C h a p i t r e   X  

LA VIE RELIGIEUSE

                LE CULTE, LES EGLISES, LE CLERGE - A une époque très ancienne, les forêts et les landes des Ardennes durent voir s’élever des édicules destinés au culte païen.

                La nature du pays semé de montagnes aux nombreuses excavations, entrecoupé de profondes vallées couvertes de bois mystérieux, est pour beaucoup dans cette idolâtrie.

                Il est prouvé que dans les Ardennes, les divinités gauloises restèrent en honneur jusqu’au moment où les apôtres chrétiens les renversèrent, ce qui n’eut lieu que vers le 7ème et le 8ème siècles et encore le clergé fut obligé de faire des concessions aux habitudes nationales et de purifier ce qu’il eût vainement tenté de détruire.

                Le grand chêne qui avait porté son ombre aux cérémonies païennes ne fut pas abattu, mais son tronc reçut un emblème de dévotion ; la roche devant laquelle avaient eu lieu les sacrifices devint un calvaire ; les courses aux flambeaux du solstice d’hiver furent oubliées pour les solennités de Noël.

                Dans ses pérégrinations à travers ces immenses solitudes, Saint Remacle gagna au christianisme non seulement les derniers païens des Ardennes dont il fut l’apôtre, mais aussi ceux qui devaient encore exister dans les landes à peu près dans le futur Franchimont.

                Par la suite, l’organisation paroissiale fut introduite dans notre contrée.

                La paroisse primitive de Theux dont mention est faite en 814 (1) s’étendait à l’époque carolingienne à tout le fiscus de Theux, c’est-à-dire à toute la contrée qui forma plus tard le marquisat de Franchimont.

                En 898, Zwentibold donna à l’église de Liège le village de Theux, tout en se réservant la forêt qui l’entourait.

                En 915, Charles le Simple restitua la forêt de Theux au domaine primitif en la donnant à l’église de Liège. (2

(1)    Halkin et Roland. Recueil des Chartes de l’abbaye de Stavelot, t.I. p. 66.

(2)    Bulletin de la société d’archéologie et d’histoire du diocèse de Liège, tome XIV, pp. 311 et 313.

                Sart et Verviers paraissent avoir été érigées en paroisses en premier lieu.

                Lors de sa création, la paroisse de Sart englobait tout le pays de Spa et de Jalhay.  Celle de Verviers comprenait les communes actuelles d’Ensival, Verviers, Heusy, Stembert et Andrimont.

                Le curé de Verviers dut tenir un cheval pour suffire à ses succursales.

                Ces églises furent démembrées à leur tour de celle de Verviers.

                Le 14 juin 1328, Jean dit Tungunel, curé de l’église de Sart figure comme témoin dans une charte de l’abbaye du Val-Benoit-Liège (1).

                Le 27 septembre 1452, Godefroid de Meching, chanoine de Liège et Judocus de Marka comparaissent devant le chapitre de la cathédrale de Liège pour demander certaines rentes sur l’église paroissiale de Sart (2).

                Messire Adrien de Remouchamps qui était vicaire de Sart depuis 1564 fut nommé le premier curé de Jalhay en 1571, lors de la séparation de cette église filiale de l’église mère de Sart.

                La possession d’une église comportait le droit de patronage ou de collation à la cure, c’est-à-dire, le droit de nommer ou de présenter le curé et en outre le droit de percevoir la dîme de la paroisse.

                Le droit de collation de l’église de Sart constituait un fier relevant de la cour féodale de Liège.

                Jusqu’au 17ème siècle, ce droit de collation appartenait aux seigneurs de Trois Fontaines.  Dans la suite, il continua d’appartenir pour une part au moins à la famille de Rouveroit qui occupa le château de Trois Fontaines à la fin de ce 17ème siècle

                L’église actuelle dont la date 1705 est taillée dans une pierre au-dessus de la porte d’entrée, est bâtie en style gothique dans d’assez belles proportions.

