Un milieu de vie

exceptionnel

Un biotope naturel, la tourbière Le bas-marais
Le tétras-lyre, seigneur des tourbières. Un biotope semi-naturel : la lande
La forêt feuillue La forêt de production

 

 

 

Un biotope naturel, la tourbière
La tourbière active avec les rossolis

( Drosera rotundifolia )

et les linaigrettes vaginées

( Eriophorum vaginatum )

croissant sur les sphaignes.

Depuis près de 8.000 ans, sur les sols imperméables des fonds des vallées, sur les pentes les plus faibles, dans les forêts marécageuses ou les cuvettes de palses, se sont développées des tourbières dites hautes, alimentées seulement par l'eau des précipitations.

Une mousse, la sphaigne, colonisa ces milieux minéralement pauvres et gorgés d'eau. Elle y forma des tapis denses empêchant l'oxygénation de la plupart des autres végétaux. L'insuffisance en invertébrés et bactéries décomposeurs, due  à ce manque d'oxygène et à l'acidité de l'eau provoquée par ces même sphaignes, empêcha la décomposition complète des matières organiques mortes qui s'accumulèrent pour devenir un humus brut, la tourbe.

Dans nos régions, l'accroissement de la couche tourbeuse est d'à peine 1mn /an ; elle a néanmoins atteint 6 à 7 mètres d'épaisseur. Par ailleurs, la tourbe retient énormément d'eau, environ dix fois son poids de matière sèche, ce qui lui confère un rôle éminent dans l'alimentation des ruisseaux.

Ces tourbières sont de véritables biotopes naturels. Seuls les changements climatiques, les modifications du milieu, mais surtout l'intervention humaine peuvent les perturber pour faire des tourbières actives ( productrice de tourbe )des tourbières inactives bientôt conquises par les bouleaux et les bruyères.

Narthécie des marais

 ( Narthecium ossifragum)

Liliacée, plante caractéristique

du climat atlantique se trouvant

ici en limite est des 

son aire d'habitat.

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La canneberge

( Vaccinium oxycoccos ), éricacée.

Elle donne à la fin de l'été une 

baie orangée globuleuse,

appréciée des tétras.

Ainsi, en 500 ans, leur superficie est passée de mille à une centaine d'hectares, diminution surtout due à l'extraction de la tourbe, à l'assèchement, aux incendies et à l'extension de la molinie, une poacée (graminée) " envahisseur de la lande.

Des plantes bien adaptées

La tourbière acide, pauvre, saturée en eau, avec de forts écarts de température entre le jour et la nuit, n'accueille qu'une végétation spécialisée. Au diverses espèces de sphaignes, en fonction du niveau de l'eau, de la structure de la tourbière, s'associent différentes plantes acidophiles : des cypréracées comme les linaigrettes, des éricacées comme la canneberge ou l'andromède, des rossolis, des narthécies, des mousses, comme le polytric dressé. Elles trouvent leur alimentation dans les poussières atmosphériques ou dissoute dans l'eau de pluie. 

Les éracacées sont bien adaptées à ces conditions. Elles s'associent avec des petits champignons, fournisseur d'azote et de sels minéraux, qu'elles échangent contre la matière organique que les champignons sont incapables de synthétiser.

Curieusement, ces plantes peuvent souffrir de ... la soif ! En effet, la plus grande partie de l'eau présente est retenue par les sphaignes et la tourbe aux dépens des autres végétaux. Dès lors, elles ont une structure ligneuse ( consistance du bois ) et des feuilles coriaces au limbe parfois enroulé pour évité une trop forte déperdition d'eau.

La sphaigne milieu_vie4.jpg (35438 octets)

Près de 40 espèces de sphaignes ont été répertoriées dans les Hautes-Fagnes. Comme toute les mousses, elles sont dépourvues de racines, de vaisseaux, de fleurs. Leur reproduction est assurée par des spores.

