lecture dans l’almanach ou dans le paroissien romain, car les livres et les journaux étaient encore peu répandus à cette époque et vous demanderez comment tout ce ménage pouvait se tirer d’affaire avec une lumière fumeuse et peu intense.

                On était très avare du luminaire.

                Au cabaret, les joueurs aux cartes payaient une certaine contribution pour la chandelle ; de là est venu le vieux dicton : la djeû n’vât nin l’tchandèle.

                Les allumettes au phosphore étaient inventées, mais on en usait bien sobrement ; car, pour se procurer du feu quand la chandelle brûlait, on se servait, par économie, de morceau de papier roulé, de languettes de bois bien sec (des cresses, en wallon) ou bien de longues tiges de chanvre soufrées aux deux bouts que des marchands ambulants vendaient par grosses bottes.

                La petite allumette au phosphore fut un grand progrès.

                Ce fut Barthélemi Iringi, étudiant en pharmacie de l’université de Budapest en Hongrie qui, en 1830 trouve l’allumette qui s’enflamme par le frottement.

                L’allumette a été un progrès immense dans le confort de l’humanité.   C’est une chose presque miraculeuse que d’avoir toujours du feu et de la lumière sous la main.

                L’habitude a, chez nous, émoussé l’étonnement et la joie d’une pareille jouissance.

                Avant l’allumette, chaque fumeur avait en poche un petit sac en cuir renfermant un briquet, du silex et de l’amadou (boleu).

                De même chaque ménage possédait li losse âs wites pour faire du feu.

                C’était une boîte renfermant des débris de tissus, de coton ou de l’amadou, un silex et un briquet.

                On frappait le briquet contre le silex ; une étincelle jaillissait et allumait l’amadou ; on approchait une allumette soufrée et l’on obtenait du feu.

                Ce procédé est encore en usage dans les églises où le clergé le Samedi-Saint et la veille de la Pentecôte, bât le briquet pour obtenir du feu nouveau pour allumer le cierge pascal.

                Dans la suite, on employa la lampe-Quinquet et la lampe-Carcel, désignées ainsi du nom des inventeurs.

                La bougie stéarique ne fut industriellement fabriquée que vers 1836.

                Aujourd’hui nous avons le gaz, le pétrole, le carbure et l’électricité.

                Que d’histoires et d’anecdotes gaies ou lugubres, réelles ou fictives ont été débitées devant le chatoiement des braises des vieilles cheminées.  Quand la flamme commençait à languir, on y jetait une brassée de fascines et alors éclatait une mousqueterie de détonations sèches et joyeuses, des étincelles crépitaient et la flamme dévorait la provision de bois souvent renouvelée.

                Peu à peu tout s’amortissait, s’assourdissait et il ne restait sur les tisons qu’une couche grise de cendres.

                Les groupements autour des larges et vieilles cheminées répandaient l’animation la vie dans la maisons tandis que les maisons modernes n’ont plus cette fête.

                A mesure que la science multiplie ses inventions, elle nous donne des commodités, mais elle ôte bien des jouissances.

                Le progrès de la science dévaste la vie.

                Il est vrai que les autos nous transportent où nous voulons aller bien vite et plus aisément que les anciennes voitures, mais il manque à ces déplacements tout ce que les chevaux y ajoutaient de vie et d’élégance.

                L’électricité est d’un usage plus simple que les anciennes lampes.  Mais cette lumière prêtée, insensible et invariable n’entre dans nos maisons que pour en ressortir.  Notre lampe était à nous, elle semblait, durant les longues veillées d’hiver, s’épuiser avec notre esprit en nous invitant au repos.  Les soins journaliers à donner à notre lampe exigeaient bien plus de douceur que l’emploi des ampoules modernes.

                Les calorifères et le chauffage central, nous empêchent d’avoir froid mais ils ne réchauffent pas notre âme, comme le faisait la magie des flammes de l’âtre.

                Tout disparaît, même ce surplus de sensations inutiles qui entouraient la satisfaction de nos besoins et qui étaient comme les enjolivements de la vie.

                L’homme passe de plus en plus d’une vie concrète à une vie abstraite.

                LE SARRAU - Le vêtement qui sied si bien au cultivateur est le sarrau.  Mais il tend à disparaître et à se faire remplacer par le costume confectionné à la Maison du Coin.