(1)    Joseph Cuvelier. Inventaire des archives du Val Benoit Liège

Impr. Léon de Thier, 1902, vol. I p. 153.

(2)    Liège. Conclusion capitulaires. Registre 101-110, folio 178.

 

                La voûte élevée de son vaisseau est d’une construction hardie ; elle repose sur deux rangées de colonnes qui séparent la nef principale des nefs latérales.

                On y remarque deux pierres tombales : l’une a pour inscription «honneste Thomas Colin des Pouxhons, bourgmestre de Sart en 1632» et l’autre «honorable Henry du Fossé, bourgmestre moderne de Sart en 1657» ;

                Les fonts baptismaux d’une curieuse sculpture portent une inscription rappelant le terrifiant incendie du village en 1651.

                L’autel de Saint Joseph fut érigé en 1673 par les soins du curé Henri de Laloue.

                Les degrés de la tour haute de 49 mètres évidés par l’usage, dénoncent son antiquité et prouvent qu’elle servait autrefois de tour-forte.

                La tour, percée de meurtrières, a dû soutenir un siège dont voici le récit : Vers 1690, le curé adresse une requête au Prince-Evêque pour lui exposer que le partisan Bihain, avec 28 soldats, était venu se poster dans la tour de l’église, qu’il y fut assiégé et attaqué par une nombreuse troupe commandée par deux partisans français.

                Ceux-ci, accablés par les projectiles lancés du clocher, ne purent pénétrer dans l’église et mirent le feu aux deux sacristies.

                Le curé, en péril de sa vie, parvient à éteindre l’incendie et sauva les ornements sacerdotaux et ensuite il entra en pourparlers avec les Français et il parvient à sauver les assiégés de la tour.

                En 1731, le curé Fraipont fait la déclaration suivante : «nous attestons et certifions que la nuit du 20 au 21 décembre, on a volé en notre église, savoir : un saint ciboire, trois calices et une boîte d’argent, les revenus de la fabrique et autres choses, priant tous seigneurs, officiers, magistrats et autres à qui la présente parviendra d’aider les magistrats à visiter les personnes suspectes».

                En suite de ce vol, une autre requête, en date du 12 janvier 1732, est envoyée au Prince-Evêque pour obliger le décimateur à fournir le contingent nécessaire pour l’achat de vases sacrés en remplacement de ceux qui sont volés.

                LES CLOCHES - Trois cloches produisent un joyeux carillon.  Pour éviter un ébranlement plus sérieux des boiseries de la tour, elles ont dû être descendues d’un étage, ce qui est cause que leur écho se répercute dans un espace plus restreint. Elles portent les inscriptions latines suivantes :

Magistratus me reparavit anno 1787

Et iterum me refudit anno 1860

Patrino Francisco Moxhet

Matrina Maria Josepha Leloup

Sancte Lamberte ora pro nobis

A.L. Vanaerschodt major + successor

A.L. Vandengheyn me fudit.

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Sum Campana decimalis

Rufusa fui anno 1860

Patrino Nicolas Hansoulle

Matrina Margarita Bronfort

Sancta Miria, ora pro nobis

Sub pastoratu Ri.Di. Petri Thans

Mosoc Trajectensis

 

Me fudit

A.L. Vanaerschodt major + successor

A.L. Vandengheyn, lovanii.

Patrino J.P.B.

Matrina Amelia Bronfort sponsa H. Willem

Sancte Donate ora pro nobis

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                LE CIMETIERE - Le cimetière était souvent désigné par nos ancêtres sous le nom de l’aître (en wallon laîtt) du latin atrium, parvis, vestibule parce que le cimetière chrétien était considéré comme le parvis ou le vestibule de l’église.

                Le cimetière entourait l’église et donnait au temple un caractère plus sévère ; plus recueilli et plus respectueux que ceux où la pioche du démolisseur a fait disparaître des champs sacrés.

                L’église, privée de son cimetière, devient le centre d’un emplacement de place publique livrée souvent aux attractions de la vie tumultueuse de la jeunesse.