La sphaigne est particulièrement adaptée aux milieux humides, pauvres, grâce aux particularités de ses feuilles. En effet, tandis que 10 % de leurs cellules sont vertes et assurent la photosynthèse ( l'élaboration des matières organiques ), les autres, translucides, mortes, bien plus grandes, servent de réservoirs à eau, de flotteurs. Cette structure permet la nutrition de la plante qui retient les éléments utiles ( calcium, potassium ...) dissous dans l'eau de pluie absorbée. En échange, la plante libère des ions d'hydrogène qui participent à l'acidification du milieu ( pH entre 3,9 et 4,5).

Ce pouvoir de rétention d'eau est très spectaculaire. Un tapis d'un mètre carré épais de 20 cm, retient en moyenne 72 litres d'eau, dont les 3/4 sont restitués lentement. Les sphaignes sont protégées en Belgique ( catégorie C : il est interdit de les récolter à des fins commerciales ou industrielles.

Libellule ou demoiselle ?

Tourbières et bas-marais sont des milieux privilégiés pour différents insectes aquatiques, les coléoptères et les papillons, mais aussi pour les odonates formant le groupe des libellules  et des demoiselles comprenant 37 espèces dans les Hautes-fagnes. Toutes les libellules débutent leur vie dans l'eau. Les nymphes y sont de féroces carnassières. Le moment venu, elles grimpent le long des végétaux pour émerger et muer en insectes adultes volants.

Le corps des libellules " vraies " ( anisoptères ) est généralement large, massif. Les ailes au repos sont étalées horizontalement. Leur vol est rapide. 

Les demoiselles ( zygoptères ) ont le corps grêle, cylindrique. Leurs ailes, au repos, sont jointes sur le dos. Le vol est lent, plutôt hésitant.

L'accouplement de la petite nymphe au corps de feu ( Pyrrhomosa nymphula), une demoiselle.

Le mâle a saisi la femelle par le "cou " grâce aux appendices de son abdomen. Le couple va s'envoler en tandem puis la femelle recourbera son abdomen pour mettre son orifice génital au contact des organes copulateurs du mâles.

Les oeufs seront ensuite insérés dans les plantes ( chez les libellules, ils tomberont tout simplement dans l'eau).

Des plantes carnivores
Le rossolis à feuilles rondes

( Drosera rotundifolia )

Une tipule a été capturée

par différentes feuilles.

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Le Rossolis présente une forme originale d'adaptation à la pauvreté des tourbières en complétant son alimentation par la consommation d'insectes.

Ses nombreuses feuilles en rosette sont pourvues de poils irritables, glanduleux, au liquide acide, visqueux. Brillants au soleil, ils ont donné son nom à la plante " Rossolis " ou rosée de soleil.

Les insectes sont piégés par la feuille qui se replie et les poils qui les emprisonnent en se recourbant. Les glandes secrètent alors un enzyme digestif qui décompose les protéines de la victime. La feuille peut alors en absorber les éléments nutritifs.

Il faut 1 ou 2 jours pour qu'une proie soit digérée. Il ne reste plus que la carapace indigeste que le vent emportera. Plus de 2000 insectes peuvent être ingérés en un été !

L'espèce la plus fréquente est le Rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia). Une autre espèce, le Rossolis intermédiaire (Drosera intermedia) est rarissime dans la région. Les Rossolis sont des plantes médicinales ( affections des voies respiratoires).

Les Rossolis sont intégralement protégés en Belgique.

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Le bas-marais
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A gauche : Le Bas-marais parsemé de trèfles d'eau ( Menyanthes trifolia)

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La linaigrette à feuilles étroites ( Eriophorum angustifolium ) La soie de ses houppes cotonneuses permettent le transport des graines par le vent.

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Le tétras-lyre, seigneur des tourbières.

Le tétras-lyre (Tetrao tetrix) ou petit " coq de bruyère " est un petit gallinacé devenu rare partout. En Belgique, il ne reste plus que quelques dizaines de couples dans les Hautes-Fagnes. C'est un oiseau lié aux tourbières, landes et bois tourbeux. Mais leur reforestation a conduit à son déclin. Il vit caché dans les hautes herbes, parmi les buissons et ne prend l'air que contraint, dérangé. On découvre alors un gros oiseau rond, sombre, volant bas, qui, après un grand cercle dans le ciel, se pose sur un arbre un peu plus loin. On distingue facilement le mâle, au bleu noirâtre, avec du blanc dans les ailes et à la queue, de la femelle presque uniformément brunâtre.