                Le dimanche, c’était le beau sarrau bleu bien repassé et finement plissé qu’on sortait de la commode.  On avait soin de retourner adroitement le poignet blanc de la chemise sur l’extrémité de la manche du sarrau et cette ornementation donnait plus de finesse et d’élégance à la main calleuse du laboureur.

                Le sarrau était retenu sous le menton par une chaînette et une agrafe en argent, auxquelles étaient fixés deux larges cordons de soie noire, flottant et dansant follement sur les épaules, au gré du vent.

                Rarement on voyait le vêtement en laine ; le port en était trop coûteux et ce n’était qu’aux grandes cérémonies que sortait la redingote.

                LES CLAPETTES AUX ROUES - Jadis, les véhicules n’étaient pas munis de freins pour modérer leur allure dans les descentes.

                A chaque essieu étaient solidement attachées deux barres flexibles de jeunes chênes dont les extrémités rencontrant les rais des roues, mettaient une entrave dans la marche et produisaient un bruit particulier : Klip, Klap ! Klip, Klap ! !

                Au pied de la rampe, le voiturier rentrait les barres sous l’essieu et elles ne reprenaient leur fonction que dans la descente suivante.

                Ce brut joint aux sonnailles de la hiède et aux sons de la corne du biergi, formait, au crépuscule, dans le village un tapage aussi discordant que désagréable.

                Anciennement, les chemins encaissés et tortueux étaient tellement étroits qu’ils ne pouvaient livrer passage qu’à un seul attelage.

                Pour obvier à cet inconvénient, des emprises, en forme de demi-lune, étaient pratiquées de distance en distance et, quand deux voituriers se rencontraient, l’un des deux y devait stationner pour laisser la circulation libre à l’autre.

                Dans ce but, le stationnaire poussait, trois fois de suite et à haute voix, le cri suivant : hot-là-haut ! pour annoncer que la voie était libre.

                Comme le fouet était inconnu, les voituriers étaient porteurs d’une longue aiguillade en bois de sorbier pour piquer les bœufs et activer leur allure. Cette baguette aiguë se nommait li stombe en wallon.

                LES PINSONNIERS - Les pinsonniers se livrent de nouveau à leur sport favori depuis longtemps abandonné, en organisant des concours de pinsons.

                Plusieurs cages sont accrochées en file à un mur.

                En face, un des organisateurs des concours, un petit carton en mains, inscrit le nombre de chants achevés ou vidés.  Après une heure de lutte, les cartons sont contrôlés par le président qui proclame le vainqueur.  Aussitôt la cage du favori est abondamment enguirlandée et le possesseur du pinson victorieux accepte volontiers, sous forme de petits verres, les félicitations de ses rivaux.

                Après de fréquentes stations aux estaminets, l’heureux propriétaire rentre au logis la cage en main, après avoir fait de nombreux zigzags qui vident le verre du vainqueur en mourant de soif, tandis que l’homme a hâte d’aller cuver son vin.

                A L’SE - Dans le temps on attachait à une solide pièce de bois horizontale, un jambon ou une volatile préalablement tuée.  Les jeteurs, placés à cinq où à dix mètres du but et munis d’une forte barre à arêtes vives, cherchaient à couper le manche du jambon ou les pattes du coq ou du dindon.  L’objet abattu devenait la propriété de l’adroit joueur.

                Parfois le jambon est remplacé par des blocs de fer solidement attachés et celui qui parvenait à abattre le plus grand nombre de ces coins, gagnait l’enjeu de la partie.  Ce jeu d’adresse n’est plus guère pratique.

                On cite encore un village - Haneffe - près de Waremme où la coutume du jeu est conservée et, chaque année, à l’occasion de la kermesse, les alentours se rencontrent sur les lieux de la lice pour assister aux péripéties de la lutte.

                LES BUSES - Chaque printemps, les villages des Ardennes étaient parcourus par des marchands vêtus de longs sarraus et coiffés de chapeaux hauts de formes (buses).  Ils portaient en bandoulière une énorme caisse en toile et renfermant des chapeaux de soie pour hommes.

                A l’approche de Pâques, ils venaient offrir leurs produits, rachetaient les vieux chapeaux ou les échangeaient contre des neufs moyennant une bonne redevance.

                Ces chapeaux étaient souvent de vieux couvre-chefs qu’un coup de fer avait retapés en leur donnant un certain luisant.