                L’ancien cimetière est désaffecté et il est remplacé par un autre, s’étendant entre la grand’route provinciale et le vieux chemin des Morts qui y conduit.

                Dans ce cimetière on inhumait surtout les pauvres et les humbles.

                Beaucoup de bourgeois notables et presque tous les membres de l’aristocratie élisaient leur sépulture dans l’église ou dans la chapelle de quelque couvent.

                Aussi les monuments somptueux qui décorent nos modernes nécropoles ne se voyaient pas dans le modeste enclos.  On n’y rencontrait que quelques croix de bois ou de pierre et de rares dalles couvertes d’inscription.

                LISTE DES CURES - 1515 - Alexandre de Xhénemont, 1516 - Antoine de Roveru ou Rouveroit, 1538 - Jérôme de Xhénemont.  Sous son patronat l’église paroissiale possédait un bénéfice simple, dédié à Sainte-Catherine et à Sainte-Anne, cité en 1519 et un autel placé sous le vocable de Saint Antoine dont mention est faite en 1528 (Extrait des arch. du Condroz) (Concile de St-Remacle t. I p. 1515), 1570 - Hermann de Xhénemont.  Après son décès, l’autorité diocésaine démembra les églises de Spa et de Jalhay pour lutter plus efficacement contre le protestantisme. (1)

1573 à 1613 - Noël d’Oneux.

1578 à 1598 - Jean Garsius ou Sartois porte 3 ou 4 noms.

En 1593 on trouve cité Jean Balduin et

En 1596 Jean Collette Badon qui est certainement le même.

En 1596 on l’appelle encore Jean Sartius (de Sart) et

en 1597 Jean Badoin.

En 1613 on l’appelle Dominus Joannes tout court.

1614 à 1632 - Ponce Barras

1657 - Henry de Laloue

1660 - Pierre Henrard qui devint doyen de Saint-Remacle à Liège en 1677.

1723 - Pierre Henry Henrard, neveu du précédent.

1731 à 1736 - Jean Braipont

1736 à 1750 - Joseph de Fassin, oncle du suivant.

1760 à 1788 - N.J.Haulez ou Halez

1788 à 1791 - Joseph Debrus

1793 à 1833 - Jean François Detroz

1833 à 1838 - L.Lamberty

1838 à 1843 - Joseph Legrand

1843 à 1865 - Pierre Thans de Maastricht  

1865 à 1869 - Chr.Schommers de Valender (Prusse)

(1)    Conseil privé 26 p. 165. Evêché de Liège. Daris.

1869 à 1891 - J.P.Maréchal de Lambermont

1891 à 1894 - Eugène Felten de Lierneux

1894 à 1920 - J. Pierre Léonard de Hierlo (Lierneux)

depuis 1920 - Hy. Thirifays de Xhoris.

 

                LISTE DES VICAIRES

 

1564 - Adrien de Remouchamps qui fut le premier curé de Jalhay en 1571

1683 - Joseph Testordeur pendant 15 ans

1722 - Denis Nizet

1736 - François Moxhet

1770 - Henri Legrand

1810 - J. Franç. Potel

1811 - Thomaes Jos. Guiot

1812 - Joseph Roisseleur

1820 - Saturnin Mise

1826 - Nicolas Rouche

1827 - Guillaume Gallot

1829 - Servais Bronfort

1830 - Jean Pierre Benten

1835 - Jean Louis Lejeune

1844 à 1853 - Guillaume Beckers de Mortier

1853 à 1860 - Emile Galant de Grâce-Berleur

1860 à 1866 - Fr. De Marneffe de Niel (Limbourg)

1867 - Jean Boufflette pendant 4 mois

1867 à 1870 - Victor Radelet de Nivelles

1870 à 1873 - J.J. Honhon de Glons

1873 à 1876 - Eug. Charrette de Ferrières

1876 à 1881 - J. Quiriny de Boncelles

1881 à 1882 - Joseph de Halleux de Bra

1882 à 1884 - Louis Radermecker de Bilstain

1884 (à mois) - Louis Gothale de Lierneux

1884 à 1886 - Lam. Pypers de Gheule (Hollande)