L'alimentation du tétras est végétale : bourgeons, feuilles, fleurs, fruits, avec un goût marqué pour les éricacées, les linaigrettes. Il exige un couvert au sol pour se reposer, nicher, s'alimenter, des arbustes pour percher ou guetter, des surfaces dégagées pour parader...

C'est au printemps qu'ont lieu d'incomparables parades nuptiales, nommées " balz ". Peu avant le levé du soleil, les mâles rejoignent " l'arène ". Chacun sur son territoire va le défendre contre ses concurrents pour tenter d'y attirer les femelles. 

Mâles en parade, ailes déployées,

caroncules gonflées, queue en " lyre "

C'est le face à face avant,

peut-être, un bref affrontement...

Le coq déploie alors sa queue en " lyre ", rabat les ailes vers le sol, redresse le cou, gonfle ses caroncules rouges. Il fait face, sautille, affronte le voisin, s'éloigne, revient parfois pour un bref échange de coups..

Ses gloussements et soufflements s'entendent de très loin. Les femelles assisteront aux affrontements avant de choisir l'élu... En mai, elles pondront 6 à 8 oeufs dans un nid sommaire au sol et élèveront leurs poussins de juin à septembre. De leur côté, les mâles, dès la fin de l'été, réaffirmeront leur propriété sur leur petit territoire.

Le milieu où vit le tétras en fait une espèce extrêmement vulnérable. Le renard, les rapaces sèment la panique sur les arènes, pies et corneilles pillent les couvées. Il y a les hivers rudes, les printemps trop humides...

Et puis, il y a eu jadis la chasse, le braconnage ! Il y a encore la réduction des territoires, l'afflux touristique, le ski de fond quand l'oiseau est le plus fragilisé. Depuis quelques années, des mesures de protection ont été prises : biotopes sensibles ( zone C de la réserve ) d'accès interdit ou limité, pratique du ski interdite, restriction de circulation durant la période de reproduction. La gestion actuelle devrait encore améliorer la qualité des sites privilégiés du tétras : fauchage, étrépage, contrôle de la reforestation...

L'espoir est qu'elles suffiront à maintenir sur le plateau le petit coq de bruyère devenu le symbole du Parc Naturel Hautes-Fagnes / Eifel. 

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Un biotope semi-naturel : la lande
Du milieu naturel que sont la forêt tourbeuse, la hêtraie, la chênaie, modifiées par les activités humaines successives, a résulté une lande maintenue par les cultures, le pâturage. De cette lande massivement enrésinée par la suite il reste quelques milliers d'hectares qui, sans gestion, ont tendance à se reboiser spontanément.

Ce paysage " semi-naturel " ouvert a favorisé l'installation d'une flore et d'une faune liées à ce type de biotope mais aussi à l'altitude, au climat, au sol. Les Hautes-Fagnes se trouvent être de la sorte un carrefour des influences boréales, atlantiques et même montagnardes. Beaucoup de plantes, d'insectes se trouvent ici en limite d'extension de leur habitat.

Trois aspects peuvent être définis :

La lande tourbeuse à bruyères est le plus souvent installée sur les sols très humides, avec une mince couche de tourbe. Elle résulte souvent des anciennes chênaies à bouleaux. La molinie et le scirpe cespiteux y dominent.

On y rencontre encore des orchidées, la gentiane pneumonanthe, la bruyère quaternée, la bistorte, la linaigrette vaginée, des sphaignes aussi...

Le bouleau des Carpates, le bouleau pubescent, la myrtille de loup y sont nombreux, le saule rampant occasionnel. Après les incendies, le saule à oreillettes et une mousse, le polytric commun, y prolifèrent. C'est encore un des domaines de la fragile trientale d'Europe, symbole des réserves naturelles domaniales. Sur les pentes, les sols mieux drainés, et les remparts des palses s'étend la lande sèche à myrtilles.