                En été, ces mêmes marchands revenaient vendre des chapeaux de paille pour hommes et femmes (baradas).  Ces marchands ambulants étaient originaires de Glons et de Visé.

                MONSIEUR MONTIGNY - Anciennement, nos villages recevaient régulièrement trois ou quatre fois par an, la visite de Mr. Montigny.

                C’était un personnage originaire du fond du Luxembourg - se disant Français de naissance – un homme de haute taille, un peu voûtée, à la barbe et aux cheveux hirsutes, revêtu d’une longue redingote noire et coiffé d’un chapeau à larges bords, verdi par les pluies et le soleil et portant sur son épaule une lourde cruche de grès remplie d’encre.  Il annonçait la vente de cette encre par la réclame suivante, dite d’une voie nasillarde :

                Encre de Chine

                Encre superfine

                Encre toute noire

                Au fond de l’écritoire.

                Tout en remplissant les grands encriers en corne, Montigny, qui avait la faconde aisée, égayait son entourage par des récits plus fantastiques que réels et, après la causette, les bonnes femmes s’en retournaient avec l’encre précieuse dont on usait parcimonieusement afin de faire durer la provision jusqu’à la prochaine visite de Montigny.

                LES VIEUX METIERS - Si l’on remonte à une soixante d’années, on doit se rappeler que nos ancêtres vivaient sous des usages bien simples, contrastant singulièrement avec la vie de soucis et d’inquiétudes d’aujourd’hui.

                Cette évolution rapide fait transformer certaines coutumes, a supprimé certains petits commerces, a changé bien des conditions de la vie en amenant la disparition de certains vieux métiers.

                Les villages des Ardennes reçoivent parfois encore de temps à autre la visite d’artisans dont le travail fleure bon le pittoresque d’un âge disparu.  Ce sont les rétameurs et les vanniers.

                LES RETAMEURS - Les rétameurs sont en petit ce que les Galiciens sont en gros, c’est-à-dire que, comme eux, ils vont de porte en porte s’enquérir si quelque casserole, cafetière ou autre récipient ne coule pas.

                La marchandise recueillie, ils l’emportent près de la roulotte, une minuscule roulotte, autour de laquelle jouent les gosses poussiéreux à la tignasse ébouriffée.  L’homme et la femme travaillent auprès d’un petit feu allumé entre quatre pierres.  Au moyen du soufflet, la femme active le feu pendant que l’homme s’occupe à réparer la vaisselle.  Et ils vont ainsi de village en village.  Souvent ils n’ont pas de cheval et c’est le mari qui prend place entre les brancards tandis que la femme pousse derrière et que les gosses trottinent, pieds nus, dans la poussière.

                LES VANNIERS - Le vannier procède à peu près de la même façon, il arrive dans le même équipage et se met à recueillir des mannes sans fond, des corbeilles sans anse et sans couvercle.

                En cours de route, le vannier fait parfois de longs arrêts en visitant les terrains marécageux et les bords des ruisseaux pour couper la botte d’osier ou de saule.

                Au carrefour d’un chemin creux, la femme pèle les baguettes, les trie et les brins ensuite «se courbent assouplis sous les doigts du vannier» comme le dit si bien l’académien André Theuriet dans sa charmante poésie qui a pour titre «Les Brins d’osier».

                Souvent ce gagne-petit n’a pas de cheval et aidé par sa femme il pousse, la petite roulotte.

                Quelques uns de ces vanniers viennent de très loin, de la Provence parfois, mais il en est aussi dans nos Ardennes.  Beaucoup de gens y sont encore désignés sous le nom de «Joseph li Tchénati» ou «Jean li bansli».

                Rétameurs et vanniers sont les seuls survivants d’une époque où tailleurs et cordonniers apparaissaient périodiquement pour confectionner ou raccommoder les costumes et les chaussures villageois.

                LE FABRICANT DE RUCHES - Un métier qui tend à disparaître c’est celui de fabricant de mannes et de semoirs en paille, de ruches d’abeilles et de formes semi-coniques servant à contenir les pains en pâte pour favoriser la fermentation avant la cuisson.

                En été, le façonnier recherche de belles et longues tiges de ronce et les laisse sécher.  En hiver, il se procure de la bonne paille de seigle, non froissée par le fléau, et il passe ses veillées à coudre (keuse) des boyaux de paille qui finissent par prendre la forme d’une manne, d’une ruche, etc……

                Tous ces objets, destinés à loger les céréales et les farines, se vendent un beau prix et ont généralement une longue durée.