1886 à 1890 - Frédéric Martin de Sluse (Limbourg)

1890 à 1893 - Emile Job de Desnié

1893 à 1896 - Jean Martin de Jévignez (Lierneux)

1896 à 1900 - Maur. Melin de Villers-le-Bouillet

1900 à 1903 - Jos. Lemestré d’Otrange (Limbourg)

1903 à 1910 - W. Gilson de Bra

1910 à 1918 - Jules Lecoq de Grand Rechain

depuis 1918 - Marcellin Close de Lierneux

                EGLISE DE SOLWASTER - L’église de Solwaster sous le vocable de Saint-Antoine, renferme un tableau d’une belle facture et représentant la résurrection d’un noyé par St. Antoine.

EGLISE DE TIEGE - L’église de Tiège, sous le patronage de Saint-Corneille, fut édifiée en 1868.  Le 1er août 1869, le conseil de fabrique accepta une rente annuelle de 200 francs pour un salut à chanter chaque dimanche en mémoire de la famille Massange de Stavelot.

EGLISE DE NIVEZE - L’église de Nivezé ouverte au culte depuis le mois de septembre 1908, est dédiée à Saint Gérard de Magella.

                CHAPELLE DU WAYAI - La chapelle du Wayai se trouvait primitivement dans la campagne dite «Les chapelles».  Elle fut ensuite édifiée près du puits au centre du village et ensuite elle fut rebâtie à l’endroit actuel.  Pendant de longues années, elle appartint aux familles Malay et Massin qui devaient l’entretenir ; actuellement ce soin est dévolu à la famille Malay seule.

                Elle est le but de nombreux pèlerinages contre les maux de dents.  Elle renferme les curieuses statuettes en bois de Ste Rose, de St Frumin et de Ste Apolline, qui est invoquée pour les douleurs dentaires.

                Au décès d’une personne du Wayai, les habitants convoqués par une clochette qui parcourt les rues, s’assemblent dans la Chapelle pendant neuf soirées consécutives pour réciter un chapelet à l’intention du défunt

Anciennement quand la procession des Rogations était arrivée à la Chapelle, elle y faisait une halte pendant laquelle les familles Malay-Massin versaient un rafraîchissement au clergé et aux chantres.  Les acolytes étaient gratifiés d’un morceau de couque.

                LES CROIX BANALES - Les érudits se sont occupés à plusieurs reprises des processions particulières, appelées croix banales, qui avaient lieu aux siècles derniers dans plusieurs localités de la principauté de Liège. (1)

                Ces pèlerinages étaient appelés Croix parce qu’ils étaient précédés de la Croix ; on les nommait encore Croix banales ou bancroix parce qu’elles se faisaient dans les limites du ban paroissial ou régional

(1)    Voir les Creus de Vervî dans le bull. de la société d’archéologie de Verviers de l’an. 1900, vol. II p. 228.

                Ce n’est pas seulement dans le sud de la principauté que nous rencontrons cette curieuse coutume : Saint Trond, Tongres et Maeseyck avaient des processions analogues.  Dans quelques endroits ces processions se maintinrent jusqu’à la révolution française.

                Dans le marquisat de Franchimont, les Croix auxquelles étaient obligés les habitants de Verviers, Theux, Sart et Jalhay durèrent jusqu’au milieu du 16ème siècle

 

                En 1583 et 1585 chaque ménage des bourgs de Theux, Sart et Jalhay payait à l’abbaye de Stavelot deux deniers et chaque ménage de Verviers, trente sous et, chose assez curieuse, la plus jeune mariée de l’année devait accompagner la procession

Cette coutume finit par disparaître à cause des désordres qu’engendraient parfois ces cérémonies, à cause des brigandages et à cause du désir des populations d’échapper à cette espèce de servitude.