C'est le biotope privilégié des éricacées comme la bruyère commune ou callune, la myrtille commune, l'airelle, la myrtille de loup, de nombreux lichens et des mousses, de différentes espèces de genêts, du genévrier commun.

Quand l'amendement ne fut pas excessif lors des pratiques agricoles passées, celles-ci ont favorisé l'évolution de la lande en pré ou pelouse de type submontagnard au caractère actuel très instable en l'absence de fauchage. On y trouve des plantes comme l'arnica des montagnes, le fenouil des Alpes, la centaurée noire ou la jonquille.

landes1.jpg (45246 octets) La callune 

( Calluna vulgaris ),

éricacée, sous-arbrisseau de la lande (mellifère ).

L'orchis tacheté ( Dactylorhiza maculata ).

Orchidacée de 20 à 40 cm, fleurissant dans la lande tourbeuse au début de l'été.

Feuilles tachetées. Rare, protégée.

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Le petit monde de la fagne

La myrtille commune ( Vaccinium myrtillus)

Petit sous-arbrisseau aux rameaux anguleux. Sa couleur verte permet d'assurer la photosynthèse même après la chute des feuilles. Ses clochettes, vert pâle à rose, donnent des baies bleues au jus et à la pulpe rouges. On en fait les meilleures et confitures...

La myrtille de loup 

(Vaccinium uliginosum)

Plus grande que les deux autres. Feuilles vert bleuté, rameaux brunâtres, les grelots des fleurs blanc rougeâtre donnent des baies bleues à la pulpe et au jus à peine colorés. Elles ne sont guère consommées. Ces fruits constituent une part importante de la nourriture de divers animaux, comme le coq de bruyère. La résistance des airelles à l'hiver en fait un apport vitaminé précieux à cette période de disette. Le renard est un grand amateur de myrtilles; leur pouvoir bactéricide lui est bénéfique.

L'airelle ( Vaccinium vitis-idaea)

Plus basse, conserve ses feuilles vertes, brillantes, épaisses tout l'hiver. Ses grappes de fleurs blanc rosé produisent des baies rouge foncé au goût acidulé, excellentes en compote.

L'échiquier ( Carterocephalus palaemon)

sur la renouée bistorte (Polygonum bistorta)

La lande accueille et nourrit de nombreux invertébrés. Beaucoup d'espèces sont absentes des autres régions de Belgique.

Avant l'orage, les " mouches qui piquent ", à la recherche des protéines du sang, comme le buveur de sang pluvial, rendent les promenades infernales si on a pas pensé à emporter un bon révulsif...

Tout l'été, la lande vibre du " cri-cri " des criquets. Des coléoptères imposants comme le carabe violet, long de 3 cm, y trottinent à la recherche de vers, de larves... D'autres dévorent les végétaux comme une chrysomèle ( Lochmaea suturalis) à qui il arrive d'effeuiller complètement les plantes de la callune. La larve de la cicindèle champêtre vit dans des galeries d'où elle guette ses proies passant à sa portée. L'adulte, superbe en livrée verte, creuse chaque soir sa propre galerie pour passer la nuit.

La larve d'une cigale de quelques millimètres, la cicadelle spumeuse, suce la sève de la plante qui l'héberge. Ses excréments prennent la forme d'une écume blanche, " crachat de coucou "... qui, l'enrobant complètement, la protège des prédateurs et de la déshydratation. Les montagnards connaissent bien la puce des neiges, un minuscule insecte, bien visible sur ... la neige. Quelques espèces sont ainsi curieusement en activité l'hiver. Celle-ci se nourrit de petits insectes morts, de débris qu'elle recouvre de salive pour les décomposer avant d'aspirer cette bouillie.

Mais les hôtes les plus spectaculaires de ce petit monde sont les papillons, comme le grand paon de nuit, le plus grand des papillons d'Europe, 10 cm, brunâtre aux larges ocelles. On retrouve ses cocons fixés aux callunes.

La renouée bistorte de son côté est une plante hôte de plusieurs espèces comme le cuivré de la bistorte, petit diurne aux reflets violacés, ou le nacré de la bistorte, un peu plus grand, fauve vif, réticulé de noir.