                LE BOISSELEUR - Plusieurs fois dans le cour de l’année, on voyait circuler un grand vieillard venant des environs de Nassogne (Luxembourg) et apportant, la hotte au dos, des objets de cuisine en bois, grossièrement façonnés : écuelles, cuillers, sauniers, beurriers etc…  C’était le boisseleur qui, appuyé sur un solide bâton noueux, répétait dans les rues le cri : «Des platais, des losses et des kilîs d’boès po makî l’café».

                  Bientôt un attroupement se formait autour de la hotte où les ménagères venaient faire l’acquisition des ustensiles de cuisine nécessaires.  Aujourd’hui le boisseleur est remplacé par les rayons de ces vastes bazars où l’on voit exposés les fabricats de Nassogne à côté de ces objets si variés qui proviennent de la Forêt Noire.

                LES TAUPIERS - Il existait autrefois une famille appelée - à mon lî happeu d’foyons - dont tous les membres étaient des taupiers.  Au printemps, ils visitaient les prairies et plaçaient des pièges à différentes formes dans les galeries des taupes, qui, par leur travail souterrain, formaient des taupinières qui mettaient une entrave à la coupe régulière de l’herbe à l’époque de la fenaison.

                Selon les conventions, chaque propriétaire payait la minime somme de dix centimes par tête de taupe prise et le taupier, grâce à son adresse, parvenait encore à se faire un beau salaire journalier.

                Depuis un certain temps, deux taupiers, originaires de la province de Namur, viennent opérer dans les prés en déposant dans les galeries, des trappes, des déchets de viande ou des vers de terre empoissonnés par la taupine et même par la strychnine.

                La taupe, très vorace de sa nature et friande de chair, dévore ces débris avec avidité et elle est exposée à une mort certaine et rapide.

                Le lendemain le taupier fait la levée des cadavres qu’il s’empresse d’écorcher pour vendre, à beaux deniers, les peaux à un fabricant de fourrures pour la confection de manteaux à l’usage des riches mondaines.

                UNE CURIOSITÉ PHYSIOLOGIQUE - Une petite brochure du 18e siècle mentionne l’exhibition à la foire de Saint-Germain, près de Paris, d’un homme né sans bras, dont elle décrit ainsi les actes : «Il boit, il mange, prend du tabac, débouche une bouteille, se sert d’un cure-dents, taille des plumes, écrit très correctement, enfile une aiguille, fait un nœud au bout du fil avec une précision remarquable, il coud, joue aux cartes, au tatou, au creps, au bilboquet, charge et tire un pistolet, file de la laine et du coton en tournant le rouet, tient fortement un bâton qu’il lance à quarante pas, apporte une chaise, pioche la terre : tout cela avec ses pieds».

                Ce curieux personnage s’appelait Nicolas Joseph Fahaye ; il était né à Tiège près de Spa et il avait été maître d’école dans son village.  Le nom Fahaye ou Fayhay existe encore au Tiège (Extrait de «Musée des Familles».  Tome 61, du 1er décembre 1893, p. 352).

                LE COUVREUR DE CHAUME - Anciennement, toutes les habitations étaient couvertes de chaume.  Au dire des anciens, c’était la toiture la plus économique, donnant fraîcheur en été et douce chaleur en hiver.

                Le dernier couvreur en titre est Lambert Vincent demeurant au Croupet du Moulin (Sart) dont plusieurs générations exercèrent ce métier.  Ses services sont encore réclamés chez les châtelains pour couvrir en chaume les abris-champignons et gloriettes qu’ils font élever dans leurs parcs ou jardins de plaisance.

                Ce chaume provient de la paille de seigle qui n’a pas été brisée par le fléau.  Elle doit rester bien rigide.  Elle est liée en gluis (wâs en wallon) pour servir à la confection des toitures.  Actuellement celles-ci sont faites en petites et grandes ardoises dites herbins de Vieilsalm, en tuiles, en zinc, ou en éternit qui garantissent mieux que le chaume, les habitations contre les risques de l’incendie.

                LES SPOTS - Dans sa brochure - Guide de la Fagne - Mr. Henri Angenot de Verviers écrit ce qui suit à propos des spots (origine germanique).