                D’autre fois, les abbayes où se faisaient ces croix, transformaient ces cérémonies en un droit plus réel consistant en une rente annuelle bien déterminée.

                LA PROCESSION DE MALMEDY (1) - Chaque année, à la fête des S.S. Pierre et Paul, la paroisse de Sart avait coutume d’aller en procession à Malmédy. 

                Trois jours avant le départ, une jeune fille de Sart se rendait dans cette ville.

                Au jour fixé pour l’arrivée, la jeune personne escortée d’un groupe de demoiselles d’honneur, se portait à la rencontre de la procession jusqu’au vieux Thier de Malmédy.

                Un jeune homme quittait le cortège pour prendre cette fiancée sous le bras et le couple se mettait à la tête des pèlerins pour faire une entrée solennelle.

                Le curé et le marguillier, à cheval, fermaient le cortège.

                Celui-ci se rendait directement à l’église pour assister à une messe spéciale.

(1)    Extrait du journal du Curé Pierre Henrard de 1660 à 1677.

                Après l’office, les pèlerins commençaient des danses au son du tambour et des violons.  Le curé de Malmédy, après avoir reçu son Tribut annuel, faisait une collecte au profit des pauvres de sa paroisse.

                Tout ce monde se répandait dans la ville pour se livrer à des réjouissances et à des libations.  Le retour s’effectuait joyeux, à l’apparition du crépuscule.

                LA PROCESSION A LA BARAQUE MICHEL - La Baraque Michel, érigée en l’honneur de Notre Dame de Bon Secours, a eu vite le privilège d’attirer les pèlerins.

                Chose curieuse et alors que ce point paraît si aisé à déterminer, les auteurs ne sont pas d’accord sur les époques où s’accomplissent ces processions.

                Mr. Gilon de Verviers parle du lundi de la Pentecôte pour les habitants de Malmédy et d’Eupen.

                Mr. le président Schuermans affirme, en mai 1886, date de la parution de son ouvrage que personne ne lui a confirmé cette indication.

                Probablement le pèlerinage de la Pentecôte s’effectuait-il dans les temps anciens et était-il tombé en désuétude quand écrivait le premier président de la cour d’appel de Liège.

                Quoi qu’il en soit, il est certain que, jusqu’en 190, les Jalhaytois processionnaient à la Chapelle le 15 août, jour de l’Assomption.

                Les Sartois et les Solwastériens sont au moins restés fidèles à leurs traditions.  C’est le 8 septembre, jour de la petite Notre Dame, comme on dit dans la région, que, sauf quand le temps est absolument trop mauvais, ils se mettent en marche à travers la fagne.

                Spectacle impressionnant dont Albert Bonjean essaie de rendre l’intéressante poésie dans son livre «Les Hautes Fagnes» (légendes et profils) dans le chapitre premier «La procession».

                Des versions contradictoires ont cours au sujet du voyage pieux.

                Voici le résultat d’une enquête que nous avons aimablement conduite chez les tout vieux des vieux.

                Peu après la construction de la Chapelle Fischbach, une violente épidémie de dysenterie éclata dans le pays de Sart.

                Par suite de l’absence de soins médicaux et d’une hygiène même approximative, le fléau ne tarda pas à s’étendre.

                Le curé du village tout seul pour soigner et consoler les épidémiques, ayant, en fin de compte, épuisé ses ressources, ne put que tourner ses regards vers la Providence.

                Il fit vœu d’organiser chaque année un pèlerinage à N.D.  du Bon Secours, si le mal était enrayé.

                Dès ce moment, la maladie diminua d’intensité et, tenant parole, le pasteur, le 8 septembre suivant, s’engagea dans la brousse vers la Baraque Michel à la tête de ses ouailles en psalmodiant des prières.