Parmi les dizaines d'espèces d'araignées présentes, nous retiendrons la plus remarquable certainement, l'épeire diadème, reconnaissable à sa croix blanche dorsale, qui tisse sa toile parmi les buissons ou les molinies.

Le dolomède est la plus grande de nos araignées, 15mm, marquée d'une bande blanche. Elle chasse à l'affût dans les endroits fangeux et se signale par des piqûres brièvement douloureuses qu'elle inflige... 

L'arnica des montagnes

( Arnica montana )

Composée (astéracée) de 25 à 50 cm, fleurit en juin-juillet, dans les landes pâturées, fauchées.

Médicinale (foulures, coups), mellifère. En très forte régression, PROTÉGÉE. 

 

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landes7.jpg (9149 octets) La gentiane pneumonanthe

( Gentiana pneumonanthe )

Gentianée, 10 à 50 cm, souvent en compagnie de la molinie, fleurit de juillet à la fin de l'été.

Rare, PROTÉGÉE .

Le fenouil des Alpes

( Meum athamanticum )

Apiacée des landes herbeuses, 20 à 60 cm, fleurit en juin - juillet, dégage au froissement une odeur d'anis. Condimentaire, mellifère, attractive pour beaucoup d'insectes. Rare

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landes9.jpg (7506 octets) L'epeire diadème

( Araneus diadematus )

Rencontres dans la lande

Le lézard vivipare

( Lacerta vivipara )

Le traquet tarier

 ( Saxicola rubetra)

Dans ce biotope riche en graines, fruits et insectes vivent de nombreux mammifères, rongeurs comme les campagnols ou les mulots, insectivores comme la musaraigne carrelet.

La lande et ses insectes attirent aussi batraciens et reptiles : grenouille rousse, crapaud commun, orvet et le lézard vivipare dont les petits sortent complètement formés de l'oeuf dès la ponte.

Les uns comme les autres deviendront la proie des carnivores comme le renard ou l'hermine, de rapaces comme le curieux hibou des marais, chasseur du jour et du crépuscule, de la buse variable ou du plus rare busard Saint-Martin qui hante le site depuis longtemps sans se décider à y nicher.

Le cerf et son petit cousin le chevreuil ne dédaignent pas venir à l'aube brouter dans la fagne sans pour cela, hélas s'attaquer à la molinie...

Des dizaines d'espèces d'oiseaux nichent dans la lande, granivores comme le vanneau huppé, insectivores comme le traquet tarier, la locustelle tachetée au grésillement de sauterelle, le rare engoulevent d'Europe, chasseur nocturne ou crépusculaire, les pies-grièches (grise ou écorcheur) enfin, qui empalent les insectes sur une épine avant de les consommer... ou celui que le promeneur a le plus de chance de rencontrer, le pipit farlouse dont la parade nuptiale est faite d'une ascension suivie d'une descente en " parachute " chantée jusqu'au sol. 

Le pipit farlouse

( Anthus pratensis ) sur son nid au sol.

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La forêt feuillue
25.000 hectares de forêts ceinturent la réserve des Hautes-Fagnes. Mais, les forêts naturelles y sont bien réduites. Elles doivent absolument être conservées telles quelles, sans abattages de vieux arbres, sans nettoyage du bois mort ou des souches, en tissant si possible entre elles et la fagne un maillage indispensable à l'équilibre écologique.

Ces forêts se distinguent en fonction du type de sol : sur les sols limoneux, bien drainés, la hêtraie, sur les pentes plus lourdes, argileuses, une chênaie à bouleaux et sur les sols marécageux, tourbeux, une forêt claire de bouleaux ( boulaie ).

La boulaie sur la tourbe

Elle se rencontre dans les zones humides, tourbeuses à faible profondeur, sur argile, favorisée par la pauvreté du milieu.

Cette forêt claire est principalement constituée de bouleaux pubescents ou d'une essence fort proche, le bouleau des Carpates, de bouleaux verruqueux, d'aulnes glutineux, d'un petit buisson, le saule à oreillettes, reconnaissable à ses deux petits stipules, " oreilles " vertes, situées à la base des petioles.