                La tradition nous a conservé une quantité de spots ou sobriquets appliqués aux habitants des environs de Sart.

                Voici ceux qui intéressent la région :

                Les Ardennais sont appelés ân neux, dont on a fait agn’eux par moquerie ; il faut lire âd’neux, traduction littérale de Ardennais.

                Les habitants de Jalhay surnommés les hoûs ou léhous.  Hou, prononcé hoû-oû-oû, était un cri d’appel de ralliement.  Il paraît que du temps où Jalhay faisait partie de la paroisse de Sart (9e siècle) les gens du village allaient à la messe à Sart.

                Devant traverser de grands bois et des landes incultes, et désertes, ils se réunissaient en bande pour faire le voyage.  Chaque dimanche, au matin, un jeune homme parcourait les rues pour faire l’appel au rendez-vous en poussant des hoûs-oû-oû répétés et le surnom est resté aux Jalhaytois.

                On les appelait aussi les boûs (bœufs), par allusion à la démarche lente du paysan lorsqu’il conduit un attelage de bœufs.  Quoique ce sobriquet soit appliqué dans une intention malveillante, c’est plutôt un hommage aux qualités de l’animal qui ont déteint sur l’homme.

                Au reste, les naturels de Francorchamps sont aussi appelés boûs d’fagne et ceux de Mont, près de Theux, Boûs d’Mont. 

                Les Sartois sont spotés coûlârs parce qu’ils aiment la coulée (coin de l’âtre).

                Les habitants de Tiège sont nommés les dgins d’veîe, à cause de leurs fréquents rapports avec les villes de Spa et de Verviers.

                Solwaster est illustré par les Lopéz, remontant au temps des guerres espagnoles.

                Il paraît qu’un soldat déserteur de l’Espagne nommé Lopéz, était venu s’installer à Solwaster, et qu’il y fit souche et fortune.

                Un beau jour, pris de nostalgie, le déserteur reprit le chemin d’au-delà des Pyrénées en abandonnant sa famille qui devint la risée des habitants, à qui le sobriquet est resté.

                A Malmédy, on a les cous d’sètche (culs de sacs) sobriquet appliqué par les Stavelotains en réplique à celui de besaces que leur avaient donné les Malmédiens.  A Stavelot, on dit : î fât deux cos d’sètches po on bèsesse et les Malmédiens de répondre : î fât 36 Bèsèsses p’on cou d’sètche.

                Les habitants de Sourbrodt comme ceux de Francorchamps sont des boûs d’fagne ; un lieu dit se nommant Bosfagne est sans doute l’origine du jeu de mots.

                Ovifat possède les Bara ou gros Bara (béliers).

                Polleur est la patrie des Lâweurs ; taper une lawe, ou lancer un sarcasme.  Nous avons mentionné l’origine de ce spot au chapitre où il est question du Pont de Polleur.

                A la Gleize, ce sont les magneûs d’maquèye (mangeurs de fromage blanc) d’après Massange de Stavelot.

                Les Verviétois sont des Matchès (teinturiers) ou Pires à maquète (bornes au coin des portes) ou encore des Magneûs d’pélotes (mangeurs d’épluchures) allusion à une période de famine où l’on mangeait ce qu’on trouvait.

                Les Spadois sont les Bid’lîs (louageurs de bidets, petits chevaux de l’Ardenne).

                On qualifie encore les Spadois de Torès (taureaux) et les gens de Creppe, près de Spa, sont désignés des vès (veaux) à cause de leur entêtement (d’après Wallonia).

                Les Franchimontois jouissent du surnom de Vert vantrain (tablier vert) parce que le costume des soldats du Marquisat de Franchimont était blanc et vert, comme le drapeau du Marquisat (d’après Albin Body de Spa).

                Voici encore toute une série :

                A Theux, grands plaitieux (plaideurs) ;

                A Becco : on n’magne nin s’sô (on ne mange pas son saoûl) ;

                A la Reid : c’est co pé (c’est pire) ;

                A Hautrewaid : c’est pôr lu diale (encore pis) ;

                A Haut Marais : las macrâles y dans êt (les sorcières y dansent) ;

                A Vert-Bouhon : on beût à posson (on boit à pintes).

                Ceux de Coo sont des Bréyàs (braillards) à cause du fait qu’ils élèvent la voix pour se faire entendre au dessus du bruit par la Cascade.

Retour aux chapitres

Index général