                La difficulté des chemins, la chaleur accablante, les marécages, la faiblesse générale des malades, furent la cause que les pèlerins firent, à l’aller et au retour, de fréquentes haltes pendant lesquelles ils s’amusaient à cueillir et à manger, pour se rafraîchir, des airelles ou myrtilles rouges qui abondent dans ces parages.  Tous ceux qui en goûtèrent, se sentirent soulagés.

                Aussi, de retour au village, eurent-ils soin de recommander partout le fruit sauveur, de telle sorte que bientôt après, les paniers et les marmites des villages prirent le chemin de la Fagne, en vue de la précieuse cueillette.

                Les effets de celle-ci furent décisifs et le mal s’éteignit rapidement.

                Depuis lors aussi et chaque année, le 8 septembre, la paroisse de Sart et celle de Solwaster font le pèlerinage à la Baraque Michel en souvenir de la guérison miraculeuse

                On se rappelle que, pendant les quatre étés de la guerre mondiale, de véritables théories de citadins de l’agglomération verviétoise envahissaient la Fagne pour cueillir des myrtilles et les vendre dans les boulangeries du pays.

                LES PIERRES TOMBALES-LES CROIX FUNERAIRES - Dix grandes pierres tombales sont encastrées dans les murs extérieurs de l’église.

                Anciennement, elles servaient de fermeture à la sépulture des personnes notables, enterrées dans le temple même.

                Elles ont été relevées et placées dans les murailles lors de la réédification de l'église après l’incendie de 1651.

                La plupart des épitaphes sont effacées :

                Celles qui peuvent être déchiffrées rappellent l’inhumation des deux curés Henrard en 1685 et en 1730, du curé Fassin en 1750, du bourgmestre Collette en 1625, du bourgmestre Depouille en 1662, du Seigneur de Trois Fontaines en 1750 

                Elles sont nombreuses et disséminées, les croix rappelant une mort tragique.

                Elles abondent dans les fagnes : simples croix en bois, ébranchées ou submergées dans les tourbières, elles tendent à disparaître sans qu’aucune âme pieuse songe à rétablir ces signes de dévotion.

                La croix du bois de Roslin rappelle la mort tragique de l’échevin Collart en juillet 1672.

                Les termes précis et brefs de la Croix Brognard sous un massif de sapins près de l’hippodrome de la Platte, disent clairement les péripéties du drame terrible du 2 décembre 1683.

                A Balmoral, près du point de jonction des communes de Theux, Sart et Spa, se trouve la croix rappelant la mort du notaire Marthoz,  le 15 novembre 1826.

                Près du chemin conduisant à la maison Forestière de Gospinal, on remarque, la croix élevée en 1785 à la mémoire de Jean Quirinjean.

                En 1882, on érigea la croix de Pierre Piqueray de Solwaster, qui s’était enlisé dans une tourbière proche de la Baraque Michel et qui avait été sans doute recouvert de neige, car sa conservation était parfaite après six semaines de recherches

                La croix des Fiancés, à l’ancienne frontière belgo-prussienne, à la borne 152, rappelle la fin tragique de François Reiff de Bastogne, trouvé le 15 mars 1871 en lieu dit «Les Biolettes» et de son amie Marie Solheid, découverte quelques centaines de mètres plus loin au lieu dit «Roussefagne» territoire prussien.

                Se rendant à Sourbrodt pour aller célébrer leurs fiançailles, ces jeunes personnes furent surprises par une tourmente de neige qui les ensevelit.  Marie fut enterrée à Sourbrodt et Reiff au cimetière de Sart.

                En fouillant les poches de Reiff, l’auteur de la présente trouva une romance ayant pour titre - Elle est au Ciel - Singulière coïncidence.

                La croix du Tapeux est connue de tous les anciens trouffleurs.

                A la limite des héritages sur la Heid de Sart, au Goffin et au Wayai se trouvaient des croix en bois, que la charrue a culbutées et que les propriétaires n’ont pas relevées

                A beaucoup de carrefours et le long des chemins se rencontrent de nombreuses croix que la dévotion des fidèles a élevées et qui méritent notre respect.

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