C'est encore le domaine des sphaignes, de la trientale, des myrtilles et bruyères, de l'andromède et de la narthécie, toutes plantes des tourbières.

Elle a été dégradée en lande à bruyères par le pâturage et le fauchage.

Quand la couche tourbeuse s'amincit, sur l'argile des versants, la présence de plus en plus marquée du chêne pédonculé et du peuplier tremble annonce la chênaie à bouleaux.

L'andromède

( Andromeda polifolia),

éricacée. Sous-arbrisseau des tourbières et des bois clairs tourbeux. Floraison au début de l'été, feuilles persistantes.

Fruit en capsule sphérique, dressée, toxique.

La hêtraie-chênaie 

Défrichée, dégradée par les droits d'usage et la pratique du charbonnage, il ne resta au XVIII ème siècles de la hêtraie d'origine qu'un vaste taillis destiné au bois de chauffage puis une lande pâturée ...

Suite à diverses mesures de protection, à la régénération spontanée et aux replantations, une chênaie de substitution occupa les meilleurs sols, le chêne y étant favorisé comme bois d'oeuvre.

Ci-dessus : La digitale pourpre

 ( Digitalis purpurea).

C'est la forêt feuillue dans laquelle nous pouvons nous promener par ici, mélange surtout de chênes sessiles, de hêtres, de bouleaux verruqueux, de sorbier, de oiseleurs et parfois de houx.

Elle peut se définir comme chêneraie-hêtraie acidophile, de type submontagnard, adaptée à la fois au sol et au climat. Elle s'associe principalement avec la myrtille commune, avec une herbe douce, la canche flexueuse, ou avec une joncacée poussant au-dessus de 400m sur sols acides : la luzule blanche.

Diverses plantes herbacées y poussent encore dans la lumière tamisée par le feuillage : la surelle ou pain de coucou, une petite plante acidulée à fleurs blanches et aux feuilles ressemblant à celles du trèfle; la trientale encore; le mélampyre des prés, semi-parasite dépendant partiellement d'autres plantes pour son alimentation; le sceau de Salomon verticillé, une liliacée à rhizome souterrain, ses tiges portent des groupes de feuilles fixés à un même niveau en cercles (verticilles).Les fleurs sont à la base des feuilles et donneront des baies rouge noirâtre, toxiques.

En lisière, on retrouve occasionnellement une autre orchidée, la platanthère à deux feuilles à fleurs blanches, protégée et, beaucoup plus souvent, l'élégante digitale pourpre aux fleurs en forme de doigt; c'est une plante médicinale célèbre contre les insuffisances cardiaques et les troubles de la circulation, mais très toxique.

Elle est souvent en compagnie d'une belle astéracée jaune, le séneçon de Fuchs et de l'épilobe en épi aux longues tiges à grappes de fleurs violettes et fruits cotonneux. Ces trois plantes sont surtout les hôtes privilégiés des coupes forestières et des lisières pleines de lumières.

Il y a encore diverses mousses et des fougères, comme la plus grande de chez nous, la fougère-aigle dont les feuilles qui sortent du rhizome souterrain peuvent atteindre 2 mètres. C'est une plante très envahissante.

La forêt est leur royaume
Là où fagne et forêt se rejoignent, c'est le royaume des mammifères comme le cerf, le plus grand, le plus prestigieux de tous. Mâles et femelles vivent en " hardes " séparée pour se rejoindre à l'automne au moment du " brame ", quand le cerf tente de  défendre ou de conquérir le harem des biches.

Les chevreuil, bien plus petits, vivent en petits groupes dans des territoires limités, ils aiment les lisières où le promeneur peut les surprendre. Très bondissants, on ne voit souvent d'eux qu'un arrière train garni d'un " miroir " d'un blanc éclatant.

Le sanglier est bien présent quand la forêt abonde en faînes et glands. Parfois, des " compagnie " de femelles surtout y entourent les nombreux petits marcassins en livrée rayée.

La forêt feuillue héberge et nourrit encore le renard, grand consommateur de petits rongeurs, ou le chat sauvage, beaucoup plus discret, qui occupe les terriers abandonné, les trous d'arbres ou de rochers. 

Renard roux ( Vulpes vulpes), jeune.

Buses variables au nid 

(Buteo buteo) ( adulte et jeune), dans un pin sylvestre

La forêt, au printemps surtout, est le domaine des oiseaux, la sitelle torchepot, d'un bel orange bleuté, escalade sans relâche troncs et branches en poussant des cris perçants. Le pouillot siffleur, petit insectivores typique de la hêtraie, répète inlassablement son chant à la fin plaintive. La grive musicienne et la grive draine émettent leurs trilles puissantes du sommet de la ramure.

Ces chants sont rythmés par le martèlement du pic épeiche bariolé de noir et de blanc, mais surtout du superbe pic noir. C'est un grand consommateur, fort utile, d'insectes phytophages. Il creuse une cavité impressionnante dans un grand hêtre ou un chêne. Le couple y élèvera 3 ou 4 petits durant 2 mois.

Il y a enfin les rapaces comme la buse variable ou l'autour des palombes qui construisent leur nid au sommet des plus grands arbres et qui aiment la forêt mélangée de feuillus et de conifères.

Pour la première fois, en 1963, ce petit rapace nocturne, qui doit son nom au naturaliste suédois qui l'étudia au XVIII ème siècles, a niché dans les Hautes-Fagnes.

C'est une espèce boréale. Elle mesure moins de 30 cm de haut, avec une envergure de 60 cm. Peu farouche, on peut l'observer la nuit en bordure de pessière, ses grands yeux d'or largement ouverts. Elle se nourrit surtout de petits rongeurs. Dès janvier, son chant retentit loin dans la forêt " pou pou pou pou pououp... "

La femelle pond de 4 à 6 oeufs dans les cavités naturelles des arbres ou les nichoirs que les hommes ont mis à sa disposition, faute de vieux arbres creux...

Une nouvelle venue

La chouette de Tengmalm

( Aegolius funereus )

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La forêt de production
Un peu d'histoire...

Les premiers conifères furent plantés dans la région vers le milieu du XVIII ème siècle. Une centaine d'année plus tard, les autorités allemandes introduisirent l'épicéa, une espèce montagnarde d'Europe de l'Est. Les paysans le nommèrent " Preubenbaum ", arbre des Prussiens... Le boisement fut précédé de drainage, payés par l'État, car il s'agissait avant tout de relancer l'économie régionale mise à mal par la faillite des cultures céréalières.

Un sol appauvri ...

Les " feuilles " d'épicéa, aiguilles persistantes tombant approximativement au bout de 7 ans, forment un tapis épais. Leur forte acidification du sol empêche l'activité des bactéries, leur structure à base de lignine et de résine résiste à toute ingestion par les animaux décomposeurs. Ainsi, cet humus brut ne se dégradera qu'après 5 ans... A l'appauvrissement du sol, à son assèchement, il faut ajouter l'écoulement rapide des eaux de pluie drainées vers des ruisseaux qui en seront davantage encore acidifiés.

La monoculture...

Après quelques essais peu concluants de plantation du pin sylvestre trop cassant sous le poids de la neige, les services forestier généralisèrent le peuplement en épicéa commun. Les pessières aux arbres d'essence et d'âge identiques, séparées par des coupe-feu rectiligne, creusées de drains parallèles, définissent depuis lors tout le paysage régional.

Au début, les arbres sont très rapprochés. L'étiolement et l'élagage suppriment les branches de la base pour favoriser les flèches longues et droites filant vers la lumière. La nuit artificielle, ainsi provoquée, tue en même temps toute végétation à l'exception des champignons. La flore réapparaîtra avec la lumière des coupes d'éclaircie, surtout après 40 ans ...

Sur un tapis d'herbes douces, la canche flexueuse, on retrouvera alors la myrtille, l'airelle, la trientale même et diverses fougères, en lisière le sorbier des oiseleurs.

production1.jpg (58127 octets) Pin sylvestre (Pinus sylvestris)

Aiguilles 3-8 cm, par paires, tordues, piquantes. Écorce grise, en plaques, tronc orangé vert le haut. Cône très dur, 3-6 cm. 

Sapin de Douglas ( Pseudotsuga menziesii)

Aiguilles de 3-4 cm, isolées, souples, odeur de citronnelle. Écorce gris-vert lisse, pustuleuse avec résine, jeune, puis crevassée. Cône 6-8 cm, avec bractées sous les écailles. Sur sol frais, perméables, craint l'eau stagnante, ( rare sur le plateau, plutôt en périphérie. 

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production2.jpg (62068 octets) Épicéa commun

( Picea abies ) 

Aiguilles 1-2,5 cm, isolées, rigides, assez piquantes. Écorce brun-rouge, écailleuse. Cône allongé, serré, 10-18 cm. Sur sol frais, humides, même lourds. 

Les xylophages à l'attaque
Outre les maladies dues à des champignons parasites, l'épicéa doit encore faire face aux attaques d'insectes " mangeurs de bois "qui le menacent gravement.

L'hylobe grignote ses jeunes plants, le chermes provoque une "galle en forme d'ananas " où s'abritent les larves et qui déforme puis dessèche les rameaux. Et il y a surtout le scolyte typographe qui, par ses galeries de ponte ou larvaires, au dessin caractéristique sous l'écorce, occasionne des dégâts mortels. Sa prolifération est très mal maîtrisée. Ce sont les oiseaux  insectivores comme les pics, les mésanges, qui constituent les meilleurs alliés du syviculteur...

 A droite : le scolyte

( Ims typographus )

foret_feuillue7.jpg (19655 octets)
A gauche : ses galeries de ponte et galerie larvaires sous l'écorce d'épicéa.
Haro sur l'épicéa ?

Il serait injuste de n'évoquer que les aspects négatifs de l'épicéa. En effet, il fut planté massivement pour répondre à une forte demande de bois (charbonnage, industrie papetières...) et sauver l'économie régionale; il y participe d'ailleurs encore largement aujourd'hui.

Rien que dans la région des Hautes-Fagnes, cette culture engendre des milliers d'emplois direct ou indirect : culture, plantation, entretien, bûcheronnage, transport, sciage, commerce, caisserie, traitement du bois, papeterie, menuiserie, enseignement ...

Bien des communes équilibrent leur budget grâce à leurs ventes de bois. L'épicéa bénéficie d'une rapide productivité par un accroissement élevé de 10 à 15 m³ par hectare et par an.

Mais l'appauvrissement des sols, le parasitisme destructeur d'insectes et de champignons, les agressions dites des pluies acides, quelques tempêtes ravageuses pour les arbres à faible enracinement, une concurrence effrénée avec d'autres pays producteurs rendent l'essor de la monoculture d'épicéas bien compromis.

Néanmoins, le couvert dense et protecteur de l'épicéa est souvent recherché comme gîte par divers animaux : cerf, chevreuil, blaireau, renard, sanglier... La pessière est encore le garde-manger privilégié de l'écureuil qui se nourrit de ses graines, mais aussi de la marte des pins, son ennemi, du chat sauvage qui en aime la tranquillité. Elle nourrit des granivores comme le beccroisé des sapins qui envahit la forêt de conifères certaines années. Les roitelets, les mésanges y trouvent larves et insectes en abondance. C'est encore là que niche le pigeon ramier, mais aussi des prédateurs comme l'épervier ou l'autour des palombes. Enfin, la nuit, la pessière appartient aux rapaces nocturnes, chasseurs de petits mammifères : le hibou moyen-duc, la chouette hulotte ou la chouette de Tengmalm.

La sylviculture des résineux est indispensable à cette région. Elle participe même à la vie sauvage. Mais ce qui doit être remis en question, c'est la monoculture dont on a fait jusqu 'ici quasiment le seul mode d'exploitation. Il faut de nouvelles pratiques favorisant la forêt mixte de conifères et de feuillus.

L'avenir de la forêt en dépend !

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